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dimanche 9 avril 2023

De la Perspective


En traînant, hier, à Biarritz, sur l'avenue de la Perspective de la côte des Basques, où j'ai habité de l'âge de neuf à vingt ans, j'ai contemplé un long moment le paysage océanique de ma prime jeunesse. J'ai pensé aux idées que j'avais alors, que je puisais dans des livres difficiles, et qui m'invitaient à en finir avec le "vieux monde". En réalité, j'étais un révolté de plage. Les jolies me consolaient de l'injustice. Puis, avec le temps, l'idéal a pris le large. Mon anarchisme a glissé vers une misanthropie résignée. Beaucoup vieillissent plus mal.

 


 

samedi 24 mars 2018

Incipit sans suite — 15


1975. C’est à Maui, sur la vague de Pu’Unoa Beach, qu’elle ferait ses premiers pas sur l’élément imprévisible du temps.

mercredi 21 mars 2018

Incipit sans suite — 14


1971. Elle abordait un âge où elle était pressée d’être adulte mais sans renoncer à l’enfance.

jeudi 22 mai 2014

Claudia per sempre ancora


La Fille à la valise - Bande annonce Vost FR par _Caprice_


Claude Nori et votre serviteur vous invitent samedi prochain 24 mai à 19h50 au Cinéma Le Royal de Biarritz, à assister à la projection du très beau film de Valerio Zurlini La Fille à la valise (1961) avec la divine Cardinale à l’occasion de la publication de Dolce Claudia — aux éditions Contrejour.

jeudi 25 octobre 2012

Bonne nouvelle, mauvaise nouvelle



Librairie Bookstore de Biarritz
(photographie prise du divan)

Nous avons deux nouvelles à annoncer aux abonnés de notre blogue — bonnes ou mauvaises, comme ils voudront les interpréter. 

Demain, vendredi 26 octobre, à Bordeaux, sur le coup de 18h30, sous les belles voûtes en pierre de la librairie La Machine à lire, nous persisterons à soutenir publiquement que si les jolies filles affolent le désir masculin, les belles femmes, elles, l'anesthésient; à souligner que la sensibilité n'est en rien la faculté au monde la mieux partagée; à confesser que le cinéma de notre adolescence offrit à notre ennui ses plus passionnantes récréations et contribua en grande part à notre éducation sentimentale; à expliquer en quoi les œuvres d'art nous ont invité à des dépaysements métaphysiques et, en même temps, ont avivé notre lucidité sur la réalité; à reprendre, dès lors, l'idée de notre cher Oscar Wilde selon quoi c'est bien la vie qui imite l'art et non l'inverse; à répéter que le prétendu art contemporain n'est qu'un attrape-jobards, et, enfin, à déplorer qu'il ne nous reste plus que la nostalgie des émois esthétiques de notre jeunesse.

Non seulement nous persisterons à dire tout cela, mais nous signerons aussi notre ouvrage à l'attention de nos lectrices et lecteurs nouveaux, occasionnels ou fidèles.

Le lendemain, samedi 27 octobre, ce sera cette fois à Biarritz, à partir de 16h30, que nous dédicacerons La Beauté au premier étage du Bookstore, l'élégante librairie tenue par Kristel et Inès, courageuses et souriantes amies des livres. 

dimanche 16 septembre 2012

À la recherche du cinéma d'avant


Arnaud Le Guern  
Lutétia, avril 2011

Arnaud Le Guern est né en 1976, année caniculaire qui annonçait la fin des Seventies. C’était aussi l’année de mes vingt automnes (je suis né en octobre). «Quand on aime la vie, on va au cinéma», disait un slogan publicitaire de l’époque. Me concernant, ce fut le cinéma qui me fit aimer la vie. Le cinéma et, soyons juste, les filles. Je les emmenais voir des films américains, italiens, français. Quand un film était moyen je trouvais commode d’avoir une poitrine à caresser sous un chemisier ou un shetland. Cela n’arrivait pas devant un film de Claude Chabrol ou de René Clément. Et pour cause: j’étais amoureux de Stéphane Audran, de Marie Laforêt, de Romy Schneider. C’est devenu le cas d’Arnaud Le Guern. La cinéphilie est une forme raffinée de nostalgie. Il n’y a qu’à lire Une âme damnée. Bien sûr, voilà un livre comme je les goûte: écrit à la hussarde — au sens de Bernard Frank. Bien sûr, il s’agit d’une biographie de Paul Gégauff, dandy, play-boy, flambeur, scénariste et dialoguiste efficace et cynique des cinéastes de la nouvelle vague. Bien sûr ces chapitres courts, denses, enlevés, se lisent comme les pages d’un scénario qui ne demande qu’à être mis en images. Bien sûr, on se laisse embarquer par le récit de la vie de ce voyou magnifique assassiné à coups coups de couteau par sa jeune et belle épouse — « Tue-moi si tu veux, mais arrête de m’emmerder !», lui dit-il imprudemment lors de leur ultime et fatale dispute. Mais, on comprend bien que pour Arnaud Le Guern, le personnage de Gégauff n’est qu’un prétexte pour déclarer son amour aux actrices du monde d’avant, quand le cinéma savait photographier leur regard mélancolique, leur silhouette élégante, leur visage émouvant de garce ou d’âme perdue. Aujourd’hui, quelle actrice le bouleverserait ? Audrey Toutou ? Valérie Lemercier ? Marion Cotillard ? Le Gégauff d’Arnaud Le Guern m’a conforté dans cette certitude : quand on aime les femmes, il ne faut plus aller au cinéma.          

dimanche 17 juin 2012

Artiste du chaos


"Quand j’étais enfant, mon héros cinématographique, comme pour beaucoup de gamins, était Charlot — je ne parle pas des personnages que Chaplin jouera dans ses longs métrages et que je découvrirai plus tard au ciné-club de mon lycée et tels que: Les lumières de la ville, Les Temps Modernes, Le Dictateur, et le plus sombre d’entre eux, Monsieur Verdoux. Si je ne mesurais pas tout le fond subversif de cette forme de burlesque, j’en subissais avec jubilation les séductions. J’en percevais vaguement aussi la tonalité tragique, le fond pessimiste. Car le génie de Chaplin n’était pas seulement de susciter par le rire une vive sympathie pour le personnage d’un vagabond rebelle, espiègle, allergique aux policiers, rétif au travail, amateur de jolies filles, etc., mais de rappeler que la vie pouvait à tout moment devenir une suite de mésaventures sur fond de désolation et qu’aucune structure ne soutenait durablement le monde. «Le grand thème de la vie, c'est la lutte et la souffrance», écrivait-il dans Ma vie ; ou encore : «La beauté est une omniprésence de la mort et du charme, une tristesse souriante qu'on discerne dans la nature et en toute chose». Qu’il fût patineur, usurier, employé dans un cirque, chercheur d’or, etc., Charlot incarnait l’Irrégulier qui, par ses gaffes, ses maladresses, ses irrévérences, et sans déranger l’impeccable mise de ses frusques, replongeait le monde dans son état initial de chaos chargé de tous les périls. Ce clochard sentimental toujours fauché et, quoi qu’il arrive, tiré à quatre épingles, fut mon premier maître en dandysme et en anarchisme."


In La Beauté
Une éducation esthétique
Éditions Autrement
En librairie le 12 septembre 2012

vendredi 1 juin 2012

Philosophe sentimental et ridicule


J’écris des essais parce que je n'ai pas eu le talent de composer des chansons sentimentales. Même ridicules. D’ailleurs, comme l'aurait dit Fernando Pessoa, toutes les chansons sentimentales sont ridicules mais, à la vérité, ce sont les gens qui n’écoutent pas les chansons sentimentales qui sont ridicules. Voilà pourquoi je réécoute le cœur noyé de nostalgie les chansons sentimentales de mes dix-huit ans, l’âge où je feignais de les trouver ridicules. 


mardi 4 octobre 2011

Bis repetita placent

Quand cet opuscule parut il y a une dizaine d’années sous le double parrainage — au sens mafieux du terme — de l’Infâme R.J. et du joyeux logicien du pire Clément Rosset, il m’attira bien des inimitiés mais, aussi, me permit de connaître de nouveaux amis malfaiteurs. Quand il sortit des presses, je regrettai un peu que le titre ne fût pas présenté sous les belles lettres anglaises qui faisaient tout le chic de la collection «Perspectives critiques». Après quelques années d’«indisponibilité chez l’éditeur », Sur le blabla et le chichi des philosophes reparaît demain avec une nouvelle couverture couleur gris anthracite et, enfin!, l’élégant lettrage. J’imagine la joie de mes lecteurs quand ils verront que la surface du contenant sera en harmonie avec la profondeur du contenu. Ce cinq octobre sera une fête.

vendredi 9 septembre 2011

Généalogie d'une philosophie sans qualités



Je me rappelle la première fois que je découvris la folie. C’était à l’hôpital psychiatrique de Montpellier, dans les années soixante-sept ou soixante-huit. Son directeur était un vieil ami de mes parents, un « colonial » de Dakar, recasé à ce poste, en métropole, juste après l’indépendance des pays de l’Afrique Occidentale Française. Ce type me faisait penser à l’antipathique docteur Müller de Tintin. Il dirigeait son hôpital en maître autoritaire, bénéficiant d’un immense logement de fonction au cœur d’un beau parc et, aussi, du service d’une domesticité recrutée parmi les malades les plus pauvres, et, donc, les plus dociles. Aimant à montrer son pouvoir et sa réussite, il recevait souvent. Comme ma mère, inexplicablement, l’appréciait et répondait à ses invitations, je passai quelques fois de longs séjours de vacances dans son fief où il régnait sur un peuple d’aliénés discrètement encadré par des silhouettes blanches. Nullement psychiatre mais prétendant, en qualité de patron suprême de l’hôpital, jouer un rôle médical, le docteur Müller était fier de nous faire visiter les lieux où l’on traitait les cas graves. Il nous faisait trotter à travers de longs couloirs éclairés par une suite de grandes fenêtres latérales, jusqu’à ce qu’il ordonnât au planton qui nous précédait — son boy de Dakar qu’il avait gardé à ses ordres — d’ouvrir une porte donnant sur la salle des électrochocs, puis une autre trouée d’un hublot: celle d’une cellule capitonnée. La première, carrelée du sol au plafond, avec en son centre un grand lit en fer équipé de sangles, ne me parut pas effrayante. Il ne me vint pas à l’idée qu’on y électrocutait, méthodiquement, des humains et même des enfants. La seconde, en revanche, me frappa d’horreur. Je ne pus m’empêcher de me voir là, enfermé et entravé par une camisole de force, hurlant ma douleur, des heures et des heures, dans une indifférence matelassée. Ayant deviné mon angoisse, Müller me dit, mi-sérieux, mi-plaisant : « Je peux te jeter là-dedans quand je veux ». Je revois encore la face hilare du nègre et, aussi, celle de ma mère où je crus lire une approbation. 


In Le philosophe sans qualités

vendredi 16 juillet 2010

 
"Écouter de la musique est un exercice de métaphysique inconscient."
Arthur Schopenhauer

samedi 10 juillet 2010

Bonjour, grande sœur

"Peut-être faut-il, comme je l'ai toujours fait, haïr la vie dans le fond pour l'aimer sous toutes ses formes."
Françoise Sagan 
Le garde du cœur

mardi 29 juin 2010

IN GIRUM IMUS NOCTE — ou comment, de la croyance en un sens de l'histoire, on passe, in fine, au sentiment que le devenir n'est qu'une rengaine.



Tout jeune déjà, j’aimais me faire remarquer. Au lycée de Biarritz, entre deux cours, ou au Cyrano, le bistrot de l’absentéisme, je m’isolais et me mettais à lire ostensiblement des ouvrages de philosophie afin que les filles me prêtent une nette supériorité intellectuelle par rapport aux autres garçons. Ayant par ailleurs une image de je-m’en-foutiste à soigner, je prenais garde de ne pas paraître absorbé par mes lectures. Mais comme je ne feignais pas pour autant de lire, peu à peu la matière des livres infiltrait mon esprit, faisant de moi un jeune gandin cérébral peu avantagé pour faire battre le cœur des lycéennes biarrotes — plus prompt à chavirer sous le regard délavé d’un surfeur. Cela se passait dans les années soixante-dix qui battaient leur vide. C’est à cette époque que je découvris La société du spectacle. Tout cela pour dire que Guy Debord fut pour moi un philosophe de classe terminale.

vendredi 11 juin 2010




Pour les femmes que j'ai connues, j'espère rester le meilleur de leurs pires souvenirs.

mercredi 9 juin 2010


Adolescent, j'aurais sacrifié tout mon argent de poche pour qu'un chirurgien esthétique creusât sur mon visage ces rides qui ornaient le regard de rapace de Lee Van Cleef. À présent, les coins de mes yeux se craquellent et cela ne me donne pas davantage l'air d'un prédateur. Je ne suis devenu qu'un chasseur de mots en panne de mythologie, cherchant à traquer quelques aphorismes de plus.