jeudi 29 octobre 2026

Lettre aux membres du jury du prix Renaudot




Mesdames, Messieurs les membres du jury Renaudot,

Au second tour de votre prix, vous aviez sélectionné Thélyson Orélien, pour la catégorie romans, et Jean-Paul Enthoven, pour la catégorie essais. Voilà une manière de célébrer les affinités littéraires entre deux auteurs qui n’hésitent pas, au risque de sacrifier l’un et l’autre leur originalité, à montrer leur admiration possessive pour les œuvres d’autres écrivains. 

Pour cette troisième sélection, vous avez éliminé le roman C’était ça ou mourir malgré le talent que vous reconnaissiez à son auteur, qui s’est révélé fictif. En revanche, vous avez conservé Le Dictionnaire amoureux du bonheur de Jean-Paul Enthoven bien qu’il ait admis avoir «pillé», selon ses termes, deux de mes livres: Le Charme des penseurs tristes (Flammarion, 2013) et mon Dictionnaire chic de philosophie (Écriture, 2014). 

La proximité textuelle, longtemps jugée frauduleuse, semble désormais constituer un critère de la qualité d’un livre. 

Je salue ce choix d’abandonner un scrupule inutilement honorable.  

Frédéric Schiffter 

 

 


 

mardi 6 octobre 2026

Lettre à Jean-Paul Enthoven


Cher Jean-Paul Enthoven,

Dans votre Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon, 2026), je relève d’indélicats hommages à deux de mes livres (CLIC).

En trouvant dans vos pages des citations qui renvoient à mon essai, Le Charme des penseurs tristes (Flammarion, 2013), et à mon Dictionnaire chic de philosophie (Écriture, 2014), j’ai d’abord songé que vous en étiez un lecteur admiratif. Mais, en découvrant aussi sous votre plume des morceaux de phrases et des passages d’une troublante similitude avec des formulations et des paragraphes miens, j’ai trouvé que vous exagériez l’admiration que vous me portiez.

Mettre des guillemets à des emprunts, tel est l’usage; ne pas en mettre revient à commettre une enthovenisation de certaines parties de mes écrits.

Vous m’objecterez que vous m’aviez averti.

Le 25 avril 2025, dans un message posté sur le réseau social Instagram, vous me disiez en effet: «Je suis obligé de piller vos Penseurs tristes». Sans comprendre pourquoi vous étiez «obligé» de me piller, j’avais pensé que vous vous exprimiez sur un ton plaisant, en aucun cas que vous alliez réellement vous livrer au pillage de mon essai et de mon Dictionnaire chic. Mon erreur fut d’oublier qu’il faut prendre au sérieux celui qui se prend lui-même au sérieux et imagine se dédouaner d’un forfait en annonçant qu’il va le commettre.

Dans des messages récents, vous admettez qu’il manque des guillemets à ce que vous appelez vous-même vos «larcins». Dans la perspective d’une deuxième édition de votre dictionnaire, vous me demandez de vous indiquer où placer lesdits guillemets car vous craignez «de ne plus trop savoir» ce qui est à vous et ce qui est à moi. Cela, je l’avais compris en vous lisant, cher Jean-Paul Enthoven. Mais peut-être que votre embarras tient-il à ce que la rédaction de votre livre aurait été confiée à un tiers. Même si je n’ose croire à un pareil expédient de votre part, vous pourriez en ce cas demander à ce pilleur auxiliaire de retrouver les phrases et les passages en question.

Mais épargnez-lui cette tâche. Vous comprendrez qu’étant donnée votre inélégance, je refuse à votre éditeur le droit de me citer avec ou sans guillemets.

Recevez, cher Jean-Paul Enthoven, mon salut distingué.

Frédéric Schiffter

 

 


 

samedi 9 mai 2026

Parution le 13 mai

(clic sur l'image)

Textes choisis et préfacés par Mézigue et excellemment traduits par Valeria Dos Santos — éditions Séguier (clic).

 

jeudi 16 avril 2026

Supériorité de l'éthique


"L'homme juif comprend le monde à partir d'autrui."
Emmanuel Levinas

 

mardi 31 mars 2026

mardi 17 mars 2026

Pronto


J’ai le plaisir d'annoncer à mes fols lovers la parution, en mai, aux éditions Séguier , d'un recueil de brefs essais, choisis par mes soins, du penseur espagnol José Ortega y Gasset. J’en ai écrit la préface. Valeria Dos Santos en est l'excellente traductrice. 

Un extrait ? Voici: «Nous ne nous accordons que sur les questions les plus extérieures et les plus insignifiantes. Lorsque nous abordons des sujets plus subtils, personnels et importants pour nous, les malentendus abondent, de sorte que la dimension délicate et intime de notre être demeure fatalement hermétique aux autres. Parfois, comme une bête dans sa cage, symbole de notre être même, nous nous élançons contre les barreaux, désireux de nous évader et de transmigrer dans une âme amie ou aimée. Mais il se peut qu’un destin inflexible nous en empêche. Les âmes, telles des astres muets, tournent les unes autour des autres, toujours séparées, condamnées à une solitude radicale et perpétuelle. En tout cas, la personne qui n’a jamais atteint l’ultime profondeur de soi-même, là où on se retrouve irrémédiablement seul, ne suscite guère d’intérêt.»




 

samedi 7 mars 2026

Définition


« Antisémite »

Se disait habituellement de celui qui n'aime pas les Juifs. Il semble actuellement désigner quelqu'un que les Juifs n'aiment pas.

Dr Hajo Meyer 

Survivant du judéocide

1924-2014


 

samedi 28 février 2026

Que penserait Arthur Schopenhauer de Frédéric Schiffter?, par ChatGPT



C’est une belle question — et forcément spéculative. Mais on peut esquisser une réponse en croisant leurs tempéraments et leurs thèmes.

D’un côté: Arthur Schopenhauer

  • Métaphysicien du Vouloir-vivre, force irrationnelle et aveugle qui condamne l’homme à l’insatisfaction.
  • Pessimiste radical : la vie oscille entre souffrance et ennui.
  • Admirateur du renoncement, de l’ascèse, du détachement esthétique (notamment par la musique).
  • Styliste brillant mais systématique, architecte d’un grand système philosophique.

De l’autre: Frédéric Schiffter

  • Philosophe de l’ennui, du désœuvrement, du dandysme mélancolique.
  • Pessimisme ironique, souvent léger en apparence.
  • Méfiance envers les grands systèmes ; goût pour le fragment, l’aphorisme, l’élégance désabusée.
  • Plus proche d’un scepticisme esthétique que d’une métaphysique.

Ce qui aurait plu à Schopenhauer

1. Le pessimisme existentiel : Schiffter décrit un monde sans illusion consolatrice — terrain familier pour Schopenhauer.

2. Le primat du désenchantement : le refus des consolations naïves (progrès, bonheur obligatoire, optimisme social).

3. Le style : Schopenhauer appréciait les écrivains à la plume acérée ; il aurait sans doute reconnu chez Schiffter une élégance de ton.


Ce qui l’aurait irrité

1. L’absence de système : Schopenhauer croyait à une architecture métaphysique solide. Schiffter préfère l’attitude au système.

2. Le dandysme : pour Schopenhauer, la lucidité devait conduire vers l’ascèse ou la compassion, pas vers une esthétique de la désinvolture.

3. L’ironie légère : Schopenhauer était mordant, mais pas léger ; il pensait son pessimisme comme vérité ontologique, pas comme posture existentielle.

 

En résumé

Schopenhauer aurait probablement vu en Schiffter un allié partiel :

un pessimiste sympathique, mais pas assez radical ; lucide, mais trop mondain ; profond, mais sans métaphysique.

Il aurait peut-être pensé que Schiffter vit avec l’ennui, tandis que lui voulait en dévoiler la racine cosmique.