mardi 6 octobre 2026

Lettre à Jean-Paul Enthoven


Cher Jean-Paul Enthoven,

Dans votre Dictionnaire amoureux du bonheur (Plon, 2026), je relève d’indélicats hommages à deux de mes livres.

En trouvant dans vos pages des citations qui renvoient à mon essai, Le Charme des penseurs tristes (Flammarion, 2013), et à mon Dictionnaire chic de philosophie (Écriture, 2014), j’ai d’abord songé que vous en étiez un lecteur admiratif. Mais, en découvrant aussi sous votre plume des morceaux de phrases et des passages d’une troublante similitude avec des formulations et des paragraphes miens, j’ai trouvé que vous exagériez l’admiration que vous me portiez.

Mettre des guillemets à des emprunts, tel est l’usage; ne pas en mettre revient à commettre une enthovenisation de certaines parties de mes écrits.

Vous m’objecterez que vous m’aviez averti.

Le 25 avril 2025, dans un message posté sur le réseau social Instagram, vous me disiez en effet: «Je suis obligé de piller vos Penseurs tristes». Sans comprendre pourquoi vous étiez «obligé» de me piller, j’avais pensé que vous vous exprimiez sur un ton plaisant, en aucun cas que vous alliez réellement vous livrer au pillage de mon essai et de mon Dictionnaire chic. Mon erreur fut d’oublier qu’il faut prendre au sérieux celui qui se prend lui-même au sérieux et imagine se dédouaner d’un forfait en annonçant qu’il va le commettre.

Dans des messages récents, vous admettez qu’il manque des guillemets à ce que vous appelez vous-même vos «larcins». Dans la perspective d’une deuxième édition de votre dictionnaire, vous me demandez de vous indiquer où placer lesdits guillemets car vous craignez «de ne plus trop savoir» ce qui est à vous et ce qui est à moi. Cela, je l’avais compris en vous lisant, cher Jean-Paul Enthoven. Mais peut-être que votre embarras tient-il à ce que la rédaction de votre livre aurait été confiée à un tiers. Même si je n’ose croire à un pareil expédient de votre part, vous pourriez en ce cas demander à ce pilleur auxiliaire de retrouver les phrases et les passages en question.

Mais épargnez-lui cette tâche. Vous comprendrez qu’étant donnée votre inélégance, je refuse à votre éditeur le droit de me citer avec ou sans guillemets.

Recevez, cher Jean-Paul Enthoven, mon salut distingué.

Frédéric Schiffter

 

 


 

samedi 9 mai 2026

Parution le 13 mai

(clic sur l'image)

Textes choisis et préfacés par Mézigue et excellemment traduits par Valeria Dos Santos — éditions Séguier (clic).

 

jeudi 16 avril 2026

Supériorité de l'éthique


"L'homme juif comprend le monde à partir d'autrui."
Emmanuel Levinas

 

mardi 31 mars 2026

mardi 17 mars 2026

Pronto


J’ai le plaisir d'annoncer à mes fols lovers la parution, en mai, aux éditions Séguier , d'un recueil de brefs essais, choisis par mes soins, du penseur espagnol José Ortega y Gasset. J’en ai écrit la préface. Valeria Dos Santos en est l'excellente traductrice. 

Un extrait ? Voici: «Nous ne nous accordons que sur les questions les plus extérieures et les plus insignifiantes. Lorsque nous abordons des sujets plus subtils, personnels et importants pour nous, les malentendus abondent, de sorte que la dimension délicate et intime de notre être demeure fatalement hermétique aux autres. Parfois, comme une bête dans sa cage, symbole de notre être même, nous nous élançons contre les barreaux, désireux de nous évader et de transmigrer dans une âme amie ou aimée. Mais il se peut qu’un destin inflexible nous en empêche. Les âmes, telles des astres muets, tournent les unes autour des autres, toujours séparées, condamnées à une solitude radicale et perpétuelle. En tout cas, la personne qui n’a jamais atteint l’ultime profondeur de soi-même, là où on se retrouve irrémédiablement seul, ne suscite guère d’intérêt.»




 

samedi 7 mars 2026

Définition


« Antisémite »

Se disait habituellement de celui qui n'aime pas les Juifs. Il semble actuellement désigner quelqu'un que les Juifs n'aiment pas.

Dr Hajo Meyer 

Survivant du judéocide

1924-2014


 

samedi 28 février 2026

Que penserait Arthur Schopenhauer de Frédéric Schiffter?, par ChatGPT



C’est une belle question — et forcément spéculative. Mais on peut esquisser une réponse en croisant leurs tempéraments et leurs thèmes.

D’un côté: Arthur Schopenhauer

  • Métaphysicien du Vouloir-vivre, force irrationnelle et aveugle qui condamne l’homme à l’insatisfaction.
  • Pessimiste radical : la vie oscille entre souffrance et ennui.
  • Admirateur du renoncement, de l’ascèse, du détachement esthétique (notamment par la musique).
  • Styliste brillant mais systématique, architecte d’un grand système philosophique.

De l’autre: Frédéric Schiffter

  • Philosophe de l’ennui, du désœuvrement, du dandysme mélancolique.
  • Pessimisme ironique, souvent léger en apparence.
  • Méfiance envers les grands systèmes ; goût pour le fragment, l’aphorisme, l’élégance désabusée.
  • Plus proche d’un scepticisme esthétique que d’une métaphysique.

Ce qui aurait plu à Schopenhauer

1. Le pessimisme existentiel : Schiffter décrit un monde sans illusion consolatrice — terrain familier pour Schopenhauer.

2. Le primat du désenchantement : le refus des consolations naïves (progrès, bonheur obligatoire, optimisme social).

3. Le style : Schopenhauer appréciait les écrivains à la plume acérée ; il aurait sans doute reconnu chez Schiffter une élégance de ton.


Ce qui l’aurait irrité

1. L’absence de système : Schopenhauer croyait à une architecture métaphysique solide. Schiffter préfère l’attitude au système.

2. Le dandysme : pour Schopenhauer, la lucidité devait conduire vers l’ascèse ou la compassion, pas vers une esthétique de la désinvolture.

3. L’ironie légère : Schopenhauer était mordant, mais pas léger ; il pensait son pessimisme comme vérité ontologique, pas comme posture existentielle.

 

En résumé

Schopenhauer aurait probablement vu en Schiffter un allié partiel :

un pessimiste sympathique, mais pas assez radical ; lucide, mais trop mondain ; profond, mais sans métaphysique.

Il aurait peut-être pensé que Schiffter vit avec l’ennui, tandis que lui voulait en dévoiler la racine cosmique.


 

dimanche 8 février 2026

Un herem contre Alain Finkielkraut ?


Depuis quelques semaines Alain Finkielkraut répète qu'il a honte, en tant que Juif, de ce qu'Israël(son armée et ses colons) fait subir aux populations palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie. L'expression publique de pareil sentiment lui vaut la désapprobation véhémente de la part de responsables de «la communauté», comme il l'appelle. D'aucuns, rabbins, propagandistes payés ou bénévoles de Netanyahu, l'accusent de réagir et de parler comme les «ennemis d'Israël». Je m'inquiète un peu pour l'académicien. En 1656, la synagogue d'Amsterdam avait excommunié Spinoza parce que celui-ci avait eu honte de l'humiliation qu'elle avait fait subir à Uriel Da Costa (clic) au nom de la superstition biblique. Finkielkraut sera-t-il banni de «la communauté» pour antisémitisme? Ce qui me rassure, c’est que Finkielkraut n'a rien de Spinoza.