Fan du PSQ photographiée lors d'une éclaircie
L’ennui avec le temps
maussade, c’est qu’il nourrit la conversation des gens qui n’en ont pas — de
conversation. Surtout, il devient un sujet de plainte comme si le printemps devait
tenir ses belles promesses. Où sont passées les journées ensoleillées et les
douces températures ? Qu’il n’y ait nul responsable auquel on puisse
imputer pareille défection, rajoute au ressentiment général. Dès lors, non
seulement il me faut endurer la pluie, mais aussi l’indignation météorologique
de mes contemporains. Je préfère de loin la première.
L’avantage du mauvais
temps est qu’il vous contraint à rester chez vous et à vous convertir au
stoïcisme, c’est-à-dire à faire de nécessité vertu. En l’occurrence, j’en
profite pour rendre visite aux livres de ma bibliothèque — celle des romans,
les livres de philosophie étant «rangés» ailleurs. J’en prends un,
je le feuillette, je le repose. Parfois, je relis un passage que j’avais
souligné jadis au crayon. Il m’arrive d’en percevoir toujours la beauté ou la
pertinence. C’est même le cas à chaque fois — ce qui m’incite à penser que le
moi dont je suis doté aujourd’hui reste dans la lignée spirituelle ou
esthétique du moi d’alors. D’où vient cette continuité dans les pensées ou le
goût? Question ou fausse question que je laisse en suspens. Je me
contenterai de me dire que vieillir n’est pas changer. On rompt avec quelques
habitudes et on prend d’autres plis. Rien de radical. L’homme est l’animal
petit-bourgeois. Là où j’ai changé, en revanche, c’est dans le fait que je lis
de moins en moins de romans et que je ne souligne plus aucune phrase au crayon.
Les phrases qui me plaisent, j’ai coutume depuis un certain temps de les écrire
moi-même et de les compiler dans des volumes. Même par temps de pluie, je n’ai
pas le désir de les feuilleter. Reste mon blogue que j’ai de plus en plus la
flemme de tenir. Mais je m’y efforce. Nulla
dies sine linea. Bonne méthode pour ne pas laisser rouiller son esprit et
son style. Pour ma part, je ramollis la maxime. Pas une semaine sans une ligne.
Dieu se reposa le septième jour qui suivit la Création. Je fais aussi dans l'hebdomadaire. Mais j’ai opté pour le
rythme inverse. Je paresse six jours et j’écris le septième.
