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dimanche 8 juin 2014

Poésie de la négation


«Vous me demandez si je conçois une opposition de principe à l'égard du racisme. Aucune. Je le trouve simplement trop sélectif. Pourquoi n'aurais-je d'aversion que pour telle ou telle différence, me privant ainsi du salubre dégoût que m'inspire la totalité de mes semblables?»

Docteur William Stein
Lettre du 30 mai 2014


vendredi 17 août 2012

Petite Russie

 Verdict du juge Marina Syrova prononcé ce jour à l’encontre des demoiselles punks Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, pour «hooliganisme» politique et religieux: coupables. Peine infligée : deux ans d'internement dans un camp de travail pour chacune d’elles. La troïka haineuse de la bonne femme, de la curaille et du Kremlin, a tremblé devant l’insolence.



jeudi 21 juin 2012

Ne pas oublier Muray


« […]Notre monde est le premier à avoir inventé des instruments de persécution ou de destruction sonores assez puissants pour qu'il ne soit même plus nécessaire d'aller physiquement fracasser les vitres ou les portes des maisons dans lesquelles se terrent ceux qui cherchent à s'exclure de lui, et sont donc ses ennemis. A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n'avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d'avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu'on appelle Fête de la Musique, mais entend s'illustrer encore par de nouveaux forfaits, à commencer par la greffe dans Paris de la Love Parade de Berlin. Je suis véritablement chagriné de n'avoir pas alors fait la moindre allusion à ce dindon suréminent de la farce festive, cette ganache dissertante pour Corso fleuri, ce Jocrisse du potlatch, cette combinaison parfaite et tartuffière de l'escroquerie du Bien et des méfaits de la Fête. L'oubli est réparé.[…] »

Philippe Muray


mardi 3 avril 2012

Prier dans le bain


Dessin de Unlucky

«La lecture matinale du journal est une sorte de  prière réaliste», disait Hegel. Je ne lis pas les journaux, mais j’écoute la radio pendant que je prends mon bain. La prière dure une bonne demi-heure. 

Dans les discours relatifs à la crise et aux dettes contractées par les Etats européens, j’ai beau tendre l’oreille, mais je n’entends jamais évoquer l’A.G.C.S. 

Décidé par les instances supranationales de l’O.M.C. en 1995, cet Accord Général pour le Commerce de Services — le G. A. T. S. en anglais — prévoyait pour la fin de la première décennie des années 2000 la privatisation des services publics : la santé, l’éducation, les transports, le courrier, l’énergie, le crédit — ce qu’il en reste. L’idée était que tout Etat européen devait s’obliger à des économies budgétaires sévères afin que ces secteurs, de plus en plus asphyxiés et, par là, affligés de dysfonctionnements, n’aient plus d’autre destinée que d’être vendus à l’encan, dans les bourses, aux groupes multinationaux les plus offrants. Concomitamment, la construction de l’union européenne, en accélérant la dérèglementation des législations nationales, répondrait à cette orientation. Comme les structures étatiques résistent de par leur ancrage historique, le programme de l’A.G.C.S. a pris du retard. Or, sans être grand clerc en matière d’économie, je me dis que la crise, qui fait entonner plus que jamais aux dirigeants le refrain de la rigueur, représente une aubaine pour accélérer ce processus de démolition des Etats-nations, démolition confiée aux responsables de ces Etats eux-mêmes, comme on le voit avec la Grèce, ce laboratoire où les puissances du marché expérimentent un type d’Etat sans souveraineté et dont la plupart des infrastructures sont achetées par des fonds étrangers — aujourd’hui chinois, demain qataris, après-demain indiens ou brésiliens. 

Comme le tour de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal ne saurait tarder, pour les expérimentateurs du marché, l’aspect le plus intéressant de l’épreuve est de voir quelle résistance les Grecs, humiliés à la face du monde et soumis à la saignée, vont opposer. Tels des entomologistes avec des bestioles placées sous verre, ils observent la capacité des fonctionnaires, des petits employés, des retraités, des étudiants, etc., à se mobiliser et à organiser leurs faibles forces pour contrecarrer l’agression mortelle. Pour l’heure, ils assistent, comme prévu, à une agonie des plus prometteuses. Les journées et les nuits d’émeutes qui se succèdent ajoutent à l’épuisement de devoir vivre dans le dénuement. Elles deviennent plus rares. Le découragement gagne les gens. Les Grecs se rendent compte qu’ils ne forment pas un peuple mais des catégories hétérogènes que le parti communiste disloqué et l’église orthodoxe essoufflée ont cessé d’unifier. Les télévisions étrangères présentes sont là pour en témoigner et, aussi, transmettre au reste des populations européennes l’idée que si l’indignation est légitime, la résignation l’emporte en sagesse tant et si bien qu’il convient d’opter immédiatement pour celle-ci sans céder à celle-là.  



mercredi 21 mars 2012

Todestrieb

Salvador Dalí-Portrait de Sigmund Freud

« […] Freud fut pour moi une lecture de lycée et des premières années d’université durant lesquelles je dévorais aussi Zweig, Schnitzler, Roth, et collectionnais les livres d’art consacrés à Schiele, Kokoschka, Klimt. Alors que je cultivais une nostalgie sécessionniste fin de siècle, le psychanalyste autrichien en vogue dans les milieux estudiantins de la gauche révolutionnaire n’était pas Freud mais Wilhelm Reich, inventeur halluciné d’une libido cosmique — «découverte» dont il essaya, à la fin de sa vie, dans son exil américain, de tirer des applications techniques: une machine à guérir le cancer et un «chasseur de nuages». Avant de s’abîmer dans la démence et de finir en prison pour pratique illégale de la médecine, Reich, dans les années trente, fonda le freudo-marxisme en introduisant la doctrine de la lutte des classes dans la théorie de la répression des instincts. […] Pour Reich et ses épigones, le communisme serait les soviets plus l’orgone.
En réalité, la raison pour laquelle les gauchistes des années soixante-dix optaient pour Reich contre Freud [était qu’] ils ne pardonnaient pas à l’auteur de Malaise dans la civilisation d’avoir écrit que l’humain n’était pas un animal débonnaire au «cœur assoiffé d’amour», qui ne fait que se défendre quand on l’attaque, mais un prédateur pour les autres individus de son espèce, «tenté de satisfaire son besoin d’agression à leurs dépens, d’exploiter leur travail sans dédommagement, de les utiliser sexuellement sans leur consentement, de s’emparer de leurs biens, de les humilier, de leur infliger des peines, de les martyriser et de les tuer». Ces gens nés au milieu du vingtième siècle parmi les décombres encore fumants d’une Europe dévastée par une deuxième guerre mondiale et des génocides, contemporains d’une foultitude de conflits sanglants en Asie, en Afrique et en Amérique latine, incriminaient Freud pour son pessimisme anthropologique. La pulsion de mort ? Un préjugé « bourgeois », irrationnel. Car les humains, selon les gauchistes, ne furent pas violents à l’origine de leur histoire, ils le devinrent. Et s’ils le devinrent, ce fut à cause de l’instauration de la propriété privée, de la nécessité de la protéger manu militari puis, plus tard, à cause de la généralisation de l’esclavage, du mode d’échange marchand et de l’Etat, et, plus tard encore, à cause de l’apparition du capital et du travail salarié. À travers leur phraséologie marxisante, les reichiens lançaient en réalité contre Freud les mêmes accusations que Rousseau adressait à Hobbes.
[…] À maintes reprises, Freud, dans Malaise dans la civilisation, paie sa dette à Hobbes qui écrivait quant à lui dans son Léviathan : «Nous trouvons dans la nature humaine trois causes principales de discorde : primo, la Compétition ; secundo, la Défiance ; tertio, la Gloire. La première pousse les hommes à s’agresser en vue du gain, la deuxième en vue de la sécurité, et la troisième en vue de la réputation». Pour Freud, c’est le désir de gloire qui constitue la principale cause du malheur des humains — désir de gloire qu’il rebaptise demande d’amour (ou de reconnaissance): exister aux yeux des autres alors même que les problèmes de survie sont réglés et les positions de pouvoir réparties. […] Nul humain, du plus privilégié au plus mal loti ne se sent jamais assez reconnu, c’est-à-dire désiré. De sa naissance à sa mort, il vit dans la frustration et le ressentiment. Tant que les us et coutumes de la culture pèsent sur ses affects, il s’inscrit dans la norme névrotique, se contente des menues réjouissances permises tout en condamnant celles auxquelles s’adonnent ses semblables qu’il imagine plus intenses. Les interdits viennent-ils un jour à exploser à la faveur d’une crise sociale, il laisse alors le cours le plus libre à son agressivité primaire trop longtemps refoulée. «Assez joui !», lance-t-il  les armes en main à la face de ses frères frustrés. «À mon tour d’en profiter ! Mais vous paierez d’abord pour l’insolent bonheur que vous m’avez volé !». Une guerre ou une révolution offre aux humains d’opportuns prétextes pour régler leurs comptes avec leurs prochains qui abusent du désir d’exister tout en conférant aux élans conjoints de plaisir et de mort qui les animent les couleurs d’une noble cause commune. La foi, le patriotisme, la race, les droits de l’Homme, autant de manières de magnifier les jouissances de l’assassinat, du viol, de la torture, du vol et de la destruction».

In Philosophie sentimentale
Flammarion 2010

mardi 27 décembre 2011

Ce que peut le corps



Hier, alors que j’effectuais des étirements suite à un exercice quotidien de méditation profonde — que les esprits superficiels nomment « sieste » —, me revint en mémoire ce passage de l’Éthique de Spinoza (Partie III, Proposition 2, Scolie): « Personne n'a jusqu'à présent déterminé ce que peut le Corps, c'est-à-dire que l'expérience n'a enseigné à personne jusqu'à présent ce que, par les seules lois de la Nature considérée en tant seulement que corporelle, le Corps peut faire et ce qu'il ne peut pas faire à moins d'être déterminé par l'Âme ». Et, in petto, juste avant de croquer dans un carré de chocolat, j’ai prononcé ces mots: « En effet. »

vendredi 2 décembre 2011

Plaisirs du plagiat (suite)

Curriculum vitæ de Pierre Lamalattie


Micheline,
Elle aime bien lire les philosophes, mais elle trouve qu’ils ne laissent pas assez parler leur ressenti.

Jean-Claude,
Depuis qu’il est à la retraite, il applique pleinement la devise philosophique : carpe diem.

Simon,
Il fait remarquer qu’il est réactif autant dans le boulot que dans la vie.

Ewa,
La propreté, les manières, le bon français, tout ça, pour elle, c’est des trucs de bourgeoise.

Mathieu,
La joie, a-t-il déclaré, c’est quand la vie met le turbo.

Alan,
Il voit l’existence comme une suite de business plans réussis.


Emprunté à Jérôme Leroy


Estelle,
Elle pense que les écrivains sont trop dans leur truc.

jeudi 1 décembre 2011

Plaisirs du plagiat

Curriculum vitæ de Pierre Lamalattie

Depuis que j’ai découvert Pierre Lamalattie, je suis gagné par sa manie du C.V. : croquer, en une phrase, le degré d’absorption de l’âme des gens par le langage commun — où se mêlent les registres de la publicité, du commerce, de la psychologie, du sport et de la philosophie. Quelques exemples notés hier, en l’espace de deux heures, en laissant traîner mes oreilles :

Christelle,
Elle voit du positif dans le fait que Joan sort de sa bulle.

Aurélie,
Elle pense que Caroline doit être plus dans l’échange.

Mireille,
Elle est rassurée de voir qu’Anthony est davantage questionnant.

Constance,
Elle sait qu’elle a du potentiel, mais elle a du mal à le gérer.

Bernard,
À propos de Lucie, il dit qu’elle se focalise trop sur son affectif.

Marc,
Il est convaincu que si Frédéric ne s’investit pas dans le groupe, il ne risque pas de gagner une valeur ajoutée à son image.

Les lecteurs de Joseph Gabel auront la tentation de lire là des formules symptomatiques de la fausse conscience et les lieux communs de la réification. Ce serait ne pas voir l’essentiel : la réelle jouissance de ces humains à parler pareille novlangue qu’ils inventent à mesure qu’ils en usent — d’autant qu’elle leur donne l’impression d’une intelligence du monde, des êtres et, avant tout d’eux-mêmes.  

mercredi 29 juin 2011

No se puede vivir sin amar — 8


« Ce mois-ci encore, le moral des ménages est au plus bas ». La formule ressassée par les media ne fait qu’indiquer, je le sais, une baisse générale de la consommation ; mais, en l’entendant, je ne peux m’empêcher de penser aux couples que je côtoie ou croise — à ces types et à ces bonnes femmes de moins en moins capables de dissimuler sur leur visage la fatigue de vivre ensemble avec ou sans marmaille.

In Délectations moroses
(Le Dilettante)


lundi 7 février 2011

Transparence


« Qui sont les autres ? Nous ne connaissons d’eux que ce que nous désirons y voir et que ce qu’ils veulent laisser paraître. » 

Dexter Morgan

lundi 17 janvier 2011

« Chaque peuple a son principe propre et il tend vers lui comme s’il constituait la fin de son être ; une fois cette fin atteinte, il n’a plus rien à faire dans le monde.» G.W.F. Hegel


Ben Ali s’est carapaté ce ouiquinde en loucedé à Jeddah. À l’évidence, les Tunisiens ne s’attendaient pas à une victoire de la rue si rapide. Les voilà comme désemparés. J’ignore quel sera le prochain homme fort du pays, mais il doit se montrer prudent. Il serait périlleux pour lui qu’il s’avançât franchement comme candidat au pouvoir. Les gens n’ont pas encore dessoûlé. Ils sont toujours dans l’ivresse du soulèvement qui leur donne l’illusion euphorique de la puissance. Voilà pourquoi, celui qui deviendra leur maître doit d’abord se faire accepter comme leur chef, un  chef qui saura traduire et flatter leur désir de souveraineté démocratique, nationale, etc. On commande à la multitude non tant en la confortant dans le sentiment qu’elle a une âme, des aspirations, un idéal, bref, qu’elle forme un peuple, car cela elle est prompte à s’en persuader spontanément, mais, surtout, qu’elle va être un exemple d’émancipation pour le reste du monde. Il y aura en France des intellectuels pour propager ce conte rose.
Dans le même temps où les Tunisiens se réjouissent de la fuite de leur tyran, les Haïtiens, certains d’accueillir un sauveur, célèbrent avec des vivats le retour de celui qu’ils chassèrent il y a vingt-cinq ans, Bébé Doc — à côté de qui Ben Ali fait figure d’humaniste bêlant. Le retour du même, n’est-ce pas ce qu’on appelle une révolution ? 

jeudi 13 janvier 2011

Le va-et-vient de l'insurrection


"Qu'est-ce qu'une révolution ? Des gens qui se tirent des coups de fusil dans une rue : cela casse beaucoup de carreaux; il n'y a guère que les vitriers qui y trouvent du profit. Le vent emporte la fumée : ceux qui restent dessus mettent les autres dessous ; l'herbe vient là plus belle le printemps qui suit ; un héros fait pousser d'excellents petits pois."

Théophile Gautier

vendredi 26 novembre 2010

L'existentialisme est un primatisme

 


"On sait que, selon Sartre, les différents modes d'existence se définissent essentiellement par le regard d'autrui, toujours aliénateur, qui les fige, les glace, et les “choséifie“. […]Ainsi, il n'y a pas, en soi, de Jaunes ou de Noirs de par le monde, mais certains Hominiens auxquels l'Hominien occidental a répété inlassablement : “Tu es le Jaune-pour-autrui-dans-le-monde“, ou “Tu es le Noir-pour-autrui-dans-le-monde“, jusqu'à ce que ces malheureux hommes aient fini par se persuader qu'ils étaient bien réellement, qui le Jaune, qui le Noir.
Ainsi en a-t-il été des Chimpanzés. À force de s'entendre répéter à travers les grilles : “Toi, tu es un Chimpanzé“, le primate en est arrivé à se constituer véritablement comme Chimpanzé. […] C'est nous qui, par notre regard, avons posé les Chimpanzés en tant que Chimpanzés-pour-autrui-dans-le-monde. […] C'est parce que l'Hominien [occidental] bourgeois a toujours voulu regarder le Chimpanzé comme Chimpanzé, que le Chimpanzé s'est trouvé, en un mot, chimpanzéifié. […]Telle est notre œuvre. […] De Primates libres, nous avons fait des esclaves. Comment ne pas craindre, ne pas prévoir, ne pas comprendre, leur imminente révolte ?"

Clément Rosset
Lettre sur les chimpanzés

mardi 2 novembre 2010

Jacques Mesrine a été assassiné le 2 novembre 1979

 



Le Mitard

Oui, Madame !
Il tourne, il tourne en des milliers de pas qui ne mènent nulle part
Dans un monde-béton, aux arbres de barreaux fleuris de désespoir
Inhumain…, rétréci…, sans aucun lendemain. 
Sa pitance est glissée sous une grille à terre
Et dans un bol l’eau… pour qu’il se désaltère.
Il est seul, sans soleil
Et n’a même plus son ombre.
Infidèle compagne, elle s’en est allée
Refusant d’être esclave de ce vivant mort-né.
Il tourne…, Il tourne et retournera toujours
Jusqu’au jour où vaincu en animal blessé
Après avoir gémi en une unique plainte
Il tombera à terre et se laissera crever
Pour trouver dans la mort sa seule liberté.
Je vous vois une larme… !
Pourquoi vous attrister ?
«Pauvre chien», me dites-vous !
En voilà une erreur…
C’est un homme, Madame,
Il est emprisonné.
C’est celui que vos pairs ont si bien condamné
En rendant la justice au nom des libertés.

Jacques Mesrine

Fleury-Mérogis…
Un jour de septembre 1976 où j’existais si peu
Que je n’étais même pas personne.

L’Instinct de mort
(Éditions Champ Libre -1984)

vendredi 29 octobre 2010

Plus de morts, moins d'ennemis


La lucidité consiste à se placer du point de vue de Dieu. C’est de là que Jacques Esprit examine le cœur des hommes. À l’évidence seul y palpite un amour-propre animé d’un féroce appétit de domination. Dès lors, toute vertu louée par la tradition philosophique n’est que fadaise, illusion, vent de bouche. L’amitié, célébrée par Cicéron et Montaigne? Il n’y a qu’aux morts que nous l’accordons car, vivants, nos semblables nous nuisent: «leur inquiétude trouble notre repos, leur malignité s’attache à notre réputation, ils traversent nos desseins par leur envie et leur jalousie, et ceux qui ont de bonnes qualités font remarquer nos défauts.»
Même si La fausseté des vertus humaines n’a pas la notoriété des Maximes de La Rochefoucauld, on y retrouve avec autant de plaisir ce que Pascal Quignard nomme « la manie noire dévastatrice » du jansénisme. Comme La Rochefoucauld, son complice, Jacques Esprit, passé des salons de la préciosité à Port-Royal, se divertit à faire la peau aux idéaux de grandeur et de sagesse. Mais chacun sa manière. Tandis que le vieux Frondeur, borgne et balafré, les pourfend d’un trait, l’ex-mondain, de ses délicates mains blanches, les dépèce avec méthode.  

dimanche 24 octobre 2010

La suprématie de l'incertain


"Dans les châteaux de ma solitude, les échos sont congédiés."

"Les grabataires voient le ciel à sa juste hauteur."

"Contre moi, il n'y a pas de remède."

"Le vieux mourut dans la boue de Champagne. Le fils dans la crasse d'Espagne. Le petit s'obstinait à rester propre. Les Allemands en firent du savon..."

Paul Valet