Vient de paraître
"[…] La folie des starlettes était de s’imaginer
qu’elles méritaient une existence plus belle que celle que le hasard leur avait
assignée — comme s’il y avait eu erreur de distribution. Il y a des bovarysmes
moins touchants. Alors que nombre de filles de leur génération aspiraient à
épouser un médecin ou un ingénieur et à devenir des femmes rangées, elles, naïves
et provocantes, désiraient mettre de la poésie dans leur vie en la confiant à
des magiciens de l’image fussent-ils les plus fantasques, les plus maniaques,
les plus tyranniques. François Truffaut estimait qu’on ne pouvait pas donner de
rôle, même secondaire, à l’un de ces petits modèles pour magazines de charme ou
de mode enfermé dans un unique registre. Si on proposait à une starlette
d’interpréter une secrétaire ou une jeune mère de famille, elle resterait figée
sur l’écran avec ses tics et réflexes de
poseuse. On n’engage pas comme actrice une simili actrice. «Le travail d’un
metteur en scène consiste à faire faire des jolies choses à de jolies filles »,
disait pourtant Truffaut. Sans doute les starlettes ignoraient-elles cette
formule du cinéaste, mais elle exprimait leur espoir […].
Éloge de la starlette
