jeudi 24 octobre 2019

Iñaki Uriarte


L'homme sur la couverture de ce livre s'appelle Iñaki Uriarte. Le photographe l'a saisi en train de s'adonner à l'une de ses activités principales, une autre étant celle d'écrire. Aujourd’hui on trouvera en librairie Bâiller devant Dieu (Éditions Séguier), le journal de cet écrivain basque, né à New York, vivant à Bilbao, styliste excellemment traduit par Carlos Pardo. Des pages de notes, de réflexions, de souvenirs, où l’ironie, l’humour, la lucidité, la culture littéraire, se conjuguent pour donner forme à un traité désinvolte de philosophie que Montaigne et Chamfort auraient salué. J’ai eu l'honneur et le plaisir d'en faire la préface. Pour donner une idée de l’atmosphère du livre, j'en citerai un seul passage: «Il m’a tenu des propos qui m’ont effrayé et flatté à la fois: grâce à moi, il a “appris que le désespoir devait être considéré avec légèreté“. Je me suis inquiété: cela signifie-t-il qu’il m’a souvent vu désespéré? Il a appris de moi, dit-il, que le désespoir peut s’apprivoiser, que c’est un sentiment qui disparaît comme il est apparu, “comme une grippe“. J’ignore ce dont il parlait. Nous ne saurons jamais en quoi les autres nous jugent utile.» 

samedi 19 octobre 2019

Incurable déviance


J’ai été anarchiste, au sens politique du terme, pendant mes années de lycée. À la devise «Ni dieu, ni maître», j’ajoutais inconsciemment: «ni père», car je perdis le mien quand j’eus neuf ans.  Une révolte œdipienne, en quelque sorte. Toute forme de commandement m’était insupportable à commencer par celle que j’observais dans les mouvements d’extrême gauche qui sévissaient dans la jeunesse. Les groupes maoïstes et trotskystes se coiffaient de petits chefs et leurs militants me paraissaient aussi coincés que les jeunes staliniens du Parti communiste français. Je me suis aussi défié des libertaires en les fréquentant de près. Si je les trouvais plus sympathiques que les gauchistes, ils n’étaient pas moins dogmatiques. Aussi quand je lus, en 1974, en classe de première, Raoul Vaneigem et Guy Debord, j’en fus un peu revigoré. À mes yeux juvéniles, le premier maniait des formules percutantes et le second des analyses d’une lourdeur intimidante. J’avais un besoin de références originales. Le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générationsLa Société du spectacle, les numéros de la revue Internationale situationniste, collaient bien à mon désir de distinction théorique. Autour de moi, personne ne connaissait cette littérature et mon snobisme en était comblé. Mais, avec le temps, je me lassai aussi de ces utopistes pour classes moyennes et de leurs enthousiastes suiveurs. Quand je découvris le Précis de décomposition de Cioran à l’âge de dix-huit ans, ce fut un heureux tournant dans l’histoire de mon anarchisme. J’eus le sentiment que ce livre avait été écrit pour m’encourager à ricaner des idées humanistes prônées, je le pressentais, par des canailles et des baratineurs. Il m’orienta vers la marquise du Deffand et Joseph de Maistre. J’appris avec la première à m’abandonner au cafard, avec le second à laisser parler en moi l’ennemi du progrès. La maxime de Cioran selon laquelle «on doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs», me servit de seule philosophie politique qui, sans tarder, me valut la disgrâce de mes amis lecteurs de Bakounine, de Kropotkine, de Proudhon. En adoptant l’infréquentable déconneur métaphysique comme un oncle spirituel dont je pouvais suivre les préceptes sans forcer mon talent, je passai à leurs yeux pour un détestable individualiste petit-bourgeois — déviance morale dont je n’ai jamais cherché à guérir tant elle m’était naturelle.   

mercredi 9 octobre 2019

Ataraxie ? Tu parles !


Le Voluptueux inquiet (clicfait déjà l’objet d’un retirage. Nouvelle couverture, texte de présentation augmenté. Ménécée confirme sa présence. On ne peut plus parler d’épicurisme tranquille.    

mercredi 2 octobre 2019

Conférence du 5 octobre 2019


Société et religions, tel sera le thème de ma conférence. En voici la teneur:  Si, comme on l’admet communément, le mot «religion» vient du latin «religare» qui signifie «relier», on comprend la vocation des cultes polythéistes ou monothéistes à fonder des sociétés et à en légiférer les mœurs. Ce fut le cas durant des millénaires. Toutefois, le pouvoir politique et le droit se sont émancipés du divin. C’est l’un des traits majeurs de la modernité. Mais cette émancipation a-t-elle réellement eu lieu? La laïcité a-t-elle gagné son combat?

Médiathèque de Biarritz 15h 
Entrée libre