mercredi 27 avril 2011

Remarquable riquiqui — 2




Étant donné le succès de fréquentation que rencontre ce blogue en raison de sa nouvelle rubrique, l'auteur a le plaisir d'en offrir à ses lecteurs empressés un deuxième volet — en rapport, comme ils le verront, avec le premier.


De même qu’en matière d’idéologie économique on parle à présent de néo-libéralisme, il faut désormais parler en matière de mode philosophique de néo-hédonisme.
Cependant, si les néo-libéraux exaltent un mercantilisme plus radical que les anciens défenseurs du capitalisme, les néo-hédonistes, en revanche, prônent, eu égard aux antiques Cyrénaïques, aux modernes Libertins, ou, tout bonnement, aux actuels activistes de la fête, une conception du plaisir des plus riquiqui.

D’abord, les néo-hédonistes retardent sur leur temps.

Alors que les fanfares de l’Amour et les défilés de la fierté gay rameutent à chaque saison des milliers d’agités du postérieur; alors que les jeunes filles se dénudent toujours plus sur les plages; alors que des clubs de fitness ouvrent partout en ville; alors que les boîtes échangistes se remplissent à mesure que les églises se vident; alors que la pornographie s’impose à la télévision comme un programme normal; alors qu’il est partout question de la bonne bouffe et du bon vin; bref, alors que l’époque sacralise tous les plaisirs du corps, ces gens prétendent que nous nous mortifions sous le pouvoir d’institutions puritaines. À l’évidence, les néo-hédonistes parlent de leur propre misère sensuelle et érotique. Sans doute vivent-ils dans des campagnes reculées où, en fait de débauche, on s’adonne à des bals de villages, des banquets paroissiaux, des tournois de belote.

Ensuite, les néo-hédonistes sont complexés.

Comme l’époque est à la libération des désirs et comme, on le devine, ils appréhendent de donner l’image de tristes sires ou de bonnes femmes coincées, les néo-hédonistes cherchent à ne pas faire tache dans la fête. D’où la seule jouissance à leur portée : célébrer une philosophie des plaisirs en parfait accord avec leurs incurables frustrations — ce qui, bien sûr, ne fait que les souligner.

Enfin les néo-hédonistes sont timorés.

Leur épanouissement libidinal compte moins que le qu’en-dira-t-on. Au cas où leur revendication pourtant toute théorique du plaisir les ferait mal voir auprès de leurs voisins les plus attardés, au cas où ils passeraient aux yeux des gendarmes et de monsieur le curé pour des pervers ou des sybarites sans foi ni loi, les néo-hédonistes s’abritent derrière une maxime de Chamfort trouvée dans un catéchisme philosophique à l’usage des populations rurales : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale.» Comme ils souffrent d’un riquiquisme de l’entendement, cela les arrange, bien sûr, de confondre « morale » et « hédonisme ». Car tout hédoniste véritable sait bien qu’il est impossible de jouir sans faire du mal et de faire du mal sans jouir. 

mardi 19 avril 2011

La horde sauvage




If you cross their way, 
you better make your prayer ! 


De gauche à droite : Le logicien du Pire (Clément Rosset), Le Jusqu'auboutiste de la Mélancolie (Frédéric Pajak, en retrait, comme d'habitude), L'Infâme R.J. (Roland Jaccard), Le Pirate Obsédé Amoureux (Arnaud Le Guern), Le Nihiliste balnéaire (Frédéric Schiffter), Le Marxiste tendance Dou-Wop (Jérôme Leroy, méconnaissable sans ses lunettes noires), Le Faussaire (Dominique Noguez, essayant, avec succès, une tenue d'Homme Invisible).

lundi 18 avril 2011

No se puede vivir sin amar — 6



"Vitalité de l'amour : on ne saurait médire sans injustice d'un sentiment qui a survécu au romantisme et au bidet."


Cioran

mardi 12 avril 2011

No se puede vivir sin amar — 5


Ce qui réconcilie deux amants, ou deux conjoints, après quelques jours de brouille, c’est moins la lassitude ou le malaise de la bouderie, que l’appel du bas-ventre. Aucune discorde amoureuse ou conjugale ne résiste aux injonctions des glandes. 

vendredi 8 avril 2011

L'Ecclésiaste des Jardins du Luxembourg


"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter", écrivait Cioran. Bel éloge de la voluptueuse passion triste. Preuve qu'il n'y a de véritable humour que rabat-joie.

jeudi 7 avril 2011

Grandeur du narcissisme

Quand je noue ma cravate devant mon miroir, la mort, derrière, m’observe à travers le tain.

mardi 5 avril 2011

dimanche 3 avril 2011

Plan de carrière


Pourquoi le mot « dilettantisme » reste introuvable dans les dictionnaires de philosophie? Sans doute parce que ceux qui les rédigent ne soupçonnent même pas que pareil vice existe.

vendredi 1 avril 2011

lundi 21 mars 2011

La guerre est la continuation de la promotion de soi par d'autres moyens


Missile de croisade dressé personnellement par Bernard-Henri Lévy, et confié aux Forces Coalisées du Bien, pour abattre les mauvais libyens et épargner les bons. 

dimanche 20 mars 2011

No se puede vivir sin amar — 3





«Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose.»

Benjamin Constant
Adolphe
      

samedi 19 mars 2011

La sagesse de Woody


Reçu, hier, de l’ami Éric Vartzbed, son dernier opus : Comment Woody Allen peut changer votre vie ­— aux éditions du Seuil. Un traité de cinéphilie et de sagesse comme je les apprécie, à savoir bref — cent pages — et percutant. Un traité de sagesse ? Affirmatif. Car Éric Vartzbed rappelle que de la vision du monde tragique de Woody Allen, répétée dans chacun de ses films sur le mode de la variation, procède un art de vivre sa déprime. Je citerai quelques têtes de chapitres:

Comment ruiner sa vie amoureuse ?
Comment gâcher sa vie avec la religion ?
Comment ne pas devenir ce que l’on est ?
Comment parler pour ne pas se comprendre ?
Comment prospérer grâce au crime ?

 Autant dire que le titre du livre est mensonger. Woody Allen ne changera rien à notre vie. Heureusement, nous avons son cinéma pour ne pas périr de la morale.

mercredi 16 mars 2011

Embarquement pour Cyrène

Alors que j’entendais l’autre jour que des hommes s’entretuaient sur la côte cyrénaïque, je pensai aussitôt à Aristippe qui fit autrefois le voyage de Cyrène à Athènes pour rencontrer Socrate.
Cet apatride spirituel, élégant, et dont la débauche offusquait le puritanisme des Cyniques, fut l’auteur d’une vingtaine de petits traités moraux brillants volatilisés dans le devenir. Formulés en manière de lettres ou d’adresses — Pour Laïs (une courtisane qui devint sa compagne), Pour Arété (sa fille), Aux exilés, Aux mendiants, À ceux qui me reprochent d’aimer le vin, les courtisanes et les banquets, etc. —, ces textes suggèrent qu’Aristippe concevait la philosophie comme un bavardage aimable ou polémique — ce qui ne l’empêchait pas de soutenir par ailleurs que les dieux avaient donné le langage aux hommes pour qu’ils ne se comprennent pas. 
Aristippe n’accordait pas une grande valeur à la vie ni une grande estime aux humains. On ne changera rien à la confusion de la matière et des apparences. S’attellerait-on à la tâche, on ajouterait le chaos au chaos. À quoi bon gesticuler et se fatiguer davantage ? La sagesse en appelle à l’abstention de toute action et à se limiter à quelques plaisirs. À défaut de se connaître soi-même, puisque l’âme n’existe pas, chacun peut dresser la liste subjective des biens qui réjouissent son corps, qui, très vite, n’existera plus. Comme les douleurs, et même s’ils s’avèrent plus rares et moins durables, les plaisirs ponctuent les jours et les nuits. À chacun de faire preuve du talent de n’en bouder aucun, surtout s’ils ont tous l’arrière-goût faisandé de la mort.

jeudi 10 mars 2011

Du nihilisme comme de l'un des beaux-arts (suite)



« N’importe ce que l’on encense, on est la proie de l’ombre et de la dissolution, n’importe ce que l’on adore, on n’évitera rien, les bons et les méchants n’ont qu’une seule destinée, un seul abîme accueille les saints et les monstres, l’idée du juste et de l’injuste n’a jamais été qu’un délire, auquel nous sommes attachés pour des raisons de convenance. »
Albert Caraco
Bréviaire du chaos