mercredi 13 décembre 2023
mardi 1 août 2023
samedi 29 juillet 2023
lundi 24 juillet 2023
Aider à vivre
En traînant l'autre soir au-dessus de la plage de la Côte des Basques, je repensais à ce que disait, lors d'une réunion du jury du prix littéraire de La Maison Rouge de Biarritz, l'un des jurés. «Les écrivains nous aident à vivre.» Je n'avais pas relevé. En m'asseyant sur le parapet face à l'océan, j'ai songé à Lucrèce, Drieu, Pavese, Montherlant, Mishima, Caraco, Gary, Debord, mon ami Jaccard... Ces écrivains se sont suicidés — heureux d'avoir aidé leurs lecteurs à vivre...
dimanche 23 juillet 2023
Génie en repos
En traînant hier matin du côté de la plage de la Madrague, je n'ai eu aucune révélation mystique, intellectuelle, poétique. Pas même un début de pensée pouvant donner lieu à une réflexion philosophique. Cogitomètre plat. Mon génie est en vacances. Comme ça me repose!
vendredi 14 juillet 2023
En traînant très tôt
En traînant très tôt ce matin à la Chambre d'amour, je me suis souvenu que c'était le 14 juillet, jour de fête pour les amateurs de défilés, de feux d'artifice, de spectacles son et lumière. Un jour sacré pour les badauds. Un jour maudit pour traîner. Après un bain merveilleux, j'ai regagné mes pénates pour célébrer à ma manière les valeurs républicaines. Je n'en dirai pas davantage.
mardi 11 juillet 2023
En traînant à Hossegor
En traînant à Hossegor, samedi matin, non loin du Sporting dont la bâtisse paraît défraîchie et la piscine abîmée, je songeais à ce que devait être la poésie de cette ville balnéaire avant la démocratisation des congés. Il eût fallu interroger les grands pins, témoins de cette époque. Puis, en marchant, je remarquais que le ru du canal qui alimente le lac allait dans la direction opposée à la mienne. L'Océan retirait ses eaux du bassin. Il les renverrait dans quelques heures. C'est son habitude quotidienne que d'aller et venir ainsi. Sa façon de traîner dans les terres, me suis-je dit...
lundi 10 juillet 2023
Du côté du Miramar
En traînant à Biarritz, l'autre matin, j'eus la confirmation que la météorologie de l'âme et celle des plages pouvaient très bien ne pas coïncider.
vendredi 7 juillet 2023
En traînant dans mon quartier

En traînant ce matin dans mon quartier, je me suis arrêté au Kostaldea, le chiringuito qui surplombe la Petite Chambre d'amour. Le café y est bon. Des moineaux s'invitent à ma table pour becqueter des miettes de viennoiseries puis s'envolent. Parfois, l'un d'eux reste. Il me regarde. Guette un geste généreux de ma part. Je lui donne un petit morceau de «speculoos» servi en sachet dans la sous-tasse. Il s'en va le manger ailleurs. Ses amis rappliquent. Réclament avec force cui-cui la même friandise. J'aime bien ces oiselets bruyants et audacieux, même s'ils sont intéressés. Mais quel vivant n'est pas mu par l'intérêt? Du bigorneau à la sainte, la Création est maudite.
jeudi 29 juin 2023
samedi 24 juin 2023
En traînant du côté de la Madrague
En traînant, l'autre jour, du côté de la plage de la Madrague, je repensais à la configuration de ce lieu quand j'avais seize ans. J'y venais sur ma Honda rouge et blanche 125. Je garais la moto dans les pins, puis je marchais dans les dunes parsemées de chardons pour atteindre le sable. Il y avait peu de monde. Des surfeurs, des jolies. Pas de familles, pas de marmaille. Je ne suis pas sûr que le spot s'appelait La Madrague. Je n'ai plus ma japonaise, mais une italienne. Une Vespa. Toute indiquée pour faire le tour des plages désormais dotées de chiringuitos où on me sert un smoothie bien frais, la boisson de la dolce vita estivale.
jeudi 22 juin 2023
Le Che on the road
Je me suis procuré cet ouvrage de Guevara écrit avant qu'il ne devienne El Che. En 1951, le jeune étudiant en médecine décide avec Alberto, son condisciple de la faculté, de parcourir les routes de l'Amérique latine, de l'Amérique centrale, et d'atteindre les États-unis. Ils n'y vont pas pour y fomenter une guérilla. Ils ne sont animés que du désir d'aventure picaresque de chevaucher tous deux La Poderosa II - La Vaillante -, une Norton 500cc, qui leur permettra de traverser l'Argentine, le Chili, le Pérou, le Venezuela... Durant ce périple, Guevara prend des notes. Il voit à quel point ce continent est sous la botte yankee. Il n'est pas encore le combattant ni le théoricien que le monde connaîtra. Mais ce beatnik avant la lettre, qui rédige ses notes à la belle étoile, dans des abris de fortune, chez des peones hospitaliers, aiguise sa conscience révolutionnaire sur la selle de la moto anglaise. Sergio Leone a-t-il pensé à lui en créant à l'écran le personnage de John, le républicain irlandais qui sillonne les routes du Mexique au guidon de sa Harley Davidson? James Coburn ne ressemble pas à Guevara et Guevara n'a pas l'ambition littéraire de Kérouac. À 22 ans, Guevara est sur la route, prêt à dynamiter le monde. Il ne le sait pas encore.
vendredi 9 juin 2023
jeudi 8 juin 2023
mardi 6 juin 2023
mercredi 31 mai 2023
Jérôme Garcin a lu Rétrécissement. Merci !
Lire la suite dans L’Obs.
vendredi 26 mai 2023
Chez Lapérouse
Frédéric Beigbeder m'a reçu chez Lapérouse, maison de plaisirs, pour que nous devisions de mon roman, Rétrécissement (clic). Je le remercie.
mardi 23 mai 2023
L'ami Jean-François Duval et notre Rétrécissement
Jean-François Duval (clic):
Avec Rétrécissement, Frédéric Schiffter a réussi un formidable roman! Il se lit d'une traite. D'une certaine façon, si la chose avait encore un sens, on le rangerait sur le même rayon de bibliothèque que L'Étranger de Camus ou La Nausée de Sartre (pas sûr que l'évocation de ces deux auteurs plaise forcément à l'auteur…). Pourquoi? Parce que, loin du bla-bla et du chichi de la majeure partie de la production romanesque actuelle, c'est un livre avant tout de nature existentielle, dont les péripéties nous tiennent cependant doucement en haleine. Surtout, au contraire des deux auteurs précités, Schiffter a l'art de faire s'esclaffer son lecteur au détour de plus d'une page (c'est plus drôle que Houellebecq par exemple, bien qu'on y parle comme lui d'une certaine condition humaine aujourd'hui). Oui, humour d'une présence constante et réjouissante, dopante même, malgré le dramatique «rétrécissement» du héros, un type où beaucoup d'entre nous sont susceptibles de se reconnaître (Schiffter a des traits communs avec lui, mais moi aussi, qui d'autre?, à vous de me le dire). On a le bonheur de se retrouver à la fois comme chez Buster Keaton, Woody Allen, Giacometti ou Beckett. Ça aurait tout aussi bien pu s'intituler L'homme qui rétrécit. Il y des phrases formidables qu'on pourrait graver sur les poutres de son plafond comme le fit jadis Montaigne, et s'amuser à les relire au passage. Giacometti, comme je l’ai dit, y aurait trouvé des échos de ses figures filiformes, et Beckett de ses inexorables et progressifs balbutiements tels qu'ils s'achèvent dans Comment dire.
dimanche 21 mai 2023
jeudi 18 mai 2023
Bruno Lafourcade a lu Rétrécissement .
L’HOMME QUI RÉTRÉCIT
J’avais vu L’Homme qui rétrécit, de Jack Arnold, dans une petite salle de l’impasse Saint-Polycarpe. Le personnage, fidèle au titre, rétrécissait. Il consultait; en vain. Un monde nouveau s’ouvrait à lui, effrayant, avec ses objets transformés en obstacles et ses animaux en prédateurs. Je ne sais si Frédéric Schiffter a pensé à ce film en écrivant son roman, Rétrécissement(clac). Son anti-héros, attachant et poignant, Baudouin Villard, professeur de philosophie, et auteur d’essais rangés par la critique avec ceux des «petits maîtres», subit, lui aussi, une réduction spatiale et corporelle: il commence par emménager dans un appartement plus petit; lui-même mincit, maigrit: il flotte dans ses vêtements comme il flotte dans le monde.
Notre homme-en-trop est d’ailleurs poussé vers le rétrécissement, comme on l’est vers la sortie, par ses proches, croqués d’après nature. Il y a la future ancienne épouse, Federica, modèle de battante, qui lit des ouvrages de développement personnel, remplis de connaissance de soi dalaï-lamesque; ils lui ont révélé qu’elle était «sous l’emprise» de son écrivain sans succès – ouf ! elle a un prétexte pour lui préférer un homme d’affaires, certain Sicard, sicaire du béton, corrompu et corrupteur, dont elle attend «un CDI matrimonial». Il y a Thomas Masure (encore un nom prédestiné), l’ami, le fidèle, le solide, ce roc, ce cap, cette péninsule, qui devient le retourné archétypal. Il y a la sœur, Isabelle, peut-être le personnage que l’on adorera le plus détester, «très fière de son métier, d’elle-même, de tout ce qui la concerne». Elle a d’ailleurs l’habitude des diminutifs américanisants – Jerry, Charlie – qui sont précisément une façon de rétrécir les gens. Elle, ce qu’elle ne supporte pas, c’est de partager l’héritage familial, puisqu’elle était la préférée de leur père. (On appréciera, dans tous ces portraits, l’ironie des italiques.)
Rétrécissement est donc un roman sur l’humiliation (d’autant plus efficace que Baudoin la regarde avec distance); il ne s’y limite pas: il y a des pages très justes sur le couple, l’amitié, le travail, la famille; et quand Baudouin Villard fait la connaissance de son voisin, Pierre Lévy, de sa fille, Betti, et du docteur Nadaillac, auteur d’une thèse sur l’ennui, le récit ouvre d’autres perspectives à notre Roquentin sans nausée. On n’en dira pas davantage, sinon que l’on a pensé, tout au long de ce beau récit sans graisse ni tortillage, drôle et sombre, au mot de Henri Calet (peut-être dans Peau d’ours): «J’écris dans la mesure où je n’existe pas.»
Lire Bruno Lafourcade (clic).
mardi 16 mai 2023
Rétrécissement par deux lecteurs de qualité
Merci Michèle Furtuna
«Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre» écrit Montaigne dans le livre III des Essais.
Pour autant, on ne se livrera pas ici au petit jeu qui consiste à débusquer le vrai dans le faux, le faux dans le vrai, et réduit la littérature à un joli calque. On s’y refuse absolument car elle vaut infiniment mieux que ça. Tout est vrai ici donc tout est faux, tout est faux donc tout est vrai. Rétrécissement de Frédéric Schiffter est un roman, s’annonce comme tel et tient ses promesses. Un très bon roman, même.
Le narrateur un tantinet désabusé, Baudoin Villard, en nous racontant sa vie, en nous parlant de son métier de professeur de philosophie, de son expérience de l’amour et de la conjugalité (il est en plein divorce), de l’amitié, de la famille, nous livre de manière élégante, fine et jamais sentencieuse, son regard sur tous ces sujets. Lesquels sujets conduisent à un élargissement du propos, du singulier vers l’universel, le narrateur a lu Montaigne: parler de soi, c’est parler de tous les hommes, des questions essentielles que se pose tout être qui réfléchit à son humaine condition. À son rapport au temps, à sa géographie personnelle (temps et espace sont deux sujets primordiaux ici), à sa relation aux autres, à la société, à la maladie, à la mort. Et même à sa relation à la littérature et à la philosophie.
D’astucieux biais narratifs (les discussions avec le voisin Lévy, la thèse du psychiatre, la lettre de l’infirmière, etc.) permettent la polyphonie et l’introduction de points de vue extérieurs, dans un récit écrit à la première personne, léger, jamais verbeux, souvent très drôle par-delà sa tonalité mélancolique.
Les derniers chapitres sont absolument bouleversants, on les lit d’une traite, et on termine essoufflé et sonné.
Merci, Pierre Latiere
Rétrécissement est un livre rare car 100% sans moraline, sans indignation, sans analyse psychologique (de comptoir) des personnages. Il s’en tient à ce qui est. Et à ce qui doit fatalement arriver. Il ne flatte pas (c’est un euphémisme) celles qui sont devenues les principales cibles du marketing littéraire: les femmes. Le style est toujours aussi svelte et juste. C’est un roman «tragique»: il ne cherche pas à cacher le caractère tragique de la vie et du réel, au contraire il l’expose cliniquement. Le paradoxe est qu’on peut même le lire en riant, comme Kafka quand il citait à ses amis des passages de La Métamorphose…
jeudi 11 mai 2023
Frédéric Bécourt a lu Rétrécissement
Impression de lecture de l’écrivain Fédéric Bécourt, auteur de Attrition et, tout récemment, de Un vent les pousse (clic) — excellent et terrible roman sur la bêtise bienveillante qui opprime notre époque. Merci !
«Trois ans après Jamais la même vague (Flammarion, 2020),Frédéric Schiffter publie (aujourd’hui même) son deuxième roman.
Rétrécissement relate le parcours chaotique de Baudouin Villard, un écrivain et prof de philo à la quarantaine dépressive, en instance de divorce et qui chaque jour s’isole davantage. Dont la présence au monde et le champ des interactions sociales se rétrécissent, en quelque sorte, d’où le titre du livre. Le style est toujours sobre, les phrases courtes et ciselées. Le propos, lui, est très personnel. Sincère, surtout. De cette sincérité désarmante qui parfois nous ébranle et nous mouille un peu les yeux. Nous voilà plongés dans une littérature à l’étouffée, marinée dans le vécu, assaisonnée par le souvenir des jours heureux et celui, plus amer, des déconvenues et des humiliations. Et si tout sonne juste, c’est parce que tout est vrai, à défaut d’être authentique. Grâce aux artifices qu’autorise le roman, Schiffter brouille les pistes et contourne les chausse-trapes de l’autofiction. On ne sait jamais vraiment quand l’auteur s’expose. Aussi, il n’est jamais dans la posture ou l’affectation. Simplement, il observe et rend compte du monde, tel qu’il lui apparaît, de la fragilité des liens humains (et des relations de couple en particulier), du poids du passé familial ou des affres de la fin de vie... Toujours avec lucidité et sans la moindre complaisance. À travers le personnage de Baudouin, l’auteur ne s’épargne pas lui-même, au contraire, on dirait même qu’il se réserve les coups les plus durs. Mais c’est chaque fois mérité, nous laisse-t-il penser, en tout cas l’occasion de retenir une leçon. Des leçons, précisément, Rétrécissement n’entend pas en donner, et c’est très bien ainsi. La littérature n’est pas censée nous apprendre à vivre ou nous faire du bien, Frédéric Schiffter le sait. Sans chercher à plaire, et encore moins à se plaindre, il livre un récit puissant dont la fin est particulièrement réussie, tant sur la forme que sur le fond. À la fois sobre et érudit, ironique et poignant, ce texte m’a touché par sa sincérité, je l’ai déjà dit, mais aussi par sa profonde humanité. Et c’est là, me semble-t-il, le propre des meilleurs romans.»
mercredi 10 mai 2023
Pauvres Français...
Les Français se rappellent-ils les millions de vie que notre président a sauvées en les emmerdant pour qu’ils se vaccinent? Les ingrats, les irresponsables, les terroristes intellectuels...
lundi 1 mai 2023
Méditation sur un banc
En traînant ce matin à la petite Chambre d'amour, je pensais à cette réforme des retraites qui a suscité tant de «remuements» — pour parler comme Machiavel — chez les salariés. Ce fut pitié, me disais-je en regardant la mer, d'entendre les bureaucraties syndicales et les partis de gauche opposer aux arguments économiques du gouvernement d'autres arguments économiques. Misère de la raison comptable!, me suis-je écrié in petto. La question n'est pas là! Allonger les années passées au travail est criminel. Un gang de technocrates au pouvoir vient de voler aux gens du temps à vivre. Il s'agit d'un casse existentiel. Jamais l'idée anarchiste de récupération prolétarienne n'a eu autant de sens qu'aujourd'hui, ai-je songé remarquant que le ciel s'éclaircissait. Alors, je me suis posé sur un banc et j'ai écrit ces quelques lignes.
mercredi 19 avril 2023
Un roman existentialiste sans humanisme...
J’ai reçu mes exemplaires d’auteur. Qu'on ne vienne pas me dire que je souscris à la mode houellebecquienne du titre réduit à un mot. C'était la marque de fabrique de mon cher Thomas Bernhard. Quelques pages de mon roman lui rendent hommage. Parution le 11 mai.
mardi 11 avril 2023
Sagesse du traîneur
En traînant l'autre jour dans le quartier du Régina, j'ai croisé une ancienne élève, flanquée d'un mari, ou d'un fiancé. C'est elle qui m'a reconnu. "Vous êtes comme Aristote, vous philosophez en vous promenant", me dit-elle. "Vous voyez, je n'ai pas oublié vos cours." "Aristote se promenait, moi je traîne", lui ai-je répondu. "De plus, dans ses déambulations, il était suivi de ses disciples. Moi, je n'en ai pas. Je n'en ai jamais eu. Je n'en aurai jamais. C'est en cela que je suis plus sage que bien des philosophes." "En tout cas, même si on ne comprenait rien à la philo, on passait de bons moments avec vous", me dit encore la jolie sous le regard un tantinet impatient de son compagnon. Mes élèves n'entendaient rien à mon enseignement, mais y trouvaient du plaisir... J'avais donc les meilleurs des disciples!
dimanche 9 avril 2023
De la Perspective
En traînant, hier, à Biarritz, sur l'avenue de la Perspective de la côte des Basques, où j'ai habité de l'âge de neuf à vingt ans, j'ai contemplé un long moment le paysage océanique de ma prime jeunesse. J'ai pensé aux idées que j'avais alors, que je puisais dans des livres difficiles, et qui m'invitaient à en finir avec le "vieux monde". En réalité, j'étais un révolté de plage. Les jolies me consolaient de l'injustice. Puis, avec le temps, l'idéal a pris le large. Mon anarchisme a glissé vers une misanthropie résignée. Beaucoup vieillissent plus mal.
vendredi 7 avril 2023
Hier et aujourd'hui
Adolescent, j'ai habité la maison au premier plan, à gauche. Dans les années 1970 nombre de belles bâtisses qui ornaient cette avenue, qui surplombe l'océan, ont été détruites pour construire à leur emplacement des clapiers. L'Histoire a bien un sens: l'enlaidissement.
mardi 21 mars 2023
Dans le cul !
Témoin de la crédulité et de la servilité de mes concitoyens durant les années 2020-21, crédulité avec laquelle ils ont gobé tous les bobards de la propagande médicale, servilité avec laquelle ils se sont pliés à toutes les humiliations de l'inquisition sanitaire; témoin de l'appel des partis de gauche, du centre, et des bureaucraties syndicales, à voter Macron l'Éborgneur au second tour des élections présidentielles de 2022, je ne puis que ricaner aujourd'hui devant le spectacle des gesticulations protestataires. Les Français ont toujours su qui était leur président-manager. Ils l'ont voulu? Ils l'ont dans le cul.
À part cela, le Pays basque affiche un teint printanier. Pas un jour ne passe sans que je n'aille traîner à la Chambre d'amour. Les chiringuitos ont rouvert. Je puis faire des étapes-café le long de la promenade des plages. Hier, en flânant, ce mot de Pline l'Ancien m'est revenu: "Le grondement de l'Océan répare nos oreilles abîmées par les criailleries des hommes." Je me suis demandé si ce sage, un méditerranéen pourtant, avait séjourné du côté d'Anglet...
vendredi 17 mars 2023
Extérieur nuit
Esterno notte, la série réalisée par Marco Bellocchio, diffusée sur Arte, m’a rappelé la polémique qui a opposé Guy Debord à Gianfranco Sanguinetti — polémique relative à l’affaire Aldo Moro (mars-mai 1978).
Debord soutenait que les brigades rouges étaient un groupuscule gauchiste incapable d’avoir monté seul l’enlèvement du chef de la démocratie chrétienne italienne. D’après lui, le coup venait des services secrets, du moins d’une partie d’entre eux, missionnés par la frange la plus hostile du parti de Moro au «compromis historique».
Sanguinetti pensait quant à lui que les gauchistes en Italie s’étaient aguerris et qu’ils étaient sans doute les véritables et seuls auteurs de l’enlèvement. Durant les années 60, la police et sa fraction fasciste, était sans conteste la réelle actrice de la violence imputée à l’extrême gauche, provocation qui avait pour but de jeter le discrédit sur un mouvement social radical, mais elle n’était pas l’instigatrice de ce coup-là. En revanche, toujours pour Sanguinetti, tout portait à croire que l’État, aux mains de la DC, avait saisi là l’aubaine de se débarrasser de Moro, du compromis historique, et de mettre un terme à une situation révolutionnaire fallacieusement attribuée à l’extrême-gauche en général et aux BR en particulier. Ce qui semble donner raison à Sanguinetti c’est que, effectivement, après l’assassinat de Moro, il n’y eut pas besoin du compromis historique pour que le Parti Communiste italien tienne les syndicats et ses troupes, devenant ainsi, sans participer au gouvernement, le parti de l’ordre social.
Debord a reproché à son ami italien de ne pas avoir partagé sa thèse de la machination barbouzarde.
Dans un texte datant de 1980, Sanguinetti a finalement donné raison à Debord.
Bellocchio a-t-il tenu compte de cette polémique entre les deux situationnistes ? Un protagoniste de l’affaire, dans la série, semble indiquer une piste qui corrobore la thèse de Debord. On est intrigué, en effet, de voir Francesco Cossiga, le ministre de l’intérieur, écouter avec attention et bienveillance un «conseiller» américain du nom de Steve Pieczenik. Une petite recherche sur l’individu nous apprend que cet agent travaillait pour le Département d’État des États-Unis, et devait s’assurer qu’en Italie les secrets de l’Otan seraient bien gardés dans le cas, inimaginable pour Jimmy Carter, où les communistes entreraient au gouvernement.
(1) Correspondance Vol.2 — Champ Libre 1981
samedi 11 mars 2023
Guilty
En examinant ma conscience, je me suis rendu compte à quel point mes lectures m’ont perverti. Je ne les évoquerai pas toutes. Je ne prendrai que quelques exemples pour dire que, dès l’enfance, Les Aventures de Tintin ont fait de moi un raciste, les Fables de La Fontaine un pessimiste, le conte de Perrault, La Barbe Bleue, un futur misogyne, puis, à l’adolescence, les albums de Gaston Lagaffe ont engendré un rétif au travail, les œuvres du marquis de Sade un sociopathe et un obsédé sexuel, les écrits de Marx un partisan du goulag, ceux de Cioran un nihiliste. J’avoue avoir conservé mes Tintin et, à l’occasion, en relire un. Il en va de même avec les recueils d’aphorismes de Cioran. Pour tenter de remédier à cette funeste dépendance, j’ai adhéré à l’Association d’Entraide aux Lecteurs Intoxiqués conçue sur le modèle des alcooliques anonymes. Lors de la première réunion à laquelle je suis venu, je n'ai dénombré qu’une demi-douzaine de personnes. J’ai été surpris de constater combien il y avait peu de lecteurs férus de livres immoraux. Il est vrai que nombre de leurs auteurs ont été mis à l'index. Après que chacun des malades a confessé ses penchants littéraires coupables, l’animateur — un bénévole, mais, par ailleurs, éminent chercheur en sociologie —, nous a encouragés à jeter aux ordures toute littérature non conforme aux normes sociétales actuelles. En partant, il m’a donné une liste d’ouvrages, en réalité un épais bottin, à éliminer de ma vie intellectuelle. Or j’y ai vu tous les titres de ma bibliothèque que j’ai tellement appréciés. Comment, dès lors, effacer de ma mémoire ces lectures qui ont avili mon intelligence? Dans mon quartier, un Centre Médical de Rééducation Psychologique et Culturelle a ouvert ses portes. Je vais prendre rendez-vous pour une lobotomie citoyenne.
mardi 7 mars 2023
Véritable critique de la raison budgétaire
On connaît le mot de Pascal selon quoi «tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.» À raison, le philosophe tient pour lui que les hommes privés d’activités se trouvent en proie à l’ennui, temps mort durant lequel leur «condition faible et mortelle» les obsède. Il leur faut donc se divertir de pareille pensée angoissante. Cependant, quand il dit: "les hommes", Pascal ne pense pas aux mal lotis, aux gueux, aux sans-grades, mais aux nobles. Le divertissement dont il parle désigne des distractions propres à cette classe privilégiée, comme la galanterie, la chasse, le jeu, la guerre, etc. Pascal est bien le philosophe des nantis, car enfin les pauvres sont eux aussi en proie à l’inquiétude métaphysique. Pourquoi s’adonnent-ils à des tâches pénibles et acceptent-ils n’importe quels emplois, sinon, en dehors du gagne-pain qui leur est accordé, pour ne pas penser au tombeau qui les attend? La conversation avec les belles femmes, les jeux d’intrigues, les réjouissances que la fortune procure, etc., étant des occupations hors de leur portée, ils n’ont d’autre divertissement que le travail. En raccourcir la durée hebdomadaire est une erreur, en raccourcir les années une faute. Comment peut-on retirer au vieux cantonnier son marteau-piqueur? À la doyenne des caissières sa caisse? À l’enseignant senior ses élèves connectés? Pourquoi les condamner, dès la soixantaine, à un vide de la vie traversé de l’air froid du cimetière? Reculer de deux ans l’âge de départ à la retraite ne relève pas donc d’une nécessité budgétaire, mais existentielle. Permettre aux salariés de travailler sans limite d’âge jusqu’à la mort serait une décision humaniste.
mercredi 1 mars 2023
Swift pour ne pas s'asphyxier
Si Jonathan Swift choisissait la satire, c'était parce qu'elle permet d'utiliser la lame tranchante de l'ironie avec laquelle l'esprit dépiaute la bêtise — qu'elle sévisse dans les mœurs, ou, plus fréquemment qu'on ne le croit, dans les œuvres philosophiques. Les éditions Louise Bottu (clic) nous offrent ici la délectable Modeste proposition (texte dans lequel Swift suggère que les Irlandais pauvres pourraient élever leurs enfants en bas âge afin d'en faire de la tendre viande de boucherie dont les riches se régaleraient), et d'autres écrits qui déplurent aux esprits chagrins. À ce propos, il faut se rappeler que l'un d'eux s'appelait George Orwell, lequel, dans une étude sur les Voyages de Gulliver, avait déclaré que Swift était un malade mental parce qu'il doutait du Progrès et de la bonté humaine.
À commander chez votre libraire ou directement à l'éditeur. Prix: 9 €
samedi 25 février 2023
GLOUP ! GLOUP !
Pas de César pour récompenser l'ensemble de l'œuvre cinématographique de Bernard-Henri Lévy. Pourtant il eût mérité un hommage de cette académie qui hait le septième art.
mercredi 22 février 2023
samedi 11 février 2023
Valeur travail mon cul
Le report de l'âge de départ à la retraite sera voté. J'y vois une scélératesse, bien sûr. Mais je pense aussi que les salariés pourront répondre à la mesure tout au long de leurs années de labeur en se faisant fréquemment porter pâles, en négligeant leurs tâches, en claquant la porte. L'absentéisme et le sabotage deviendront leurs armes de légitime défense. Comme, au fil du temps, ils subiront toujours plus la violence managériale, sans doute verra-t-on apparaître une forme de contre-violence consistant à s'attaquer physiquement à des responsables, cadres ou patrons. Une nouvelle catégorie juridique, le «cheficide», défraiera la chronique, comme on dit. Je ne crois pas me tromper en imaginant que les mis en examen forceront la sympathie de l'opinion.
mercredi 8 février 2023
Traîner nulle part, ne penser à rien
En traînant à la Chambre d'amour, je savourais cette atmosphère de printemps avant le printemps qui chasse non seulement les pensées cafardeuses, mais neutralise les pensées tout court. Si j'étais moins flemmard, je creuserais cette forme paradoxale de cogito: Je traîne, donc je ne pense à rien. Mais je ne suis pas moins flemmard...
jeudi 19 janvier 2023
Macroniens, au poteau !
Les sbires de la macronie — ministres, députés, éditorialistes, sociologues, experts, intellectuels, etc. — ne convainquent personne de la nécessité de repousser l’âge de départ à la retraite. Sous leurs éléments de langage techno-économiques, ils ne peuvent dissimuler les deux motifs de cette mesure. Le premier: obéir à Bruxelles qui exige de la France qu’elle s’aligne sur les autres pays européens en détruisant son système de protection et de solidarité sociales. Le second, plus évident: humilier les salariés et les chômeurs. Ces deux motifs se fondent en un seul et même projet politique. Si le monde du travail à qui on déclare une nouvelle guerre ne s’arme que de patience, il mérite le sort auquel on le condamne.
mercredi 18 janvier 2023
lundi 16 janvier 2023
Ma morale
Pour 2023, je prends la ferme résolution de ne plus agir sans prendre exemple sur ce que font nos partenaires européens. Voici mon impératif catégorique: «Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être une directive de Bruxelles.»
lundi 2 janvier 2023
Du saint homme
Joseph Ratzinger est mort le 31 décembre dernier. L’événement a été occulté par la fête païenne qui tombe ce même jour. J’ai admiré le pape, en particulier la fermeté avec laquelle il empêcha que des prélats fussent poursuivis pour de prétendus actes pédocriminels, mais, bien avant son pontificat, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi — poste qu’il occupa de 1981 à 2005. On oublie qu’au sein de la Curie romaine, la Congrégation pour la doctrine de la foi remplaça — en 1965 — la Sacrée congrégation du Saint-Office qui lui même succéda — en 1908 — à la précieuse Inquisition romaine. Pendant 24 ans Joseph Ratzinger sut taire en lui l’esprit éclairé par des études philosophiques pour lutter contre les hérésies et les pratiques sexuelles contraires aux bonnes mœurs chrétiennes. L’homme de Dieu ne céda pas à la facilité de réviser les procès instruits par ses prédécesseurs contre Giordano Bruno et Galileo Galilei. Au nom de l’amour du Christ, les deux hérétiques avaient mérité leur condamnation, le premier le bûcher, le second, après avoir abjuré ses billevesées scientifiques, l’assignation au silence. Mais là, où, à mes yeux, Ratzinger se montra glorieux, c’est lorsque, dans une audience de 2001, il salua la mémoire de Cyrille d’Alexandrie, ce bon évêque du quatrième siècle, qui incita des moines zélés à lapider, écorcher, démembrer, la philosophe Hypatie. Il faut dire que non seulement elle enseignait déjà l’invraisemblable théorie héliocentrique de notre système planétaire, mais qu’elle apparaissait à ses étudiants, selon un témoin de l’époque, comme si «l’esprit de Platon logeait dans le corps d’Aphrodite» — autrement dit comme une créature de Satan.
Avec la mort de Joseph Ratzinger, l'Église catholique vient de perdre un inquisiteur comme, je l’espère, elle en fera encore.











































