samedi 1 mars 2014

Demandez le programme!



Ce soir, à l’heure de l’apéritif, sur le coup de 18h59, je serai sur le plateau de l’émission télévisée «Les grandes questions» — sur la 5 — présentée par Frantz-Olivier Giesbert et, surtout, la charmante Géraldine Muhlmann. Il sera demandé aux invités s’il y a des raisons d’espérer. Je vais tâcher d’ici là, par politesse, d’en trouver au moins une. Mais je ne garantis rien.    


vendredi 7 février 2014

Augustinisme balnéaire


«Combien de fois, mon Dieu, mîtes-vous mon âme à l’épreuve en plaçant de gracieuses créatures sur le chemin qui la menait à Vous. Combien de fois y ai-je vu non pas une exhortation à résister à la concupiscence, mais à y succomber. En me perdant, je me disais que c’était par tant de séduction que se manifestait aussi Votre gloire créatrice.»

Saint Augustin


samedi 1 février 2014

Lettre à Pierre L.


Clément Rosset, Néo-Mexique, juillet 2013

Cher Pierre L.,
Sur votre suggestion, je viens de regarder La Grande Librairie, l’émission de François Busnel. Vous avez raison: Robert Misrahi n’est qu’un triste sire, aussi est-il bien naturel que son petit pensum soit préfacé par Michel Onfray, un type encore plus sinistre que lui. Vous vous demandez quel public le pataquès conceptuel de cet olibrius peut séduire et convaincre. Soyez persuadé que, quand elles liront le titre du produit — La joie d’amour, pour une érotique du bonheur —, nombre de bonnes femmes sous-cultivées et en déficit de séduction se précipiteront dessus. L’ayant feuilleté, elles le rangeront sur une étagère de leur bibliothèque consacrée au thème de l’épanouissement personnel, entre un bréviaire de spiritualité œcuménique de Frédéric Lenoir et un traité de méditation de Matthieu Ricard, et, sans doute, à côté d’un manuel de philosophie appliquée à la vie quotidienne de Roger-Pol Droit — surnommé par ses confrères du journal Le Monde: Roger Poule-Mouillée. Comme vous l’avez remarqué, Clément Rosset semblait perdu sur ce plateau au milieu de ces cuistres bien-pensants et verbeux, l’un prenant la pose du héros attendant la mort, l’autre nous expliquant comment il s’est débarrassé de la peur et nous invitant à suivre son exemple, un autre encore, la face barrée d'un rictus haineux, osant ramener son imbitable science de l’amour. Vous déplorez qu’il ait eu moins de temps de parole que les autres. C’est vrai. Mais Rosset n’en pensait pas moins. Ce n’est donc pas grave. Vous, moi, d’autres happy few qui lisent Rosset depuis longtemps, nous savons que rien n’égale l’humour de ses ouvrages pour aérer une atmosphère intellectuelle chargée de moraline. Nous formons une secte de je-m’en-foutistes de qualité et, comme disait Oscar Wilde, «dans un siècle où l’on ne prend au sérieux que les imbéciles, nous vivons dans la terreur de n’être pas incompris». 

À vous, F.S.              





mardi 21 janvier 2014

Causerie


«[…]Je suis né en 1956 — l'année où Cioran publie La Tentation d’exister. Une croyance africaine prétend que naître c’est remplacer un mort. De qui, alors, sommes-nous le successeur ou le succédané? Impossible de le savoir. Tout au long de notre vie, les mânes d’un être inconnu collent à notre carcasse. Elles ne se détachent de nous que lorsque nous mourons et sans doute ne s’anéantissent-elles qu’à ce moment-là. Je ne saurais dire si je portais un fantôme en moi en venant au monde. En revanche, celui de mon père me hante depuis plus de quarante ans. Il a disparu de ma vie quand j’avais neuf ans — corps et âme. J’ai derrière moi un demi siècle de tristesse, ce qui représente une honnête carrière de philosophe sentimental […]».
In Le Charme des penseurs tristes  


samedi 11 janvier 2014

Niccolo per sempre


«Quand j’étais en grâce auprès du prince et qu’il me prêtait le crédit dû aux conseillers désintéressés, je l’avais dissuadé de céder à son premier mouvement de faire arrêter ce buffone insolent qui amusait les rues de Florence en jouant des fables satiriques et irrévérencieuses de son invention. Je lui montrai que le peuple semblait apprécier l’insolence du larron et, qu’au lieu de le courroucer en le privant de ces petits spectacles malpropres, il était plus sage de lui laisser penser que sa majesté, soucieuse du bien être de ses sujets, était satisfaite de le voir y prendre plaisir. Ayant admis que le remède serait pire que le mal et qu’il y avait plus grande sûreté à ce que la plèbe se divertît au détriment de sa personne plutôt qu’elle s’en prît à son gouvernement, mon maître laissa donc le pendard s’adonner à ses farces jusqu’à ce que son public finît par s’en lasser.»

Nicolas Machiavel
(Lettres à Giacomo Martini)