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mercredi 24 juillet 2013

Ad usum mei — 20


Pour les ennemis de la solitude, du silence et de l’ennui, c’est toujours une aubaine quand une ville célèbre ses fêtes. Quatre jours durant, le grégarisme, le boucan et la vulgarité, revêtus de l'uniforme blanc et rouge, régneront sans partage et ad libitum sur Bayonne. Les ruelles du quartier le plus populeux changeront de nom. La rue Pannecau deviendra rue du Pissat, celle des Cordeliers rue du Vomi, la place Saint-André place des Miasmes. Les quais de la Nive, de l’Adour, les remparts, seront les lieux recherchés des rixes, des viols et des comas éthyliques. L’intérêt est que, pendant cette parenthèse dionysiaque et conviviale, les plages et les vagues verront une baisse sensible de fréquentation. L’abrutissement de la foule en liesse fait parfois la félicité du petit nombre des cœurs mélancoliques et balnéaires. 


jeudi 21 juin 2012

Ne pas oublier Muray


« […]Notre monde est le premier à avoir inventé des instruments de persécution ou de destruction sonores assez puissants pour qu'il ne soit même plus nécessaire d'aller physiquement fracasser les vitres ou les portes des maisons dans lesquelles se terrent ceux qui cherchent à s'exclure de lui, et sont donc ses ennemis. A ce propos, je dois avouer mon étonnement de n'avoir nulle part songé, en 1991, à outrager comme il se devait le plus galonné des festivocrates, je veux parler de Jack Lang ; lequel ne se contente plus d'avoir autrefois imposé ce viol protégé et moralisé qu'on appelle Fête de la Musique, mais entend s'illustrer encore par de nouveaux forfaits, à commencer par la greffe dans Paris de la Love Parade de Berlin. Je suis véritablement chagriné de n'avoir pas alors fait la moindre allusion à ce dindon suréminent de la farce festive, cette ganache dissertante pour Corso fleuri, ce Jocrisse du potlatch, cette combinaison parfaite et tartuffière de l'escroquerie du Bien et des méfaits de la Fête. L'oubli est réparé.[…] »

Philippe Muray


samedi 22 octobre 2011

Aspect actuel et particulier du " señoritisme" (suite)


La France change-t-elle beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément que ne le voudrait le président Sarkozy ? Désormais, quand ce dernier s'agite ici ou là pour le gévin, l’Europe, la Libye, le repeuplement du pays, personne ne s'en aperçoit. Il en va de même pour Bernard-Henri Lévy qui eût tellement aimé que ses compatriotes saluassent en lui l’intellectuel engagé et courageux ayant épargné aux Libyens un bain de sang — qui a eu lieu. Ce qui était ignorer deux choses : 1) la lassitude des Français à le voir gesticuler toute houppette martiale dressée sur la tête à la moindre guerre civile qui éclate, et 2) leur indifférence à l’égard de la prétendue révolution libyenne. Nul doute que l’intéressé considère la première raison du silence qui entoure son héroïsme comme étant la plus grave, mais c’est la seconde qui compte. Car dans cette affaire libyenne, personne en France n’a cru qu’il s’agissait pour l’OTAN de sauver les populations civiles et d’aider un mouvement démocratique, mais de remplacer un dirigeant incontrôlable par une équipe jugée, sans discernement, plus soumise aux puissances occidentales. Les discours lénifiants de BHL sur la liberté des peuples ne sont plus audibles. Les Afghans retrouvent les Talibans. Les Irakiens s’apprêtent à fonder une république chiite. En Tunisie les salafistes la ramènent. En Égypte l’armée pactise avec les Frères Musulmans. Le printemps arabe annonce un long hiver islamiste. Nous entrons dans l’automne et les premières glaces viennent de saisir la Libye.       


mardi 21 juin 2011

L'horreur festive


« “Si tu ne viens pas à la fête, la fête viendra à toi.“ C'est l'exacte traduction moderne, ou la paraphrase candidement actualisée, et géographiquement amplifiée, de ce qu'annonçait je ne sais plus quel dignitaire nazi juste après l'arrivée de Hitler au pouvoir : "A partir d'aujourd'hui, plus personne en Allemagne ne sera seul." A cet avertissement infâme, on s'est simplement chargé, comme au reste, de mettre un nez rouge. » 

Philippe Muray

mardi 16 novembre 2010

Tape à l'œil contemporain

 


"Une œuvre d'art, aujourd'hui, c'est n'importe quel objet qui coûte cher."

Nicolas Gómez Dávila

mardi 2 novembre 2010

Jacques Mesrine a été assassiné le 2 novembre 1979

 



Le Mitard

Oui, Madame !
Il tourne, il tourne en des milliers de pas qui ne mènent nulle part
Dans un monde-béton, aux arbres de barreaux fleuris de désespoir
Inhumain…, rétréci…, sans aucun lendemain. 
Sa pitance est glissée sous une grille à terre
Et dans un bol l’eau… pour qu’il se désaltère.
Il est seul, sans soleil
Et n’a même plus son ombre.
Infidèle compagne, elle s’en est allée
Refusant d’être esclave de ce vivant mort-né.
Il tourne…, Il tourne et retournera toujours
Jusqu’au jour où vaincu en animal blessé
Après avoir gémi en une unique plainte
Il tombera à terre et se laissera crever
Pour trouver dans la mort sa seule liberté.
Je vous vois une larme… !
Pourquoi vous attrister ?
«Pauvre chien», me dites-vous !
En voilà une erreur…
C’est un homme, Madame,
Il est emprisonné.
C’est celui que vos pairs ont si bien condamné
En rendant la justice au nom des libertés.

Jacques Mesrine

Fleury-Mérogis…
Un jour de septembre 1976 où j’existais si peu
Que je n’étais même pas personne.

L’Instinct de mort
(Éditions Champ Libre -1984)

dimanche 24 octobre 2010

La suprématie de l'incertain


"Dans les châteaux de ma solitude, les échos sont congédiés."

"Les grabataires voient le ciel à sa juste hauteur."

"Contre moi, il n'y a pas de remède."

"Le vieux mourut dans la boue de Champagne. Le fils dans la crasse d'Espagne. Le petit s'obstinait à rester propre. Les Allemands en firent du savon..."

Paul Valet

dimanche 5 septembre 2010

Bonne nouvelle

Une dépêche de ce jour signale que l'organisation E.T.A. a déclaré un cessez-le-feu — ce qui signifie, non pas que cette bande de têtes de mort racistes et totalitaires, qui ne vaincra ni ne convaincra jamais, a enfin compris que les Basques se foutaient de la cause basque, mais qu'elle est "militairement" défaite. Quantité de personnes sur qui pesait une menace d'assassinat — une fatwa patriotique — vont pouvoir souffler, notamment le philosophe Fernando Savater. Vive le Pays basque libéré de l'E.T.A.!

lundi 19 juillet 2010

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

Une idéologie est une éthique à l'usage des masses — qui en sont toujours friandes. Justice, Bien, Bonheur, Égalité, Race, Partage, Progrès, Fraternité, Communauté, etc., autant de foutaises portant majuscule qui les enfièvrent et les mènent à l'abattoir. C'est sans doute pourquoi, entendant son ami Bertrand Russel lui tenir un langage humaniste lénifiant, Ludwig Wittgenstein lui déclara : "La tyrannie ne provoque en moi aucune indignation." Et quand, un jour, Russel annonce à Wittgenstein qu'il compte créer une Organisation pour la Paix et la Liberté, ce dernier ricane. "Je suppose, dit alors Russel, que pour votre part vous préféreriez fonder une organisation en faveur de la guerre et de l'esclavage ?" Et Wittgenstein de rétorquer : "Oui ! Sans la moindre hésitation !"

samedi 3 juillet 2010

Cigarettes, ouiskie et feux follets


"Les jeunes filles m'aident à supporter l'immonde."
Arnaud Le Guern
Du soufre au cœur