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jeudi 18 octobre 2018

Réédition de LA BEAUTÉ, UNE ÉDUCATION ESTHÉTIQUE


Les premières pages: 
"Dans Éthique et Infini, Emmanuel Levinas affirme que si nous nous attardons à détailler les traits d’un prochain, nous frôlons le meurtre: en contemplant sa physionomie, nous ne lisons pas le «Tu ne tueras point!» que Dieu, selon lui, aurait inscrit sur la partie la plus nue de son corps. «La peau du visage est celle qui reste la plus nue […] bien que d’une nudité décente. Il y a dans le visage une exposition sans défense. Une pauvreté essentielle… La preuve en est qu’on essaie de masquer cette pauvreté en se donnant des poses, une contenance.» En ne prenant pas garde à la «nudité» du visage de l’autre, nous oublions le devoir de nous en rendre responsables. «Lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire […] vous vous tournez vers autrui comme vers un objet.» Aussi, dit Levinas, quand nous rencontrons quelqu’un, l’unique attitude éthique à tenir à son égard «est de ne même pas remarquer la couleur de ses yeux».
Le propos de Levinas est d’une subtilité telle que je ne l’ai jamais lu qu’en ayant le sentiment d’avoir affaire à une supercherie. N’est-ce pas par le visage que l’autre me signale d’emblée sa singulière altérité? Qu’est-ce qu’un visage dépourvu de nez, de front, de menton, d’yeux, sinon celui d’un fantôme, d’une musulmane recouverte de sa burqa, d’un militant du Ku-Klux-Klan affublé d’une cagoule, d’un futur pendu dont on a caché la tête sous un sac? Ne pas prêter attention au visage de quelqu’un, n’en être pas curieux, qu’est-ce d’autre sinon une marque d’indifférence ou de mépris? Étrange éthique qui exige que l’on commence par adresser une fin de non-percevoir à la singularité charnelle de son prochain.
Comment perçoit-on la «nudité» d’un visage, surtout s’il est un beau visage de femme? Car, en ce cas, c’est la beauté qui trouble le contemplateur, à tel point que, se sentant dans ce dénuement qu’on appelle la timidité, le voilà en lutte contre lui-même pour garder une contenance. C’est pour cette raison même que je ne donne pas davantage raison à Spinoza quand il déclare que la beauté n’existe que par la grâce d’un désir: on ne désire pas une femme parce qu’elle est belle, dit-il, mais une femme est belle parce qu’on la désire. De là, on sait, sourd la fameuse théorie de la cristallisation — reprise par Stendhal mais que Spinoza emprunta lui-même à Lucrèce — selon quoi, aiguisée par le désir, l’imagination en embellit l’objet. Difficile de ne pas entendre-là, dans ce discours qui réduit la beauté à une hallucination excitée et excitante, l’aveu d’une détresse sexuelle. Surtout, le propos spinoziste manque son but à mêler désir et regard. Sur ce point, Kant s’avère d’une plus grande perspicacité que Spinoza. Pour le solitaire de Königsberg, la question n’est pas de savoir si une femme est attirante parce qu’elle est belle ou belle parce qu’elle est attirante, mais de constater qu’une belle femme n’est pas désirable. Dans la mesure où le beau suscite un plaisir de contemplation, une belle femme relègue un homme à une distance respectueuse, nécessaire au seul désir qui s’impose en cet instant: le désir désintéressé — détaché (provisoirement, du moins) d’une finalité sexuelle — de regarder sa beauté."

lundi 25 mai 2015

De la mission évangélique de Daesh — 3


«En ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer, une de leur côté, une autre du côté de l'Église. De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont mérité non seulement d'être séparés de l'Église par l'excommunication, mais aussi d'être retranchés du monde par la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l'âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu'ils sont convaincus d'hérésie, peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort. »

Saint Thomas
Somme Théologique IIa IIae
Question 11, article 3



jeudi 21 mai 2015

De la mission évangélique de Daesh — 2


"[Que] les femmes portent une tenue décente, avec pudeur et modestie, plutôt que de se parer de tresses, d’or ou de perles, ou de vêtements précieux.
Ce qui convient à des femmes qui veulent exprimer leur piété envers Dieu, c’est de faire le bien.
Que la femme reçoive l’instruction en silence, en toute soumission.
Je ne permets pas à une femme d’enseigner, ni de dominer son mari: qu'elle reste effacée.
Rappelons-nous: Adam a été créé le premier et Ève ensuite.
Or ce n’est pas Adam qui a été séduit par le serpent, c’est la femme qui s’est laissé séduire et qui a chu dans la transgression.
Mais la femme sera sauvée à condition de devenir mère, de s'en tenir avec discrétion à la foi, à la charité et à la recherche de la sainteté."
Saint Paul à Timothée (Chap. II)

lundi 18 mai 2015

De la mission évangélique de Daesh


AGORA de Alejadro Amenabar

(Destruction de la bibliothèque d'Alexandrie 
ordonnée en 391 par le patriarche Théophile et 
perpétrée par les Soldats du Christ.) 


« LES APOTRES, EN PRÊCHANT LA DESTRUCTION DES IDOLES, NE SE SONT PAS ÉCARTÉS DE LA DOCTRINE DE JÉSUS ET DES PROPHÈTES. 
 
Toutefois, [les bien pensants] s'efforcent de persuader que ce n'est point la doctrine de Jésus-Christ mais bien celle des disciples qui a déterminé le renversement des temples païens, l'abolition des sacrifices et la ruine des idoles: ils prétendent que les Apôtres n'ont pas gardé l'enseignement de leur maître. Ainsi, en honorant et en louant Jésus-Christ, ils veulent détruire la foi chrétienne, puisque c'est par les disciples de Jésus-Christ que le monde a connu ses actions et ses paroles, objets de la religion chrétienne, contre laquelle un petit nombre de païens, déjà las du combat, s'obstinent néanmoins à murmurer quelques pitoyables objections. Mais si [ces bien-pensants] ne veulent pas croire que la doctrine de Jésus-Christ est publiée par l'enseignement des Apôtres, nous les prions de lire les prophètes qui, non-seulement ont prescrit de détruire le faux culte des idoles, mais qui ont même annoncé que cette destruction se ferait dans les temps chrétiens. Si les prophètes ont menti, d'où vient que leurs prédictions se sont accomplies avec tant d'éclat? Et s'ils ont dit vrai, pourquoi résister à de telles prédictions, marques infaillibles de la divinité de Celui dont ils étaient les interprètes ? »
Saint Augustin
Accord des Évangélistes (Chapitre XVI)

samedi 1 février 2014

Lettre à Pierre L.


Clément Rosset, Néo-Mexique, juillet 2013

Cher Pierre L.,
Sur votre suggestion, je viens de regarder La Grande Librairie, l’émission de François Busnel. Vous avez raison: Robert Misrahi n’est qu’un triste sire, aussi est-il bien naturel que son petit pensum soit préfacé par Michel Onfray, un type encore plus sinistre que lui. Vous vous demandez quel public le pataquès conceptuel de cet olibrius peut séduire et convaincre. Soyez persuadé que, quand elles liront le titre du produit — La joie d’amour, pour une érotique du bonheur —, nombre de bonnes femmes sous-cultivées et en déficit de séduction se précipiteront dessus. L’ayant feuilleté, elles le rangeront sur une étagère de leur bibliothèque consacrée au thème de l’épanouissement personnel, entre un bréviaire de spiritualité œcuménique de Frédéric Lenoir et un traité de méditation de Matthieu Ricard, et, sans doute, à côté d’un manuel de philosophie appliquée à la vie quotidienne de Roger-Pol Droit — surnommé par ses confrères du journal Le Monde: Roger Poule-Mouillée. Comme vous l’avez remarqué, Clément Rosset semblait perdu sur ce plateau au milieu de ces cuistres bien-pensants et verbeux, l’un prenant la pose du héros attendant la mort, l’autre nous expliquant comment il s’est débarrassé de la peur et nous invitant à suivre son exemple, un autre encore, la face barrée d'un rictus haineux, osant ramener son imbitable science de l’amour. Vous déplorez qu’il ait eu moins de temps de parole que les autres. C’est vrai. Mais Rosset n’en pensait pas moins. Ce n’est donc pas grave. Vous, moi, d’autres happy few qui lisent Rosset depuis longtemps, nous savons que rien n’égale l’humour de ses ouvrages pour aérer une atmosphère intellectuelle chargée de moraline. Nous formons une secte de je-m’en-foutistes de qualité et, comme disait Oscar Wilde, «dans un siècle où l’on ne prend au sérieux que les imbéciles, nous vivons dans la terreur de n’être pas incompris». 

À vous, F.S.              





vendredi 13 septembre 2013

Démenti



Il y a quelques mois, une page Facebook consacrée à la satire du personnage, des discours et des cours de Michel Onfray a été ouverte. Elle s’ouvre sur un texte tiré de mon blogue. Du coup, circule le ragot selon quoi que je serais derrière pareille entreprise facebouquienne. Je tiens à le démentir formellement. Je ne suis en rien associé à la publication de cette page que je juge plutôt indigente. Mes critiques à l’égard d’Onfray figurent dans mes livres et dans les billets affichés ici(CLIC). Contrairement aux individus qui se cachent derrière l’enseigne «MOLCGDC», je n’écris rien dans l’anonymat.