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jeudi 6 février 2020

Présentation de José Ortega y Gasset, samedi 8 février, 15h, à la médiathèque de Biarritz.


"De ce fond de solitude radicale sans remède qui définit notre vie, surgit un désir non moins radical de compagnie. Nous cherchons une autre solitude qui pourrait se joindre à la nôtre. Pour cela nous faisons diverses tentatives. L'amitié en est une. De toutes, celle que nous nommons l'amour est la plus difficile. L'amour authentique est l'effort d'échanger deux solitudes". 

José Ortega y Gasset
 L'Individu et la Foule
(1954)



jeudi 24 octobre 2019

Iñaki Uriarte


L'homme sur la couverture de ce livre s'appelle Iñaki Uriarte. Le photographe l'a saisi en train de s'adonner à l'une de ses activités principales, une autre étant celle d'écrire. Aujourd’hui on trouvera en librairie Bâiller devant Dieu (Éditions Séguier), le journal de cet écrivain basque, né à New York, vivant à Bilbao, styliste excellemment traduit par Carlos Pardo. Des pages de notes, de réflexions, de souvenirs, où l’ironie, l’humour, la lucidité, la culture littéraire, se conjuguent pour donner forme à un traité désinvolte de philosophie que Montaigne et Chamfort auraient salué. J’ai eu l'honneur et le plaisir d'en faire la préface. Pour donner une idée de l’atmosphère du livre, j'en citerai un seul passage: «Il m’a tenu des propos qui m’ont effrayé et flatté à la fois: grâce à moi, il a “appris que le désespoir devait être considéré avec légèreté“. Je me suis inquiété: cela signifie-t-il qu’il m’a souvent vu désespéré? Il a appris de moi, dit-il, que le désespoir peut s’apprivoiser, que c’est un sentiment qui disparaît comme il est apparu, “comme une grippe“. J’ignore ce dont il parlait. Nous ne saurons jamais en quoi les autres nous jugent utile.» 

samedi 31 août 2019

Conférence samedi 7 septembre à la médiathèque de Biarritz — entrée libre et gratuite


Portrait d'Arthur Schopenhauer
par 
Wilhelm Neuhäuser


Pourquoi, cher lecteur, donnerai-je samedi 7 septembre à 11h, à la médiathèque de Biarritz, une conférence sur Arthur Schopenhauer? Guy de Maupassant répond à ta question: «Qu'on proteste ou qu'on se fâche, qu'on s'indigne ou qu'on s'exalte, Schopenhauer a marqué l'humanité du sceau de son dédain et de son désenchantement. Jouisseur désabusé, il a renversé les croyances, les espoirs, les poésies, les chimères, détruit les aspirations, ravagé la confiance des âmes, tué l'amour, abattu le culte idéal de la femme, crevé les illusions des cœurs, accompli la plus gigantesque besogne de sceptique qui ait jamais été faite. Il a tout traversé de sa moquerie, et tout vidé. Et, aujourd'hui même, ceux qui l'exècrent semblent porter malgré eux, en leur esprit, des parcelles de sa pensée.» Alors, cher lecteur, à samedi?   

mardi 16 janvier 2018

Note sur les macronisés


Quand, lors de la campagne de l’élection présidentielle, je voyais dans ses meetings Emmanuel Macron déclarer aux gens son amour, les encourager à devenir milliardaires, leur faire miroiter l’idéal d’une startupisation de la nation, quand je l’entendais tenir tant d’autres propos vulgaires, je me disais qu’il était le candidat idéal des bonnes femmes. Autour de moi, nombre de bonnes femmes, justement, le trouvaient exquisément atypique. Les bonnes femmes adorent tout ce qu’elles croient atypique. Ainsi s’imaginent-elles n’être pas des bonnes femmes. Et, bien sûr, leur vote a profité à Emmanuel Macron. Avec lui, ont-elles pensé, la France même deviendrait atypique. Ce que je n’anticipai pas c’était que les hommes allaient voter comme les ou leurs bonnes femmes. Complètement bonnefemmisés, ils ont eux aussi voté en masse pour le candidat atypique. Ce n’est pas une orientation politique qui a déterminé leur choix, mais l’habitude, à laquelle il trouvait un immense plaisir, de voir Emmanuel Macron tel que le montraient les journaux et les télévisions, qui, pour la plupart, sont des journaux et des télévisions pour bonnes femmes. Depuis l’intronisation d’Emmanuel Macron, la bonnefemmisation des esprits s’est bien sûr amplifiée. Tout le personnel journalistique, médiatique, politique, la quasi totalité des Français communient dans le culte du président atypique dont le programme sous couvert d’effacer le clivage entre la droite et la gauche, consiste à creuser le fossé entre les riches et les pauvres, à permettre aux premiers de faire une guerre impitoyable aux seconds. Entouré moi-même de personnes — des voisins, des proches, des intimes — qui, comme je l'ai dit, ont toutes voté pour Emmanuel Macron, par là même observateur privilégié et attentif de leur forme d’intellect, je puis affirmer que les adjectifs bonnefemmisé et macronisé peuvent être utilisés de manière équivalente dans la mesure où tous deux décrivent l’état d’un crâne fourré jusqu’aux orbites non pas d’une pensée unique mais homogène. Ayant connu les sept règnes présidentiels qui précédèrent l’élection d’Emmanuel Macron, jamais je ne vis pareille soumission femelle massive, presque totale, à une figure du pouvoir. Voilà la connaissance d’un phénomène dont je me serais bien passé, mais la vie ne laisse jamais de m’instruire contre mon gré.     

jeudi 28 décembre 2017

Otium cum litteris — X




Depuis quelque temps, je travaille à mon nouvel ouvrage: Éthique de l’étiolement personnel. Pour stimuler ma réflexion, j’ai consulté un opus connu des seuls spécialistes de l’Idée du Rien, à savoir les Pensées rancies et cramoisies de l’excellent Johannes Zimmerschmül (clic). En avançant dans mon étude, j’ai souligné quelques sentences de ce sceptique lypémaniaque que je souhaite divulguer ici. Ainsi lit-on p.35 que «l’homme du nihil, accablé par l’odiosité de ses congénères, par les sinistres manigances de son Moi, et par les réalités bétonnés de l’objet — autrement dit par la résistance des choses —, a bien du mal à se garder de l’impression que le réel lui en veut personnellement.[…]»; p.76 qu’«on ne peut ressentir qu’une pitié immense pour le philosophe, cet avorton au teint cireux qui s’affaire incessamment à disséquer la réalité empirique. C’est l’homme qui s’enlise: on ne voit plus que sa main qui s’agite encore pour implorer un impossible secours et la fange conceptuelle l’ensevelit»; ou, p.78, cette mésaventure survenue à un Dasein obsédé par la pensée de se détruire, et qui, pour s’en affranchir, se jeta sur la Méthode pour arriver à la vie bienheureuse de Fichte mais qui, une fois le livre-remède refermé, fut en proie à des maux épouvantables et dégradants puis, après une longue agonie, trépassa. Dans le milieu très fermé des hommes du nihil, le bruit court que Johannes Zimmerschmül ne serait autre que Hermann Von Trobben, l’auteur du Monocle du Colonel Sponsz (clic) et qu'il aurait également signé des petits traités d’acédie inflammatoire sous le nom de Raymond Doppelchor ou de Marcel Banquine. On aurait affaire à une sorte de nouveau Soren Kierkegaard — penseur dont le divertissement était, on le sait, de changer de nom pour chaque livre. Sur la lancée de mes recherches bibliographiques qui contribuent à enrichir le propos de mon Éthique, je finirai bien par découvrir ce moraliste au «radical quinquet».    

dimanche 17 décembre 2017

Otium cum litteris — IX


 En date du 8 novembre 1806, quelques mois après le suicide de son père, le jeune Arthur Schopenhauer, âgé de dix-sept ans, écrit à sa mère Johanna une brève missive: «L’oubli d’un désespoir passé est un trait si étrange de la nature humaine qu’on ne le croirait pas si on ne le constatait pas. Tieck l’a magnifiquement exprimé par ces mots: ”Nous voilà à gémir et à demander aux étoiles: Qui n’a jamais été plus malheureux que nous?, alors que derrière nous se profile déjà l’avenir moqueur qui se rit de la douleur éphémère de l’homme.” Et il en est toujours certainement ainsi. Rien n’est fixe dans la vie éphémère, ni douleur infinie, ni joie éternelle, ni impression permanente, ni enthousiasme durable, ni décision importante qui tiendrait pour la vie. Tout se dissout dans le flux du temps. Les minutes, les innombrables atomes microscopiques dans lesquels toute action déchoit, sont les vers rongeurs qui dévastent tout ce qu’il y a de grand et de hardi. Le monstre de la quotidienneté écrase tout ce qui aspire à s’élever. On ne prend rien au sérieux dans la vie humaine parce que la poussière n’en vaut pas la peine. Pourquoi des passions dureraient-elles éternellement pour ces misères ?
Life is a jest and all things show it
    I thought so once and now I know it.
                                John Gay »
 Inspiré par le deuil, ce texte contient en germe la pensée tragique du philosophe et, déjà, l’élégance de son style s’y dessine. Douze ans plus tard, après avoir rédigé De la vision et des couleurs et De la quadruple racine du principe de raison suffisante, il achève la première partie de son opus magnum: Le Monde comme volonté et comme représentation. Schopenhauer a trente ans. Il ne doute pas de son génie et n’a que mépris pour les post-kantiens de son temps tels Hegel et Fichte. En 1850 Le Monde n’a toujours pas trouvé ses lecteurs et son éditeur s’en plaint. «Ce n’est pas un reproche à adresser à mes livres, lui écrit-il, mais au public.» Infatigable, il traduit en allemand David Hume et Baltasar Gracián et envisage de publier à Londres une version anglaise des trois Critiques de Kant. Le public finit par découvrir Schopenhauer au soir de sa vie notamment à travers les Parerga et Paralipomena (Oublis et Ajouts) qu’il appelle ses «petits écrits». Mais ce sont des écrivains européens comme Maupassant, Ibsen, Zola, Huysmans, puis Proust, Mann, et d’autres, qui enschopenhaueriseront pour le meilleur, jamais pour le pire, leur propre œuvre. 
Pourquoi évoqué-je le Patron, comme l’appelait Cioran? Ayant acheté les deux volumes de sa correspondance(clic) courant des années 1803 à 1860 (l’année de sa mort) et lisant chaque jour une dizaine de lettres je parfais ma connaissance de l’homme qui tenait pour lui qu’une philosophie n’était qu’une biographie plus ou moins bien fardée et, par là, une pathographie.             

vendredi 4 septembre 2015

Le gentilhomme de Bilbao


Iñaki Uriarte

Je n’ai rien écrit depuis plusieurs jours. C’est moins grave que de n’avoir rien à lire. Par chance, ce n’est pas le cas. Je lis des journaux. Non pas la presse, mais les journaux d’Iñaki Uriarte. J’en attaque ce jour le troisième tome. Depuis le mois de juillet, je me plais dans la compagnie de ce gentilhomme. Comme je le lui ai écrit, il regarde son entourage, le monde, la vie, avec une ironie flegmatique que je lui envie. Pas la moindre trace de mauvais poil sous sa plume, ou, alors, traité aussitôt en notes humoristiques. La terrible expérience du fâcheux marrant? «Quand on tient à me raconter une bonne blague, je panique à l’idée de ne pas la comprendre!» Le refrain du râleur populiste? « ”Et ça! C’est payé avec mes impôts!”, répète souvent Machin. Les gens n’imaginent pas la quantité de choses payées grâce aux impôts de Machin. Il faudrait élever une statue en l’honneur de cet homme, ou donner son nom à un square.» Le ressassement des idées noires en phase maximale d’ennui? «Ce matin, je pensai que seul un incendie, ou une guerre, ou une crise cardiaque, aurait pu m’extirper du vide désespérant où je me trouvais. Il y a des journées bouchées. Il y a des jours, des heures, où je mérite la sentence: ”À casser des pierres, voilà à quoi je te condamnerai”. J’ai opté pour la solution la plus commode: un tranquillisant. Jamais je ne me lasserai d’admirer la puissance des cachets. Le tétrapharmakôn d’Épicure n’est que de l’eau bénite en comparaison de ce que peut réellement pour moi Antonio, mon pharmacien.»

À propos de certains livres, Uriarte note: «Parfois je prolonge fort tard la lecture d’un ouvrage pour le finir et ne pas avoir à le reprendre un jour de plus.» Je redoute quant à moi d’arriver à la dernière page des essais de ce Montaigne basco-newyorkais.