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vendredi 26 mai 2023

Chez Lapérouse


    Frédéric Beigbeder m'a reçu chez Lapérouse, maison de plaisirs, pour que nous devisions de mon roman, Rétrécissement (clic). Je le remercie. 


 

vendredi 21 août 2020

Les Belles Pages de Guéthary


Plage de la Côte des Basques, août 2020



— Tu sais que Frédéric Schiffter dédicacera son roman, Jamais la même vague (clic), le vendredi 28 août après-midi, aux Belles Pages de Guéthary? 
— Évidemment! Il rencontrera même Frédéric Beigbeder à 18h pour papoter en public de littérature.
— Tu as lu le roman de Schiffter?
— J'en ai même retenu par cœur ce passage: "La nuit avançait. Alice dormait depuis des heures. Boris l’aurait bien imitée, mais le sommeil le boudait. Il posa sur le tapis le dossier Martin/Milán et s’allongea plus confortablement sur le canapé. En face de lui, à peine éclairée par la lueur de la lampe du salon, la bibliothèque étalait les romans qu’il entassait depuis des années remontant au temps du lycée. Si on pouvait le qualifier de conservateur, c’était pour sa manie de garder les livres qu’il avait achetés, et parfois volés, au cours des décennies passées. Il avait devant les yeux les chapitres de son existence qui témoignaient autant de sa passion pour de grands auteurs que de ses toquades pour des littérateurs mineurs. Il lui était difficile de dire combien il possédait d’ouvrages. À vrai dire, peu lui importait leur nombre. Il avait besoin de leur présence. Ils étaient de vieux amis auxquels il tenait. Toutefois, un temps, il leur en voulut. Quand, durant ses années d’études, il eut le désir de se mettre à écrire, il lui sembla que les mânes de Balzac, de Flaubert, de Maupassant, de Proust, ou d’autres, s’échappaient des rayonnages et rôdaient autour de son bureau. Il les entendait ricaner en sourdine de sa prétention à puiser dans le trésor des mots afin de décrire, comme eux, des situations, des paysages, des sentiments, des caractères, des destinées. Peut-être était-ce cette humiliation que ressentait Arnaud, lui qui, depuis des mois, avait laissé en plan son roman. Contrairement à quantité de gens de sa génération qui connurent le folklore contestataire, Boris n’avait jamais cru à l’idée que n’importe quel individu jouissait d’une créativité qui ne demanderait qu’à s’exprimer. Autour de lui des amis, des camarades de faculté, des copains en général, se lancèrent dans l’écriture, d’autres dans la peinture, d’autres, encore, dans la musique. Les plus pressés à vouloir montrer leur génie allèrent à la photographie. Ils lancèrent des revues, participèrent à ce qu’ils appelaient des aventures éditoriales, ouvrirent des galeries, des lieux d’expression, des espaces d’exposition et de concerts. Ils ne manquaient ni d’idées, ni de projets, ni de persévérance. Une euphorie les poussait à partir en guerre contre les vieux schémas. Ils avaient tellement de choses à dire! Dans les années 80, Boris eut une courte histoire avec une fille, Valérie, qui, portée par ce vent de liberté, se mit en tête de se réaliser dans l’art total. Elle écrivait des monologues de théâtre qu’elle allait interpréter au festival off d’Avignon. Pendant qu’elle jouait sur un minuscule praticable aménagé dans une cave, on entendait une musique composée par elle-même sur un synthétiseur et, au lieu de construire un décor, elle avait imaginé de projeter sur la scène — où, souvent, elle se dénudait et dansait — des diapositives de tableaux qu’elle avait peints entre deux phases d’écriture. Quand les caméras vidéo portatives arrivèrent sur le marché, elle vit là l’aubaine d’expérimenter une pratique de l’image qui viendrait s’intégrer dans l’ensemble de sa démarche esthétique et qui l’acheminerait vers le cinéma. Boris aimait bien Valérie, mais il la quitta en lui faisant valoir qu’il serait mieux pour elle de ne plus avoir à ses côtés un type comme lui trop coincé pour apprécier sa subjectivité jaillissante. En attendant, les efforts de tous les petits talents dans le genre de Valérie furent récompensés. Les festivals, les salons, les rencontres, les forums, promus, soutenus et subventionnés par l’État, les régions, les villes, des banques, des entreprises, et conçus pour ameuter des foules friandes d’événements innovants et festifs, finissaient par officialiser les plus opportunistes d’entre ces acteurs culturels et par consacrer leurs créations. Plus Boris compta de néo-artistes dans son milieu, plus son désir d’écrire s’épuisa. Perdu pour la littérature, il se rabattit donc sur les études juridiques et s’en tint à sa qualité d’«honnête homme», continuant à cultiver le goût pour des arts d’autres temps."
— Quelle mémoire! Tu es fan, je vois. J'irai avec toi à Guéthary. Après la séance de dédicace, Frédéric Schiffter nous invitera peut-être à boire un verre au Madrid. Nous prendrons garde à la douceur des choses.  

vendredi 1 mai 2015

Aspect narcissique et reposant du nihilisme balnéaire



«Toi aussi quitte à la première occasion le vacarme, l’affairement dans le vide, ton boulot sans aucun intérêt, et consacre-toi au repos studieux. Comme le dit avec finesse ce cher Atilius: mieux vaut être oisif que de s’agiter à ne rien faire !».
Pline Le Jeune

lundi 16 juin 2014

Biarritz au crépuscule

Photographie de Claude Nori

Au pied du château d’Ilbarritz, ce samedi 14 juin 2014.
Pendant que la noce s’égaye, Michel H. m’invite à m’asseoir auprès de lui. Le soleil baisse et nous pouvons le regarder fixement. Il arbore un beau rouge, doux et flou.
— Regardez, Frédéric, les êtres qui vont mourir ne peuvent pas rater ce spectacle.
— J’habite ici depuis longtemps, vous savez. Je ne me prive jamais d’un coucher de soleil.
Michel H. se tait. Il contemple l’océan gagné peu à peu par le crépuscule. Il demeure silencieux, tétant sa cigarette qu’il tient entre l’annulaire et le majeur. Je ne le dérange pas dans ses pensées.
— Vous avez raison, Frédéric, marmonne-t-il au bout de cinq minutes les yeux rivés sur l’horizon: Nietzsche n’a pas l’envergure qu’on lui prête (Je comprends qu’il repense à la conversation que nous avons eue il y a quelques heures). Mais c’est normal: il a été écrasé par le génie de ses maîtres en philosophie et en musique. Schopenhauer et Wagner l’ont étouffé.
Un long moment passe. Derrière nous on joue de vieux boogie-woogies, des mambos, des chachachas. Des rires et des petits cris féminins se mêlent au bruit du ressac. Je songe à Wagner, à Strauss, à son inaudible Ainsi parlait Zarathoustra… Nietzsche aurait-il aimé danser le rock avec Lou?
— Cette Lou, c’était une salope ! s’écrie soudain Michel H. (Je me dis qu’il n’y a rien de surprenant dans ce télescopage mental. Quand on pense à Nietzsche, on pense à Lou.)
Je m’apprête à poursuivre notre conversation sur ce thème, mais je m’aperçois que mon interlocuteur s’est absenté de l’autre côté de la mer ou, peut-être, s’est-il perdu au fond de lui.
Comme le soleil a disparu, je lui propose d’aller dîner.       
En se levant, Michel H. me prend par le bras. En montant les marches recouvertes de sable qui mènent au restaurant, il s’arrête et me dit:
— Pour moi la partie n’a plus de sens depuis longtemps. J’ai vu tout le dessous des cartes.  



mercredi 14 novembre 2012

Cool summer memory


Guéthary - Juillet 2012

F.S.: Dis, Frédéric. Pourquoi lire? Pourquoi écrire?

F.B.: Je lis pour passer le temps et j'écris pour le retenir.