jeudi 6 octobre 2022

Contra el Pueblo


 

Mon opuscule, Contre le peuple — éditions Séguier — devrait être publié en langue espagnole en janvier 2023. Je me suis rendu compte, qu’en dehors d’une ou deux têtes plates qui s’essaient à la critique sans en avoir les moyens littéraires, ni le niveau philosophique, mon propos a été compris des happy few. Comme l’Homme, le peuple n’existe pas. Ce qui existe, c’est une population d’individus appartenant à des classes, des catégories sociales, des groupes, des troupeaux identitaires, étrangers ou hostiles les uns aux autres, et qui, de ce fait, ne peuvent constituer le peuple ou un peuple. Ce qui existe, c’est un corps électoral où se retrouvent ces factions, pour parler comme Machiavel. Quant à ce qu’on appelle les élites, elles n’ont rien d’une élite. C’est la plèbe d’en haut, pour parler comme Nietzsche. Ainsi, quand fascistes, identitaires, gauchistes, démocrates ceci ou cela, disent «le peuple», ils évoquent avec grandiloquence un fantôme politique. C’est un vent de bouche que tous ces démagogues rotent aux narines peu délicates des naïfs. ¿A propósito, como se dice «vent de bouche», en castellano?          

mercredi 5 octobre 2022

Les valeurs occidentales et moi



En traînant à la Chambre d’amour, aux abords de la plage de Marinella, je songeais aux discours débités dans les médias au sujet de l’Ukraine. Selon les péroreurs stipendiés, l’opération militaire spéciale russe menacerait nos valeurs occidentales. J’ignorais qu’icelles étaient enracinées dans le Donbass. La géographie indique plutôt que cette région, où orthodoxes et mahométans parlent russe, recèle des ressources minières et une puissante centrale nucléaire. Mais peut-être les experts en guerrologie ont-ils raison, ai-je pensé en m’asseyant sur le sable et en calant mon dos contre un rocher. Pourquoi l’Occident aussi culturellement élevé soit-il, dédaignerait un enjeu économique? J’allais pousser ma réflexion plus loin, chercher à savoir s’il y avait de beaux coins où traîner dans le Donbass si riches en valeurs occidentales, quand je me suis mis à somnoler. Mais, finalement, je ne crois pas que j’examinerai à nouveau cette question.    




 

mardi 4 octobre 2022

Discours du traîneur


En traînant aux Sables d’or, je me suis avisé de faire une revue sur les diverses occupations qu’ont mes pauvres frères humains en cette vie; et sans les déplorer, j’ai songé que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais, c’est-à-dire à traîner tous les jours. J’en éprouve de si réelles satisfactions depuis que j’ai commencé il y a des années, que je ne crois pas qu’on en peut connaître de plus douce ni de plus innocente; et comme je fais, chaque fois que je traîne soit à Biarritz soit à la Chambre d’amour, des réflexions des plus élevées pour cela même ignorées des autres hommes, et comme le plaisir que j’en ai remplit mon esprit, je parviens à cette forme de sagesse qui est de me foutre pas mal de bien des choses. 


 

samedi 1 octobre 2022

De l'empathie


En traînant cet après-midi à Biarritz dans le but de me dégourdir les esprits animaux, je pensais à ces gens qui me reprochent de n’avoir pas d’empathie quand on évoque des victimes à la mode. Je ne doute pas des souffrances des Ukrainiens, des femmes agressées, des Chrétiens d’orient, des Français de souche — et de tant d’autres. Je n’y suis pas indifférent, mais elles ne m’obsèdent pas, de même qu’elles n’empêchent pas de vivre ceux qui se targuent d’empathie. Ce sont des tartuffes, me disais-je en admirant l’effet du soleil sur l’océan. Ils n’éprouvent pas le malheur des autres — nul ne le peut, car chacun est enfermé dans une solitude radicale. S’ils se coiffent avec bruit de cette vertu, c’est toujours à bon compte et dans le seul but de discréditer les têtes froides — suspectes de cynisme parce qu’elles raisonnent au lieu de pousser des cris d’indignation. Les empathisants forment vraiment une engeance méprisable, ai-je songé en regagnant sans me presser l’avenue du général Mac Kroskey — un militaire, au reste, inconnu à mon bataillon.       


 

jeudi 29 septembre 2022

Incorrectes évidences...


Sur une antenne, Élisabeth Badinter s’inquiète des méthodes de délation utilisées par des cheffesses néoféministes pour régler leurs comptes personnels avec des politiciens. Elle y conteste aussi l’idée de l’imprescriptibilité des agressions sexuelles et des viols — estimant: 1) les délais de dix et vingt ans en vigueur suffisants pour que les victimes portent plainte; 2)que cette particularité juridique ne doit concerner que les crimes contre l’humanité. Au même micro, elle s’interroge sur le silence des aboyeuses de garde anti-masculinistes à propos de la courageuse révolte des iraniennes contre les ayatollahs. Il suffit donc qu’Élisabeth Badinter énonce ces évidences, pour qu’elle soit aussitôt insultée et vilipendée sur Twitter par des bas-bleus, des gazetières, des élues de tout poil politique — violence verbale qui donne une idée de la «sororité» dont toutes ces femmes se coiffent et qu’elles semblent définir ainsi: «Sois ma sœur ou je te tue sur les réseaux sociaux!» 


 

mercredi 28 septembre 2022

En traînant … — 2


En traînant l’autre jour à Biarritz, dans le secteur du phare, je pensais sans penser — à quelque chose de précis, veux-je dire. Je ne m’arrêtais sur aucun thème de réflexion, sur aucune impression ressentie. Mes pas me portaient dans telle ou telle direction, sans que je la choisisse vraiment. J’obéissais à l’automatisme du hasard. Je ne peux dire que j’étais dans mes pensées, puisque je ne réfléchissais pas. Cela m’arrive rarement de connaître pareil état. Car, lorsque je traîne, mes pensées en profitent pour s’agiter. Extérieurement, je passerais pour un flâneur, mais intérieurement pour un exalté. Par chance, quand je traîne ainsi, c’est toujours dans la proximité de l’océan. Or, le spectacle de son immensité souligne l’insignifiance de mes cogitations désordonnées et évanescentes. La contemplation de l’océan est la secrète adoration que je voue à ce maître d’indifférence.   


 

lundi 26 septembre 2022

En traînant ... — 1



En traînant, hier, à la Barre, je songeais que je délaissais mon blog. Devais-je le reprendre? Depuis son ouverture, il a été visité par plus d’un million de personnes. Sous mes billets, j’avais droit à des commentaires aimables et intelligents et, bien sûr, à des mots fielleux et stupides. En longeant l’Adour, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant pour moi de renouer avec cette sorte de diarisme, même si je mesure la vanité de l’exercice. Tenir un blog n’a jamais répondu pour moi au désir d’adresser des messages à mes contemporains. Je ne suis pas un intellectuel — donneur de leçons, lanceur d’alertes, pétitionnaire compulsif. Je ne suis pas davantage un philosophe. Je ne fabrique pas des concepts, je bricole pour me divertir des notions à partir de mes humeurs. Peu me chaut d’être un de ces «influenceurs» qui visent un public de pauvres d’esprit. Avec mes quelques lecteurs, je ne cherche comme dirait mon cher Saint-Évremond, qu’à entretenir un «amical et honnête trafic». La fin sera-t-elle atteinte? Tant mieux. Sera-t-elle manquée? Tant mieux aussi — je rangerai sans regret cette page dans le grand tiroir de mes velléités.   


 

samedi 30 avril 2022

Le Donbass et moi


J'ignore si le Donbass — Донба́сс — est une province russe ou ukrainienne. Comme les gens du coin semblent se disputer sur ce point, cela ne m'éclaire pas davantage. Ah! Si j'étais un intellectuel! J'en aurais des avis sur la question! Je m'indignerais! Je condamnerais! On admirerait mon ardeur à défendre les valeurs démocratiques! La barbarie trouverait en moi un ennemi et elle en tremblerait! Mais je n'ai aucun courage pour écrire une tribune, une lettre ouverte, un texte de pétition. Je ne suis capable que de me mêler de mes affaires. Pourquoi ne suis-je pas un intellectuel? Pourquoi? Pourquoi?

 

lundi 4 avril 2022

De l'éditorialisme


Il y eut le siècle des Lumières. Nous sommes à l’ère des loupiotes. 


 

samedi 2 avril 2022

De la décence commune


George Orwell en Birmanie,
Officier de la police coloniale

Pour accréditer l’idée que les petites gens aspiraient spontanément à la justice, George Orwell leur prêtait une «décence commune», une sorte de moralité spontanée. Jean-Jacques Rousseau avait son sauvage bon par nature, George Orwell son «prolétaire», voire son «petit-bourgeois», altruiste en raison de sa condition sociale. Le remuement des Gilets jaunes a permis de voir la pertinence de cette notion de décence commune quand ces braves insurgés se menaçaient de mort entre eux, de même, quand, dans la période de la crise sanitaire, une majorité de Français désiraient la punition et la non-prise en charge médicale des non-vaccinés, et, de même encore, quand, aujourd’hui, pendant l’opération militaire spéciale de Poutine en Ukraine, des chalands adressent des insultes à des civils russes travaillant en France ou aux salariés des magasins Leroy Merlin. «Il est des idées d’une telle absurdité, que seuls les intellectuels peuvent y croire», disait Orwell. J’attends qu’un historien se lance dans l’écriture d’une Encyclopédie des lynchages inspirés par la décence commune.  


 

samedi 26 mars 2022

En traînant à la Chambre d'amour — II


Assis sur un des bancs du belvédère dominant les plages d’Anglet qui vont de la Chambre d’amour à la Barre, je laissais aller mes pensées. En regardant vers le phare de Biarritz, j’aperçus, posée sur la falaise, boulevard de la mer, la villa prétentieuse de l’ancien gendre de Vladimir Poutine. Par une association d’idées naturelle, le mot «oligarque» me vint à l’esprit. Je me demandais quel serait le visage de la France si sa politique intérieure et extérieure dépendait de puissants propriétaires — ou actionnaires — d’entreprises concentrant l’exploitation de l’énergie, les médias, l’agroalimentaire, la grande distribution, le crédit bancaire, etc. Heureusement, Bolloré, Bouygues, Arnault, Pinault, Niel, Pigasse, etc., n’ont rien de commun avec des oligarques occupés à faire main basse sur l’État et à en orienter la législation en fonction de leurs intérêts. Ce sont des hommes d’affaires avisés, richissimes, certes, mais soucieux de l’intérêt général. Républicains, tous montrent de l’aversion pour la corruption, le lobbying, l’intimidation. Il faut être complotiste pour s’imaginer qu’il y aurait collusion entre l’administration publique et tel ou tel groupe privé français, ou, à plus forte raison, étranger. Quand le ministère de la santé, sur le conseil du cabinet McKinsey, a décidé de mener une campagne massive de vaccination de la population, des enfants aux vieillards, personne, sauf une poignée d’antivax fascistes et antisémites, n’a douté que sa seule volonté était de sauver la vie de millions de gens et non de faire faire des bénéfices à un laboratoire américano-germanique — et d’offrir une belle rémunération au conseiller (clic). Tandis que j’exposais mon visage au soleil printanier, toujours par une association d’idées naturelle, je me disais que les États-Unis montraient aussi l’exemple d’un pays exempt du pouvoir d’oligarques. Tout lecteur du magazine Forbes sait que les capitalistes nord-américains se sont toujours éloignés de la politique, des manœuvres de déstabilisation de gouvernements sud-américains ou moyen-orientaux, pour ne se consacrer qu’à des œuvres philanthropiques. «да, да! Il n’y a qu’en Russie où sévissent des oligarques», ai-je dit en me levant de mon banc que des âmes vertueuses avaient peint aux couleurs de l’Ukraine.   


 

dimanche 20 mars 2022

En traînant à la Chambre d'amour



En traînant l’autre jour à la Chambre d’amour, je songeais à l’opération militaire spéciale qui se déroule en Ukraine. Il me revint que dans Le Choc des civilisations, Samuel Huntington prévoyait que les conflits à venir entre puissances ne seraient pas engendrés par des motifs économiques — pillages d’énergie et de matières premières —, mais seraient causés par des sursauts identitaires, culturels et religieux. L'Occident, chrétien, ou judéo-chrétien, rencontrerait l’hostilité du monde islamique, ou des pays asiatiques confucianistes, hindouistes, bouddhistes, communistes. On constate toute la solidité de cette thèse ces derniers temps. Israël soutient l’Azerbaïdjan contre l’Arménie chrétienne; les États-Unis, l’Europe, et Israël toujours, soutiennent l’Arabie saoudite et autres émirats, fiefs du salafisme, contre l’Iran; la République Populaire de Chine dispute ses frontières avec la République socialiste du Viet Nâm; la Corée du sud menace la Corée du nord d’une réunification; etc. L’exemple qui illustre le mieux la pertinence de la pensée géopolitique de Huntington est la récente invasion d’un pays russophone orthodoxe par un autre pays russophone orthodoxe. Un choc terrible entre deux civilisations que tout oppose: dans un camp, une Ukraine coiffée par une oligarchie et minée par la corruption, dans l’autre, une Russie gouvernée par une ploutocratie et gangrénée par la prévarication. En m’arrêtant devant la plage déserte des Sables d’or, je me dis qu’il n’était pas étonnant que l’Union européenne, réalisation politique de l’idée du Bien, ait choisi le camp dont elle partageait les valeurs.  

lundi 7 mars 2022

Un écrit court et bon est deux fois bon


«Si j’étais un législateur tout-puissant, je me contenterais d’édicter cette loi très simple: “La publication des livres ayant plus de cent pages est interdite.”». Il serait déraisonnable de ne pas approuver Henri Roorda. À cette loi, j’ajouterais un assortiment de peines en cas de contraventions — de lourdes amendes que devraient se partager auteurs et éditeurs. Seuls les dictionnaires garderaient toute liberté de dépasser mille pages, et encore, à condition de ne pas servir de poubelles aux mots qui traînent partout dans le journalisme, les entreprises, les vestiaires. 


In LASSITUDES — Éditions Louise Bottu (clic)