lundi 6 décembre 2021

mardi 2 novembre 2021

À PARAÎTRE, LE 15 décembre 2021


"Si la mélancolie était une foi, j'en serais le théologien". 

Recueil d'aphorismes qu'il est possible de commander dès maintenant auprès de l'éditeur (clic). 


 

dimanche 17 octobre 2021

Vient de paraître — Éditions les Cahiers dessinés - 15 €


L'Amour, la nouvelle revue dirigée par Frédéric Pajak vient de paraître. Élégante et raffinée. D'excellents contributeurs et illustrateurs. Outre Pajak, on lira Philippe Garnier, Marc-Émile Thiniez, Julie Bouvard, Matthieu Gounelle, Paul Nizon, Aurélie William-Levaux, Bessompierre, Fernando Arrabal, Jacqueline Merville, Nicolas Raboud, Delfeil de Ton, Frédéric Ciriez, Iris Desbordes, Renaud Ego, Frédéric Schiffter, Jean-Noël Orengo, Patrice Jean, Sandrine Pot, Dimitri Bortnikov. On goûtera les dessins et peintures de Micaël, Mix et Remix, El Roto, Roland Topor, Volken, Alexandra Roussopoulos, Jean-Baptiste Sécheret, Corinne Véret-Collin, Stéphane Trapier, R.O. Blechman, Sylvie Fajfrowska, Sempé, Pavel Schmidt, Anna Sommer, Chaval. 


 

lundi 27 septembre 2021

Les brêles contre Roland Jaccard


Quand elle a appris le suicide de Roland, Élisabeth Lévy a osé tweeter: «Il en avait rêvé, il l’a fait». Qui s’étonnera de la vulgarité de cette bonne femme coiffée d’une scarole rouge? 

Jérôme Leroy, l’employé de ladite bonne femme, dans un article filandreux, s’est posé la question de savoir quelle place occupe Roland Jaccard dans «le paysage intellectuel français». Comment cette brêle stalinienne peut-il user de pareil cliché et se poser une telle question? C’est faire injure à Roland qui se savait apprécié des happy few. Là s’arrêtait son ambition.

Tahar Ben Jelloun a signé un billet qui suinte le ressentiment à l’égard d’un écrivain érudit et désinvolte, profond et stylé. Roland avait mis son talent dans sa vie et cette vie dans ses livres. Cela le dispensait de commettre des romans à la manière de Tahar Ben Jelloun, ce parvenu des lettres.  

Roger-Pol Droit a torché une «nécro» de commande dans Le Monde. Quand Roland travaillait pour ce journal, celui qu’on surnomme «Pol-Mouillé» enviait sa liberté, ses livres, son travail d’éditeur. Exemple même du collègue envieux qui se revanche à mots couverts dans un hommage faussement amical. 

Je n’ai pas lu tout ce qui a été écrit sur la mort de Roland. Je l’entends me dire: « Ah!Le Schifftero défend la mémoire du Jaccardo! Je n’en attendais pas moins de lui, mais c’est accorder trop d’importance à des remous de vase!» Il aurait raison, bien sûr. Mais, là, il me faut avoir tort. 

    À propos de mémoire, je sors de ma bibliothèque Vertiges, un opuscule de mon ami que j’avais édité en 2000 quand j'animais DISTANCE, une cabane d’édition construite sur une plage de Biarritz. Cet échec commercial total nous fit rire pendant vingt ans. 


 

mardi 21 septembre 2021

L'élégance de Roland Jaccard (paru dans Philosophie Magazine)


Ce lundi 20 septembre, à 8h15, j’allume mon ordinateur. Je constate que Roland Jaccard m’a envoyé un mot à 7h38. «Je m’en vais! Prends le relais!» Au dessus, je lis: “Big sleep”. Je comprends que mon ami vient de se donner la mort et que ses derniers mots sont ceux d’un testament. 

Le 22 septembre, Roland Jaccard aurait eu quatre-vingts ans. 

Quand je lus L’Exil intérieur, paru en 1975, je commençais mes études de philosophie. Par sa lucidité, l’ouvrage tranchait avec la littérature de l’époque. Alors que des théoriciens marxistes spéculaient sur l’avènement d’une révolution, Jaccard, en disciple de Freud, écrivait la suite de Malaise dans la civilisation. Les troubles de Mai 68 furent non pas les symptômes d’un désir de liberté collective, mais les prodromes d’une schizoïdie générale: plus les individus œuvraient à une subversion de l’ordre par des expériences communautaires, plus ils s’exilaient en eux-mêmes, telles des monades. «Dans nos sociétés modernes, l’autre est réduit à une pure fonction instrumentale; nous le côtoyons, mais nous ne le rencontrons jamais. Nous vivons socialement dans une sorte de vaste coït interrompu.» Et, ajoutait Jaccard, si les idéologies ou les religions nous consolent, seule la pharmacie nous aide à persévérer dans l’existence. 

Pareille vision du monde charmait mon fond de pessimisme et flattait mes doutes à l’égard des utopies. Fils unique, orphelin de père précoce, je trouvais chez Jaccard un grand frère intellectuel. Je guettais la parution de chacun de ses livres, soit un tome de son Journal, soit un de ses essais. Jaccard avait le secret des titres séduisants: L’Ombre d’une frangeDes femmes disparaissent, L’Âme est un vaste paysLes Chemins de la désillusionLa Tentation nihilisteLe Cimetière de la morale… On ne se remet jamais d’une enfance heureuse, ainsi s’intitule son ultime opus

Jaccard émaillait son Journal d’aphorismes bien sentis et ses essais d’anecdotes bien troussées. Pour les aphorismes, il suivait l’exemple de son ami Cioran, pour les anecdotes celui de son modèle Henri-Frédéric Amiel. Il n’avait cure d’être original, du moment où il était personnel en tout. Concernant l’art du roman, il tenait pour lui que c’était une impasse. «Pourquoi donc si peu d’écrivains se rendent-ils compte que le journal intime, c’est la liberté […] alors que le roman a presque toujours quelque chose de contraint, de fabriqué, de décourageant. Déjà ce simple fait stupide, et insupportable, qu’il faut un début et une fin. On sue dans le roman, on s’ébroue dans le journal intime». 

Directeur de collection aux Presses Universitaires de France, Jaccard éditait des livres de philosophie, mais c’eût été lui faire injure de lui dire qu’il était philosophe. Trop égotiste pour s’aventurer dans le général, trop épris de style pour s’échiner sur une somme, trop sceptique pour défendre une doctrine, il se contentait de saupoudrer ses écrits d’une sagesse bien à lui, forgée davantage par l’humeur que par la raison, et inspirée de Schopenhauer — qu’il appelait l’oncle Arthur, ou, avec Cioran, le Patron. Grand lecteur des écrivains viennois fin de siècle et de Thomas Bernhard, il plaçait la littérature au-dessus de la métaphysique. «La première se précipite dans la profondeur des contradictions humaines, alors que la seconde reste au bord de l’abîme».

Souvent, Jaccard évoquait son nihilisme et, souvent aussi, rappelait son désir de se suicider… un jour. 

Qu’entendait-il par nihilisme? Rien qui relève d’une révolte fanatique, mais le sentiment que la vie est une épreuve dont nous pourrions nous passer si on l’examine selon les plaisirs et les douleurs qu’elle nous offre et nous inflige. Pour Jaccard, le calcul était vite fait, même si la Fortune l’avait plus avantagé que desservi — lui qui passa son temps à voyager, à hanter les palaces, à paresser au bord de la piscine Deligny en compagnie de naïades délurées. Il refusa d’être père, voyant dans les maternités des endroits sinistres où des couples sans morale s’apprêtent à tirer du néant des êtres innocents et à les reléguer aussitôt dans l’esseulement, fût-il surpeuplé. C’est parce qu’il ressentait l’angoisse de la solitude et du passage, qu’il multipliait les conquêtes féminines, s’était marié deux ou trois fois, et s’entourait d’amis — même s’il savait, comme Montaigne, les amours plus fragiles que l’amitié. 

Dès ses premiers livres, Jaccard promettait de se suicider, mais sa longévité suscitait des ricanements. Il s’en protégeait par l’humour. «À tous ceux qui s’étonnent que je sois encore en vie, je réponds: on peut se suicider sans mourir. C’est ce que j’ai fait à travers mes livres. Solution tellement confortable, tellement suisse… ». Ce lundi matin, mon ami Roland Jaccard a fait taire les rires. Il n’était pas malade: cet été, il jouait au tennis de table au sporting club de Pully. Il était en pleine possession de son intelligence: quand je lui ai parlé au téléphone début août, il m’amusa avec ses sarcasmes sur l’inquisition sanitaire qui sévissait en France. Dimanche après-midi, il disputait des parties d’échecs avec ses partenaires habituels. Courageux, Roland a refusé le vandalisme de la vieillesse. En 2002, il signait un livre: L’Homme élégant

dimanche 29 août 2021

Le bel été


Quand le Pays basque veut montrer ce qu’est le bel été, il s’applique. Du soleil mais pas de canicule. Un petit clapot mais la houle reste calme. Du bleu et du turquoise en haut et en bas du décor. Vers 13h, j’ai quitté la plage de la Côte des Basques où se tenait une compétition d'exhibition fessière à laquelle participaient toutes les vacancières. Visages et derrières féminins sans masques. Sur ma Vespa, je me suis propulsé vers la Chambre d'amour. La même compétition s'y déroulait. Un sport charmant. Puis j’ai pris place à une terrasse pour déjeuner. J'avais oublié le laisser-passer (que je n'ai pas). Le restaurateur omit aussi de me le demander. Le beau temps rend distrait. Pas le moindre gendarme. Anglet, heureux territoire perdu de la république sanitaire où le vivre ensemble entre vaccinés et irresponsables va de soi.


 

mardi 24 août 2021

De la resquille


Lorsque, adolescent, je voulais voir un film interdit au moins de 18 ans, je m'arrangeais pour entrer au cinéma quand même. Je paraissais plus vieux que mon âge, si bien que la guichetière et le cerbère chargé de déchirer le ticket à l'entrée de la salle n'y voyaient que du feu. Pour plus de précautions, j'avais sur moi la carte d'identité fatiguée d'un ami ayant l'âge légal et à qui, bien sûr, je ressemblais. On ne me la demanda jamais. En fait, je ne crois pas que la dame du guichet et le cerbère étaient dupes. Heureux temps où les préposés des "lieux de culture" n'avaient pas une mentalité de contrôleurs. Ils devaient se foutre pas mal de ma santé mentale quand j'allais voir La Horde sauvage, Les Damnés, ou Les Sans-culottes s'éclatent à Saint-Tropez. Toujours est-il que, à la faveur de l'obligation de présenter un passeport sanitaire pour accéder à tel ou tel endroit, je me retrouve aujourd'hui dans la situation de mes années de resquille. Pour passer les check-point je dispose d'un moyen que je tairai. Cela m'amuse assez. Mais, je ne puis qu'éprouver un malaise à l'idée que tous les gens qui m'entourent ont, de bon ou de mauvais gré… consenti.

 

vendredi 20 août 2021

Conférence



Demain, samedi 21 août, à la médiathèque de Biarritz, à 11h, je tâcherai d'expliquer pourquoi le jansénisme, en soutenant le dogme de la Chute, fut une théologie qui influença les écrivains du Grand Siècle, de La Rochefoucauld à Pascal, de Racine à Madame de La Fayette, de La Fontaine à Bossuet, etc, et pourquoi Port-Royal fut un repaire où dévots, frondeuses et libertins, prenaient plaisir à se côtoyer et à converser.

mercredi 11 août 2021

Brève dystopie à rebours


L’histoire raconte comment, lors d'une dérive psychogéographique, Françoise Sagan, Antoine Blondin et Guy Debord, sont refoulés à l’entrée de leur café habituel parce qu’ils n’ont pas téléchargé leur QR Code. Un peu plus tard, il y a aussi l’épisode où Jean-Paul Sartre est en butte au zèle sanitaire du garçon de café de l’Être et le Néant.


 

dimanche 8 août 2021

Vive le Grand-Frère chinois !


Huffington Post juillet 2021

— Les confinements 

— Les couvre-feux 

— L’incitation des médias à la vaccination de masse

— L’intimidation que les autorités exercent sur les récalcitrants et les félicitations qu’elles décernent aux citoyens responsables

— Le contrôle que les vaccinés sont invités à multiplier sur les non-vaccinés 

— Le passeport vaccinal QR codé obligatoire.

Autant de mesures que la République Populaire de Chine a inspirées à nos gouvernants et parlementaires. 

Il est donc parfaitement déplacé de dire que la France flirte avec la dictature sanitaire quand on voit que, depuis le début de la pandémie, elle prend exemple sur une grande démocratie.

 


 

mardi 3 août 2021

Qu'une démocratie doit s'honorer en créant un nouveau délit


Avant que la loi imposant le passe sanitaire ne soit votée, Claire Hédon, Défenseur des droits, avait alerté le Parlement sur les atteintes à la vie sociale que ne manqueraient pas d'entraîner certaines dispositions: «le contrôle d’une partie de la population par une autre», «les risques de discriminations dans l’emploi», «les risques considérables d’atteinte aux droits de l’enfant», «les risques liés au traitement des données médicales». Feignant des divergences, députés et sénateurs ont posé leur gros fessier de rhinocéros sur ce rapport. Il est illusoire de penser que les Assis du Conseil Constitutionnel censureront tout ou partie de cette loi. Avec le courage qui les caractérise, ils lui donneront leur bénédiction tout en exprimant, pour la forme, des réserves. Soutenu par les deux assemblées et la caste médicale omniprésente dans les médias — lesquels, d’ores et déjà, justifient la hausse des prix des vaccins —, l’exécutif gouverne seul. Le macronisme sanitaire a triomphé pour la plus vive jouissance des citoyens éclairés, tous dames patronnesses et Monsieur Homais, pressés qu’on punisse le nouveau délit créé par la démocratie: l’anti-passisme.


 

jeudi 29 juillet 2021

Ce monde est triste, hélas! Et je lis trop de livres !



Jadis, j'avais fondé une cabane d'édition nommée DISTANCE avec mon ami Jean-Michel Martinez-Esnaola. Nous publiions nos ouvrages avec l'aide du Bookstore, de Biarritz. Ne reculant devant aucun paradoxe, nous décidâmes d'exhumer un texte de Schopenhauer, tiré des "Parerga et Paralipomena", intitulé "La Lecture et les Livres", mais, là, proposé sous le titre de "L'Art de ne pas lire". Le Patron, comme l'appelait Cioran, fâché avec la littérature de son temps, y donne un conseil: "La meilleure façon de ne pas lire le mauvais, c'est de ne lire que le bon" — c'est-à-dire les classiques. En feuilletant ce savoureux factum, j'en retiendrai aussi cette phrase dans la perspective de la rentrée littéraire qui vient: "À en croire Hérodote, Xerxès pleura à la vue de son innombrable armée, en songeant que de tous ces hommes il n’en resterait pas un seul vivant dans cent ans. Qui ne pleurerait aussi en songeant que, [de tous ces romans empilés dans les rayons des libraires], il n’en restera pas un seul vivant, même dans [six mois]?"


 

mardi 27 juillet 2021

De la République sanitaire


La perspective de devoir présenter un QR Chose à un patron de bistrot pour avoir le plaisir de boire un café en terrasse, me coupe toute envie d’aller boire un café en terrasse. Je préfère renoncer à cette agréable habitude plutôt que de prendre celle, méprisable, de montrer patte blanche à un taulier ou, pire, à la maréchaussée. 

L’instauration du passe m’apparaît comme un système de surveillance et d'intimidation policier, para-policier, patronal, consistant à violer le secret médical des gens et à les réprimer, par des amendes et des suspensions de salaire, s'ils ne se montrent pas sanitairement corrects. Les démocrates candides ont beau fustiger à haute voix ceux qui dénoncent une dictature sanitaire, ils ne peuvent nier qu’il s’agit bien de contrôler des citoyens — ils le seront aussi. La seule raison qu’ils trouvent pour justifier leur adhésion à la loi qui vient d’être votée est la défense d’un intérêt collectif: la santé. Au nom de la santé de tous, ils approuvaient hier l’enfermement, les couvre-feux, les laisser-passer. Comme ce sont des progressistes en matière de médecine, ils approuvent désormais le bannissement de la vie sociale de leurs concitoyens qui, fussent-ils vaccinés, refusent le passe-sanitaire. Je ne puis m’empêcher de voir dans ces champions de la démocratie, éclairés par la science et le gouvernement, un désir d’ôter aux «anti-passe» leurs droits civiques, alors qu’il ne me semble pas que, de leur côté, les «anti-passe» réclament la non-vaccination obligatoire pour tous, encore moins des sanctions ou des vexations pour les vaccinés. Par ailleurs, d’autres que moi l’ont déjà remarqué: si Marine le Pen était au pouvoir et qu’elle eût pris les mêmes mesures de coercition que le président Macron, ces démocrates auraient fait irruption sur les Champs Élysées au cri de:« À bas le fascisme sanitaire». 

 

Pour ma part, je ne parle pas de dictature sanitaire. Les quelques gugusses qui ont arboré l’étoile jaune où il était inscrit «anti-vaccin» sont clairement des demeurés, mais ils sont le reflet symétrique inversé de ces autres demeurés «pro-passe», largement plus nombreux, qui plastronnent sur les plateaux de télévision et traitent les «anti-passe» de criminels, de conspirationnistes, d’obscurantistes, etc.

 

Je comparerais plutôt les décisions gouvernementales et parlementaires à celles d’une forme d'inquisition politico-médicale. Il y a un dogme: le Vaccin préserve du diable Delta. Il faut non seulement y croire mais s’y convertir sous peine d’ostracisme social. Or, on ne s’y convertit qu'à la condition de se faire baptiser en tendant le mou de son deltoïde à un prêtre en blouse blanche qui y plantera une seringue. Ainsi notre société se divise-t-elle à présent en baptisés et non-baptisés, les premiers résignés à produire leur certificat de baptême en toute occasion, les seconds bientôt condamnés à agiter une crécelle aux abords des lieux fréquentés. Personnellement, je me réjouirais que la nouvelle loi suscitât non pas un mouvement de résistance — le mot est bien ronflant — mais de resquille. Les resquilleurs font preuve de cette intelligence pratique et insolente qu’on appelle l'astuce. Je compte sur eux pour tourner en ridicule les grands et petits inquisiteurs qui se piquent, si j’ose dire, de convertir leurs prochains à leurs lubies sanitaires.   


 

dimanche 18 juillet 2021

Piquante ironie de l'Histoire



On ne peut pas me reprocher mes fréquentations puisque mes amis sont centristes de gauche — sympathisants du PS et du parti néo-stalinien français (PC). En 2017, la plupart ont fait barrage au chavisme et au fascisme en votant pour Emmanuel Macron. Aussi, quand Donald Trump était au pouvoir, je les voyais inquiets. À les entendre, l’Amérique suivait une pente dangereuse, surtout quand l’homme au brushing indestructible divisait le pays, en montant les «abominable people» — dixit Hillary Clinton — contre les gens bien. Maintenant, mes chers amis, voulant faire barrage au Variant Delta, votent pour les vaccins Trump obligatoire. Je rappelle que Pfizer et Moderna ont été financièrement encouragés et trouvés sous le mandat de l’autocrate. Mes mêmes amis approuvent Emmanuel Macron quand, en président libéral, éclairé par la science et la raison, il oppose les bons français aux abominables anti-passe. Division de l’autre côté de l’Atlantique, tri civique de ce côté-ci. Si je ne doute pas de l’efficacité de tel ou tel Trumpcine, je me demande si mes amis centristes de gauche goûtent à l’ironie de l’Histoire    


 

jeudi 15 juillet 2021

On me comprendra


Il y a pire que se trouver au cœur d’un milieu naturel hostile: être entouré de gens captifs d’une pensée homogène. Plutôt les moustiques que des rhinocéros raisonnables et responsables.


 

jeudi 8 juillet 2021

Conférence du samedi 10 juillet, à 11h, donnée à la médiathèque de Biarritz


Causerie animée par Emmanuel Planes.

Présentation: 

Une idole affole le monde politique: le Peuple. De l’extrême-droite à l’extrême gauche en passant par les libéraux, tous les partis, leurs leaders, leurs idiots utiles, se coiffent de cette idole. Or quel est ce Peuple dont les porte-parole veillent à ne jamais définir les contours? Les pauvres, les classes moyennes, les provinciaux, les Français dits de souche, les diverses communautés culturelles, les martyrs de l’impôt? Loin d'être une réalité identifiable, le Peuple n’est qu’un flatus vocis, un vent de bouche, que des blablateurs propulsent à plein poumons du haut de leur podium pour ratisser large en période électorale ou pour mobiliser des suiveurs. 

Vide de contenu, la notion de peuple permet à n’importe quelle foule de s’en prétendre l’incarnation et d’aller exprimer ses frustrations, ses indignations, ses bouffées paranoïaques, sur les nouvelles agoras digitales appelées réseaux sociaux. Animée de cette belles «décence ordinaire» que lui prêtent les philosophastres convertis à George Orwell, cette racaille connectée y poursuit de sa vindicte tous les coupables de ses malheurs et frustrations, et, désormais, y dénonce la tyrannie tentaculaire des «élites». Or, là encore, ces «élites» n’ont rien d’une aristocratie, mais forment une petite plèbe de nantis dont l’ignorance hautement diplômée égale l’inculture décomplexée des mal-lotis. De même que le mot «peuple», l’expression «les élites» désigne un être social fantasmatique. Ce sont des éléments de langage dont on connaît la fonction: remplacer la précision par le simplisme et, ainsi, aggraver la servitude intellectuelle.   


 

mardi 29 juin 2021

L' éditorialisme, pathologie sénile des intellectuels




 





Un éditorialiste médiatique, omniprésent à la télévision et sur les ondes, est le larbin d’un pouvoir, d’un parti, d’un groupe d’intérêts économiques ou financiers, et sa tâche est d’en faire la propagande. S’il n’apparaît pas avec un badge d’identification du think tank ou du lobby qui le paie, sa rhétorique le trahit. Mais comme très peu de gens ont l’oreille fine, nombre de gogos s’imaginent que l’éditorialiste médiatique est un esprit libre, mu par le pur mobile de faire valoir ses propres opinions, informées et avisées, et ils l’écoutent comme s’il s’agissait d’un intellectuel. Sans doute est-ce pourquoi les patrons des médias audio-visuels salarient depuis quelques temps des intellectuels — appelés aussi "philosophes" au mépris de toute précision sémantique — comme des éditorialistes permanents ou occasionnels. Jadis, Pierre Bourdieu brocardait le dévoiement de l’intellectuel qui désertait son bureau le temps d’une mode pour aller faire l’histrion dans le cirque de l’opinion journalistique. «Qui parle (dans les médias)?, demandait-il. Ce sont des sous-philosophes qui ont pour toute compétence de vagues lectures de vagues textes.[…]Ce sont des demi-savants pas très cultivés qui se font les défenseurs d’une culture qu’ils n’ont pas, pour marquer la différence d’avec ceux qui l’ont encore moins qu’eux». Bourdieu est mort trop tôt pour voir que, désormais, les intellectuels engagés le sont au sens où l’entend un patron quand il engage un employé. Tant et si bien que, comme cela devait se produire, les consommateurs de médias pensent aujourd’hui que l’activité consistant à pérorer sur l'actualité à la télévision et depuis les studios de radios en compagnie de vedettes attitrées de la jacasserie en continu, est, pour Michel Onfray, Luc Ferry, Alain Finkielkraut — avant que LCI ne le renvoie —, d’autres encore, la manière la plus démocratique d’exercer la pensée. Si téléspectateurs et auditeurs ne distinguent plus les éditorialistes des intellectuels, ce n’est pas tant parce que ces derniers exécutent avec zèle le rôle que leurs employeurs leur assignent, mais parce que l’éditorialisme représente à leurs yeux le pompon de leur carrière. D’aucuns, parmi eux, s’abaissent davantage en visant plus haut. Michel Onfray, par exemple, ayant rameuté autour de lui, par le biais de sa revue, Front populaire, une bande de plumitifs condamnés à le flatter, nourrit l’ambition de se présenter aux élections présidentielles — sauf si un autre nouveau philosophe, Éric Zemmour, s'y porte candidat. L’ex-hédoniste solaire passé au proudhonisme franchouillard, ne fera pas la sourde oreille si le pays, en quête de redressement, vient, dixit, le «plébisciter» sous ses fenêtres (clic). Dans mon dernier opus (clic), je désigne les intellectuels, quelle que soit la soupe idéologique qu’ils servent, sous le nom de philodoxes: les amis de l’opinion. Je cherche un autre terme qui, pour les caractériser, contiendrait l’idée d’une pauvre intelligence, pitoyable et ridicule. Éditorialistes fera l’affaire.   

samedi 12 juin 2021

Du pasotisme au Pays basque

Je vis au Pays basque depuis plusieurs décennies et pour rien au monde je n’irais couler mes jours sous d’autres cieux. Pourtant, je n’y suis pas né. Je ne parle pas l’euskara et il ne m’est jamais venu à l’esprit de l’apprendre. Le «peuple basque» m’apparait comme une chimère. Seuls les individus existent et, à mes yeux, il n’y a que leur personnalité qui compte et non leur prétendue identité nationale. 

Je me suis peu baladé dans les montagnes surplombant la côte. Mes déplacements se font suivant un axe immuable: Anglet, Biarritz, Guéthary, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, Saint-Sébastien. Ainsi, je ne perds pas de vue l’océan que j’observe depuis quelques terrasses de cafés et de restaurants — toujours les mêmes. Comme je m’ennuie dans une foule, je ne vais jamais aux fêtes de Bayonne. Je hais les uniformes, or la tenue en blanc et rouge en est un. 

Peu caméléonesque, je n’ai jamais pris la couleur locale. Pourquoi, alors, me suis-je attaché à cette terre? Pourquoi j’en chante en toute occasion les louanges, moi qui suis étranger à l’esprit chauvin? Précisément parce qu’on peut s’y enraciner sans être obligé de se plier à un folklore. Parce qu’elle accueille les contemplatifs, les flâneurs, les nonchalants, trois types de sujets sans qualité qu’on peut regrouper sous le terme générique espagnol de pasotas — terme traduisible en français par: je-m’en-foutistes, ou, mieux, peut-être, par: dilettantes. Je crois que son climat y est pour beaucoup. On sait qu’Aristote et Montesquieu avaient observé une influence du froid, de la chaleur, de la douceur, des conditions atmosphériques, sur la psychologie des diverses populations du monde. J’ignore les effets que le gulf stream, les tempêtes, le voisinage des vagues, les embruns, le soleil des quatre saisons, le vent du sud, exercent sur l’«âme collective» des habitants du Pays basque. Sur la mienne, cette météorologie a jeté un charme et, depuis mon enfance biarrote, m’a converti au pasotisme. Je doute que, séjournant sous d’autres latitudes, j’eusse pu atteindre à une telle sagesse.  


Paru dans:

 Béret sur tous les fronts 

au Pays basque (clic), mai 2021



 

lundi 24 mai 2021

Conférence du vendredi 28 mai à la Maison Rouge de Biarritz

05 64 11 55 15 
20 Avenue Reine Victoria, Biarritz

Vendredi 28 mai, à 15h, on aura l’immense plaisir d’écouter ma conférence, à la Maison Rouge de Biarritz. Il fera doux et beau. L’événement aura lieu en extérieur, sur le joli parvis de la bâtisse. Le thème de ma causerie s’annonce passionnant: Croire et Savoir. Qu’on se le dise! 



 

vendredi 21 mai 2021

Du but de la philosophie depuis deux mille ans


Tous les philosophes de l’ère chrétienne, hormis Montaigne, Schopenhauer et Cioran, n’ont eu qu'un seul objectif: se liguer contre l’Ecclésiaste. 


 

lundi 17 mai 2021

So long, Bogie!


Photographie © Françoise Forget

Je fis la connaissance de Raphaël Sorin en 2005 au salon du livre d’Hossegor. Il publiait chez Finitude ses Produits d’entretiens, recueil d’articles sur des francs-tireurs de la littérature (Forton, Norge, Bounoure, Scutenaire, Ribemont-Dessaignes, Enard…), et mézigue, chez le même éditeur, mon Traité du cafard. Les organisateurs du salon eurent l’idée de nous faire papoter devant le public de notre passion pour les livres. Très vite nous nous mîmes à déconner, montrant par-là notre réelle passion, au grand désarroi de la modératrice qui ne put rien modérer du tout et pour la plus grande joie de l’auditoire. Une amitié était née. Nous nous revîmes à Paris quelques fois. Je faisais parler Raphaël de son travail d’éditeur. Il m’évoqua son amitié pour Gérard Guégan, Roland Jaccard, Michel Houellebecq, Michel Polac. Il maîtrisait l’art du portrait en quelques traits d’esprit. Très flatteur avec ceux qu’il aimait, impitoyable avec ceux qu’il méprisait. Mais toujours rigolard. Nous nous sommes vus une dernière fois en 2010. Je suivais ses chroniques sur son blog abrité par Libération. Un régal de style. Quand Raphaël Sorin était gamin, son idole était Humphrey Bogart. Il portait le même trenchcoat et se baladait avec une cibiche au bec. So long, Bogie.   


 

vendredi 14 mai 2021

Tribulations d'un hypocondriaque à Paris



Le Monde d’avant. Le titre rappelle Le Monde d’hier, de Stefan Zweig. Dans ses mémoires, Zweig évoquait les charmes d’une Europe qui se relevait de la boucherie de 14-18 avant qu’elle ne sombre dans un nouvel enfer de feu, de bombes, de massacres. Dans son journal intime qui couvre les années 1983-1988, Jaccard raconte une France qui commence à se lasser de François Mitterrand, qui craint le SIDA, qui admire ou déteste Bernard Tapie. Si on est loin de l’esprit viennois, on se laisse prendre par les pages d’un écrivain, journaliste et éditeur aussi suisse que parisien, amant heureux de la future romancière Linda Lê, ami d’écrivains à la mode et de psychanalystes — espèce aujourd’hui disparue —, habitué de la piscine Deligny, chroniqueur pour le supplément littéraire du quotidien Le Monde. On le voit déjeuner avec Gabriel Matzneff, Clément Rosset, Michel Polac, avec des confrères qui jalousent sa vie et sa désinvolture. Il se marre souvent au téléphone avec Cioran. Le Monde d’avant est l’autoportrait d’un quadragénaire qui a tout pour être comblé et qui l’est. De temps en temps, une sciatique ou une rage de dent lui rappellent sa finitude. Lorsqu’il est en proie à ces indispositions, Jaccard note qu’il côtoie le gouffre et flirte avec le suicide. Frimeur, il ne parvient jamais à être détestable. Il agace en séduisant, il séduit en agaçant. L’autodébinage est la politesse de son hypocondrie, le style, l’élégance de son égotisme. Le lecteur qui ne connaît pas Jaccard découvrira un diariste futile par profondeur et trouvera dans Le Monde d’avant une mine d’aphorismes. J’en choisirais deux. Sur la littérature: «Pourquoi donc si peu d’écrivains se rendent-ils compte que le journal intime, c’est la liberté […] alors que le roman a presque toujours quelque chose de contraint, de fabriqué, de décourageant. Déjà ce simple fait stupide et insupportable, qu’il faut un début et une fin. On sue dans le roman, on s’ébroue dans le journal intime.» Sur l’amitié: «L’amitié, je m’en rends compte une fois de plus, est un sentiment propre à l’adolescence. Elle lui survit ensuite, mais comme une nostalgie d’autant plus tenace qu’on voit bien avec un peu de lucidité qu’elle n’a plus vraiment matière à s’exercer et que si nous refusons d’en faire le deuil, c’est par crainte de la solitude, certes, mais aussi pour ne pas tuer l’adolescent en nous. Passé quarante ans, nous ne demandons qu’une seule chose à nos amis: respecter nos nerfs. Si, en outre, ils consentent parfois à nous écouter, alors ce n’est déjà pas si mal…» Il y a quelques années, Jaccard m’avait couru sur les nerfs — et réciproquement. Néanmoins je continuais de le lire, ce qui était la manière la plus amicale de l’écouter. 


 

jeudi 6 mai 2021

Du Patron, encore


Mon bref essai sur le Pessimisme chic paru dans Philosophie magazine me vaut des critiques. Je m’y attendais. Les professeurs de philosophie n'apprécient pas qu'on doute du tragique nietzschéen, et, surtout, dans leur milieu, Schopenhauer a toujours mauvaise presse. C’est bien normal. Parmi eux bien peu ont lu Schopenhauer et ceux qui ont eu l’honnêteté de le lire savent bien que l’intempestif c’est l’affirmateur de la douleur et de l’ennui, non pas le prophète du surhumain, le doctrinaire de la volonté de puissance, le visionnaire de l’éternel retour. Quand je fréquentais les bancs de l’université, Nietzsche était la vedette des étudiants contestataires et son Zarathoustra l’évangile des renverseurs de valeurs. Si Schopenhauer croupissait dans l’oubli, le dionysiaque moustachu bénéficiait de la réclame que lui faisaient Deleuze et Foucault qui cherchaient eux-mêmes une autre voix critique que le marxisme. Contrairement à Nietzsche, Schopenhauer n’aurait jamais pu servir de caution doctrinale aux nazis, puis, trente ans plus tard, aux gauchistes modernistes français. Le Monde comme volonté et comme représentation, de même que les Parerga et Paralipomena, ne furent jamais utilisés comme des instruments idéologiques, mais comme des sources de réflexion pour les plus grands écrivains. Là réside la supériorité intellectuelle d’un philosophe: quand la littérature se reconnaît dans sa pensée. Au reste, je ne connais pas d’autre exemple que Schopenhauer qui ait autant nourri les questions esthétiques des romanciers et des artistes des XIXe et XXe siècles — y compris Proust, superficiellement perçu comme un bergsonien. Mais rien n’est plus logique. Schopenhauer était un styliste qui mettait le sarcasme, le trait, l’épigramme, l’injure, la citation, la parabole, au service de l’analyse, du développement, de la dissertation. Jamais rien de ronflant, de grandiloquent, de délirant, ne venait sous sa plume. Plutôt l’art de la pointe que le dithyrambe, plutôt l’humour que l’exaltation. Voilà pourquoi Clément Rosset, humoriste lui-même, explique dans un entretien que non seulement Schopenhauer lui donna le goût de lire des pages "simples et vraies", mais aussi d’en écrire — afin, sans doute, de faire partager à ses propres lecteurs l’enchantement — dixit — que le maître du pessimisme lui fit éprouver. Ce fut le cas pour moi. Schopenhauer c'est le Patron, Clément Rosset un modèle.      




 

lundi 26 avril 2021

Modestes propositions pour déconfiner votre entendement



En ce lundi, nous rappelons: 

1)la parution jeudi 29 avril de notre bref essai, Du pessimisme chic, dans le numéro de mai de Philosophie Magazine;

2)notre conférence du vendredi 30 avril — Qu’est-ce qui est beau ? — qui se tiendra en plein air, dans la jolie cour de la Maison Rouge de Biarritz(réservation ici clic). 

Qu'on se le dise ! 


 

mercredi 14 avril 2021

À vos tablettes!


 


























Maison Rouge  05 64 11 55 15 20 
Avenue Reine Victoria  
64200 Biarritz














jeudi 25 mars 2021

Mes combats


Deux fois par semaine, Nathalie vient me donner un cours de boxe. Je dois m’appliquer pour mes uppercuts. Je frappe en remontant l’avant-bras, mais je n’engage pas assez le buste. En revanche, j’ai de bons directs droit et gauche. Bien sûr, j’exécute-là des mouvements «mimés». J’attaque les paws que Nathalie tient devant elle et j’obéis à ses consignes. Ces séances n’ont pas pour but de me préparer à des combats réels, mais de me maintenir en bonne forme et de rester svelte — ma garde-robe l’exige. Je ne suis qu’un boxeur de salon. En cela, j’observe une totale cohérence avec l’éthique que je me suis fixée depuis ma prime jeunesse: éviter toute activité susceptible de déranger mon confort. Idem pour l’écriture. Je griffonne dans mon lit une ou deux pages de temps en temps pour ne pas me rouiller l’entendement, mais sans forcer. Or là, je me définirais plutôt comme un philosophe en chambre, renouant ainsi, paraît-il, avec une ancienne manière de cogiter. À en croire Cioran, «les antiques, paresseux, restaient longtemps allongés, car ils savaient que l'inspiration vient à l'horizontale: ils attendaient ainsi les pensées, que les modernes forcent et provoquent par la lecture, donnant l'impression de n'avoir jamais connu le plaisir de l'irresponsabilité méditative, mais d'avoir organisé leurs idées avec une application d'entrepreneurs J’ai du mal à imaginer Platon, Aristote, Épicure, étendus sur leur couche espérant qu’un concept se fasse jour dans leur esprit — encore moins le pénible Diogène trop occupé à arpenter les rues de la cité pour sermonner ses semblables —, mais je veux bien croire que d’autres philosophes, leurs contemporains, aient goûté à ce plaisir. Il n’est pas extravagant de songer qu’il y eut à Athènes des maîtres de la vie casanière, de la nonchalance, de la méridienne, qui, faute de disciples, furent perdus pour la postérité. S’ils ont existé, ils méritent l’oubli. Le risque est faible, heureusement, mais rien ne serait plus funeste pour la philosophie en chambre que de tomber dans les mains de thésards. 


 

mardi 16 mars 2021

Du Pessimisme chic



Dans le numéro de mai de Philosophie Magazine, on lira avec enthousiasme Du Pessimisme chic, un bref essai dans lequel je relate une discussion que j'eus avec Clément Rosset et des amis. Extrait:

”Lors d’un été à Majorque, je rendis visite à Clément Rosset dans le pueblo de montagne où il possédait une maison. J’arrivai, comme prévu, à l’heure du déjeuner. D’autres amis étaient déjà là. Une table avait été réservée à la terrasse ombragée de l’auberge du lieu. La patronne et sa fille nous servaient. Les plats défilaient lentement. Arrosée d’un vin catalan, la conversation allait sans but. Nous parlions de la jota majorquine, de plages, de balades, d’autres villages de l’île, beaux et peu courus. Quelqu’un demanda à Clément Rosset de bien vouloir raconter sa noyade et sa résurrection (1). «C’est simple: je me suis endormi en nageant comme on s’endort au volant.» Au café, l’échange prit un tour plus philosophique. À un moment, m’entendant tenir je ne sais plus quel propos désabusé qui dut l’agacer, Clément Rosset s’exclama: «Ah ! Le pessimiste chic parle!». Rires de la tablée. Par le passé, à une autre occasion, j’avais eu droit à la pique. Jean Lorrain aurait dit: «Arrête de nous enschopenhauerder!». «Pessimiste chic? Ça me va!», ai-je répondu en levant ma copita de hierbas, un digestif local.  

Ce «pessimisme chic» dont Clément Rosset me faisait souvent grief, était à ses yeux une pose où entrait plus de dandysme que de philosophie, une façon de parader mon désenchantement à la boutonnière, un parti pris affecté pour la mélancolie. Je crois surtout que ce qui irritait le philosophe était la perplexité dans laquelle me laissait son nietzschéisme.[…]” 

 



1 Lire Récit d’un noyé, Éditions de minuit (2012)


 

samedi 13 février 2021

Orwell, de l'écriture politique comme un art



Ce volume, qui paraître le 24 février — qu’on peut commander dès maintenant (clic) — comprend cinq textes de George Orwell. Il y évoque les auteurs qui ont inspiré 1984: Eugène Zamiatine, Arthur Koestler, Aldous Huxley. On découvrira son essai clé sur la contre-utopie de Jonathan Swift, Les Voyages de Gulliver, dont l’ironie dévastatrice heurtait sa morale socialiste. Ce recueil de chroniques — où figure Pourquoi j’écris — peut être lu comme le manifeste littéraire d’Orwell qui définissait son écriture politique comme un art, voire une «propagande» pour ses idées: «Quand je m’assois pour écrire un livre, je ne me dis pas: ”Je vais produire une œuvre d’art”. J’écris parce qu’il y a un mensonge que je veux exposer au grand jour, un fait sur lequel je veux attirer l’attention, et mon souci premier est qu’on m’entende». 

En annexe, on trouvera un bref rappel de l’équivoque épisode de la liste dressée par Orwell et remise au Département de l’Information — liste de journalistes, d’écrivains, d’artistes, qu’il suspectait de se situer, en pleine guerre froide, dans le mauvais camp.