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mardi 21 janvier 2014

Causerie


«[…]Je suis né en 1956 — l'année où Cioran publie La Tentation d’exister. Une croyance africaine prétend que naître c’est remplacer un mort. De qui, alors, sommes-nous le successeur ou le succédané? Impossible de le savoir. Tout au long de notre vie, les mânes d’un être inconnu collent à notre carcasse. Elles ne se détachent de nous que lorsque nous mourons et sans doute ne s’anéantissent-elles qu’à ce moment-là. Je ne saurais dire si je portais un fantôme en moi en venant au monde. En revanche, celui de mon père me hante depuis plus de quarante ans. Il a disparu de ma vie quand j’avais neuf ans — corps et âme. J’ai derrière moi un demi siècle de tristesse, ce qui représente une honnête carrière de philosophe sentimental […]».
In Le Charme des penseurs tristes  


jeudi 5 mai 2011

Frime et vacuité


Une dépêche vient de tomber. Huit grands hôtels de luxe français ont reçu la distinction de palaces. Parmi eux, le Palais de Biarritz. Comment le jury a-t-il pu autant retarder dans ce choix ? Pourquoi ne m’a-t-on pas consulté ?
Dominique Fernandez, le président du jury, prétend qu’un palace doit amener les clients « dans un autre domaine que celui de la vie courante », qu’il doit avoir une histoire qui « contient déjà une part de rêve, une sorte d'enchantement par les fantasmes qu'il suscite » et être « une sorte de roman », un lieu où on pénètre « comme on s'avance dans le royaume des mille et une nuits ». Certes, certes. Mais c’est un peu du baratin, tout cela. Le Palais est à un quart d’heure à pied de chez moi, mais il arrive que, de temps à autre, j’y passe une nuit. Pas toujours tendre la nuit, au Palais. On dit que Hemingway et Fitzgerald, après avoir trinqué jusqu'à plus soif, s’y sont battus. Au bar ou aux pissotières. Scotty a bien cogné, mais il n’a pas fait le poids. Ernest l’a remonté dans sa chambre. Bref. Un palace c’est avant tout un endroit tout à fait indiqué pour un type comme moi, qui ne s’en remet pas de la fatigue d’être né. Rien de mieux qu’une suite pour jouir de moments douillettement coincés entre le temps et l'éternité. J'y soigne les morsures que m'infligent les chronophages. Bien sûr, séjourner dans la soie me met sur la paille et les railleurs disent que je suis snob à me mêler ainsi à une faune de parvenus. Ils n’ont pas tort. Mon snobisme est de me dire que de tous les parvenus je suis le seul parvenu à rien.    



mardi 19 avril 2011

La horde sauvage




If you cross their way, 
you better make your prayer ! 


De gauche à droite : Le logicien du Pire (Clément Rosset), Le Jusqu'auboutiste de la Mélancolie (Frédéric Pajak, en retrait, comme d'habitude), L'Infâme R.J. (Roland Jaccard), Le Pirate Obsédé Amoureux (Arnaud Le Guern), Le Nihiliste balnéaire (Frédéric Schiffter), Le Marxiste tendance Dou-Wop (Jérôme Leroy, méconnaissable sans ses lunettes noires), Le Faussaire (Dominique Noguez, essayant, avec succès, une tenue d'Homme Invisible).

vendredi 31 décembre 2010

Au commencement de 2011 : l'afteur pessimiste et balnéaire (veuillez cliquer sur ce titre, s.v.p.)


Demain matin, à l'aube, après une nuit de oufs passée au Carré Coste, puis, certainement, au Caveau, ces jeunes admiratrices biarrotes du philosophe sans qualités ne manqueront pas d'écouter leur idole sur France Inter interviouvée par la charmante Laurence Luret dans son émission "Parenthèse" — entre 7h 30 et 8h 30. Puis, sereines, elles s'endormiront.

vendredi 22 octobre 2010

Interviou (1)



On voudra bien excuser le philosophe sans qualités de se présenter devant l'objectif le cheveu un peu plat (rien de moins télégénique que le gel capillaire "effet ouètelouque") et de parler avec un débit monocorde et las. On tiendra compte des conditions difficiles du tournage — effectué à l'heure habituelle de la sieste de l'interviouvé et cela dans un restaurant parisien inhospitalier tenu par des jeunes branchés et bruyants. Aussi dénué de qualités soit-il, le philosophe a refusé le recours à toute doublure et assuré la totalité des cascades.

Remarque : On voudra bien rectifier l'intitulé apparaissant sur la video — lire : gnangnan et non "ganagan".

samedi 16 octobre 2010

Je vous demande de m'écouter !


Les amateurs de philosophie sentimentale écouteront l'émission La Librairie Francophone ce samedi 16 octobre à 17 heures sur France Inter. Les malchanceux qui rateront ce grand moment de radio pourront revenir sur l'occasion et la ressaisir en le podecastant. 

dimanche 3 octobre 2010

Vivre et mourir devant une caméra

En choisissant George Sanders pour incarner Lord Henry Wotton dans son film The picture of Dorain Gray (1945), Albert lewin ne pouvait rendre meilleur hommage à Oscar Wilde. Dans ses Mémoires, l'acteur relate sa manière de jouer les rôles de pervers et de criminels. "Ma méchanceté était d'un genre nouveau. J'étais infect mais jamais grossier. Une espèce de canaille aristocratique. Si le scénario exigeait de moi de tuer ou estropier quelqu'un, je le faisais toujours de manière bien élevée et, si j'ose dire, avec bon goût. En plus, je portais toujours une chemise impeccable. J'étais le type de traître qui détestait tacher de sang ses vêtements ; pas tellement parce que je redoutais d'être découvert, mais parce que je tenais à demeurer propre sur moi". Dandy cynique à l'écran, Sanders l'était avant tout dans la vie. Parce qu'il ne voulait plus s'y compromettre, il se suicida en 1972 à l'âge de 66 ans. Avant que n'apparaisse le mot "FIN", il avait griffonné sa dernière réplique destinée à ses proches et, sans doute, à ses admirateurs. "Je m'en vais parce que je m'ennuie. Je sens que j'ai vécu suffisamment longtemps. Je vous abandonne à vos soucis dans cette charmante fosse d'aisances. Bon courage."

jeudi 30 septembre 2010

Pom-pom girl


Depuis que Aude Lancelin a dit dans le Nouvel Obs — cliquez sur le titre, s.v.p. — que ma Philosophie sentimentale lui avait fait battre le cœur, je gonfle les pectoraux et roule des mécaniques.

vendredi 16 juillet 2010

 
"Écouter de la musique est un exercice de métaphysique inconscient."
Arthur Schopenhauer

mardi 29 juin 2010

IN GIRUM IMUS NOCTE — ou comment, de la croyance en un sens de l'histoire, on passe, in fine, au sentiment que le devenir n'est qu'une rengaine.



Tout jeune déjà, j’aimais me faire remarquer. Au lycée de Biarritz, entre deux cours, ou au Cyrano, le bistrot de l’absentéisme, je m’isolais et me mettais à lire ostensiblement des ouvrages de philosophie afin que les filles me prêtent une nette supériorité intellectuelle par rapport aux autres garçons. Ayant par ailleurs une image de je-m’en-foutiste à soigner, je prenais garde de ne pas paraître absorbé par mes lectures. Mais comme je ne feignais pas pour autant de lire, peu à peu la matière des livres infiltrait mon esprit, faisant de moi un jeune gandin cérébral peu avantagé pour faire battre le cœur des lycéennes biarrotes — plus prompt à chavirer sous le regard délavé d’un surfeur. Cela se passait dans les années soixante-dix qui battaient leur vide. C’est à cette époque que je découvris La société du spectacle. Tout cela pour dire que Guy Debord fut pour moi un philosophe de classe terminale.