samedi 19 mai 2018

Otium cum litteris — XII

Gabriela Manzoni

«Si j’ai un jour arrêté d’écrire, c’est parce que, simplement, je me suis mis à douter de tout. De moi, du sens de mon travail et de l’intérêt des livres en général. Quand on se met à réfléchir à ce genre de problèmes, cela signifie qu’on a déjà basculé de l’autre côté. Publier demande un minimum de foi, d’orgueil et d’aveuglement. Or, je ne possède plus aucun de ces sentiments énergétiques. Je n’ai plus la vitalité ou l’innocence qui permet d’avancer d’un jour sur l’autre, de passer d’une phrase à la suivante. Tout au plus suis-je désormais capable de décrire les symptômes de ma paralysie, de me livrer moi-même à une médiocre autopsie de ma vie. Alors quand un individu dans votre genre me demande le pourquoi de mon retrait, j’invoque systématiquement la paresse. Je n’ai jamais fait partie, cher Hans, de ceux qui croient que l’écriture est une activité noble. Un romancier n’a jamais été pour moi autre chose que le résultat d’un croisement hybride entre un grammairien et un concessionnaire Toyota. Je me comprends.»
Jean-Paul Dubois Kennedy et moi

mardi 8 mai 2018

Incipit sans suite — 16


Elle en voulait à ses parents de l’avoir fait naître en novembre, le mois où son anniversaire coïnciderait avec l’interminable disparition de l’été.


dimanche 22 avril 2018

Otium cum litteris —XI



Mon éditeur m’apprend que mes Journées perdues sont épuisées. Dans un pays où les citoyens ont voté pour un parti portant le nom vulgaire de En marche !, je me félicite du succès de mon éloge de l’immobilité. Après les concepts de chichi, de blabla, de gnangnan, je projetais l’idée d’en peaufiner un autre, en vue de fonder une éthique, à savoir le concept de planplan. Eh bien, ma Philosophie du planplan, je considère qu’elle se trouve pour l’essentiel dans mes Journées perdues. Il n'y aura pas un retirage du bouquin. Tant pis pour ceux qui ne se sont pas empressés de se le procurer.
L’été se faufile en plein mois d’avril. Il est des resquilleurs plus indésirables. J’en profite pour reprendre mes habitudes oblomoviennes sur la terrasse. Allongé sur mon canapé d’extérieur, je lis L’Endroit du paradis, le dernier opus de Clément Rosset (Encre marine). «Dès lors que règne la joie de vivre, il n’est aucun fait, aucune circonstance qui puissent la perturber ou la contrarier». Pardon, Clément, mais ta mort, pour tes amis, ce n’est pas la joie, comme on dit.
Sur les conseils de Guy Karl (clic), je lis aussi L’Anxiété de Lucrèce, un livre que le Dr Benjamin-Joseph Logre écrivit pendant l’Occupation alors qu’il se cachait des nazis. Pour le psychiatre, il convient de lire le De Natura rerum comme les confessions d’un mélancolique, comme «le récit d’un drame intérieur» et, aussi, comme l’effort spirituel du poète pour se délivrer de la «tyrannie de l’angoisse». Une ascèse vouée à l’échec. Car Logre donne raison à saint Jérôme: Lucrèce se suicida. Pour le fervent disciple d’Épicure, la seule ataraxie fut la mort. Sans être psychiatre ni philosophe, je me demande si elle n’est pas la seule ataraxie pour tous. 


samedi 24 mars 2018

Incipit sans suite — 15


1975. C’est à Maui, sur la vague de Pu’Unoa Beach, qu’elle ferait ses premiers pas sur l’élément imprévisible du temps.

mercredi 21 mars 2018

Incipit sans suite — 14


1971. Elle abordait un âge où elle était pressée d’être adulte mais sans renoncer à l’enfance.