Mon parc (vue partielle)
En ce deuxième jour de confinement forcé, je cherche un thème à creuser, une anecdote à raconter. Je suis écrivain. Je devrais savoir tirer profit de cette situation particulière pour exposer les pensées ou les sentiments qu’elle suscite en moi. Or, elle ne m’inspire rien. Pas la moindre considération sur le spectacle d’une société soumise à une sorte de couvre-feu. Mon inquiétude, réelle, demeure à l’état d’émotion stérile. J’ai la sensation que mes facultés intellectuelles se sont confinées d’elles-mêmes à l’intérieur de mon crâne. Pour tenter de les dégourdir, je prends un roman lu autrefois mais mon attention flanche au bout de quelques pages. Je me résigne donc à l’idée que je ne suis ni un écrivain ni un lecteur. Je ne m’en blâme pas pour autant. Aujourd’hui comme hier, je vais prendre un bain en écoutant une émission de France Culture. J’aime bien somnoler dans l’eau chaude avec les voix de gens doctes en fond sonore. Cependant, je ne me raserai pas. Me laisser pousser la barbe, c’est ce que je fais de mieux.
