Causerie entre l'ami Christophe Puyou et votre serviteur, avec, dans le rôle du "modérateur", le vigilant et aimable Emmanuel Planes.
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mercredi 15 janvier 2020
lundi 3 mars 2014
mercredi 17 octobre 2012
Fin de la Corée du sud
The Devils — Ken Russel (1971)
Nous sommes inquiets. À Séoul, la Commission Éthique des Publications revient sur sa décision d'interdire les Cent-vingt journées de Sodome du marquis de Sade. Heureusement, elle n'en autorise pas la vente (sous papier plastifié) aux jeunes gens et aux jeunes filles de moins de dix-neuf ans. Nous ignorons si cette demi-mesure de prohibition s'étendra au Dialogue entre un prêtre et un moribond, ouvrage pseudo-philosophique dont l'obscénité atteint pourtant des sommets comme on peut en juger avec l'extrait suivant, insoutenable:
" […] — Le Moribond: La raison, mon ami, oui, la raison toute seule doit nous avertir que de nuire à nos semblables ne peut jamais nous rendre heureux, et notre cœur, que de contribuer à leur félicité, est la plus grande pour nous que la nature nous ait accordée sur la terre; toute la morale humaine est renfermée dans ce seul mot: rendre les autres aussi heureux que l'on désire de l'être soi-même et ne leur jamais faire plus de mal que nous n'en voudrions recevoir. Voilà, mon ami, voilà les seuls principes que nous devrions suivre et il n'y a besoin ni de religion, ni de dieu pour goûter et admettre ceux-là, il n'est besoin que d'un bon coeur.
Mais je sens que je m'affaiblis, prédicant, quitte tes préjugés, sois homme, sois humain, sans crainte et sans espérance; laisse là tes dieux et tes religions; tout cela n'est bon qu'à mettre le fer à la main des hommes, et le seul nom de toutes ces horreurs a plus fait verser de sang sur la terre, que toutes les autres guerres et les autres fléaux à la fois. Renonce à l'idée d'un autre monde, il n'y en a point, mais ne renonce pas au plaisir d'être heureux et d'en faire en celui-ci. Voilà la seule façon que la nature t'offre de doubler ton existence ou de l'étendre. Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l'ai encensée toute ma vie, et j'ai voulu la terminer dans ses bras: ma fin approche, six femmes plus belles que le jour sont dans ce cabinet voisin, je les réservais pour ce moment-ci, prends-en ta part, tâche d'oublier sur leurs seins à mon exemple tous les vains sophismes de la superstition, et toutes les imbéciles erreurs de l'hypocrisie[…]."
Mais je sens que je m'affaiblis, prédicant, quitte tes préjugés, sois homme, sois humain, sans crainte et sans espérance; laisse là tes dieux et tes religions; tout cela n'est bon qu'à mettre le fer à la main des hommes, et le seul nom de toutes ces horreurs a plus fait verser de sang sur la terre, que toutes les autres guerres et les autres fléaux à la fois. Renonce à l'idée d'un autre monde, il n'y en a point, mais ne renonce pas au plaisir d'être heureux et d'en faire en celui-ci. Voilà la seule façon que la nature t'offre de doubler ton existence ou de l'étendre. Mon ami, la volupté fut toujours le plus cher de mes biens, je l'ai encensée toute ma vie, et j'ai voulu la terminer dans ses bras: ma fin approche, six femmes plus belles que le jour sont dans ce cabinet voisin, je les réservais pour ce moment-ci, prends-en ta part, tâche d'oublier sur leurs seins à mon exemple tous les vains sophismes de la superstition, et toutes les imbéciles erreurs de l'hypocrisie[…]."
Oserons-nous transcrire la scène d'une rare violence par quoi le dialogue se termine? Il le faut afin de comprendre pourquoi nous tenons Sade pour un écrivain malsain:
"[…] Le moribond sonna, les femmes entrèrent et le prédicant devint dans leur bras un homme corrompu par la nature, pour n'avoir pas su expliquer ce que c'était que la nature corrompue.[…]
Libellés :
éros et civilisation
vendredi 21 septembre 2012
Foutredieu !
Jan Saudek
«Un de mes grands plaisirs est de jurer Dieu quand je bande. Il me semble que mon esprit, alors mille fois plus exalté, abhorre et méprise bien mieux cette dégoûtante
chimère…»
Donatien Aldonze François de Sade
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éros et civilisation,
rire des cons et de leurs alliés
mercredi 21 mars 2012
Todestrieb
Salvador Dalí-Portrait de Sigmund Freud
« […] Freud fut pour moi une lecture de lycée et des premières années d’université durant lesquelles je dévorais aussi Zweig, Schnitzler, Roth, et collectionnais les livres d’art consacrés à Schiele, Kokoschka, Klimt. Alors que je cultivais une nostalgie sécessionniste fin de siècle, le psychanalyste autrichien en vogue dans les milieux estudiantins de la gauche révolutionnaire n’était pas Freud mais Wilhelm Reich, inventeur halluciné d’une libido cosmique — «découverte» dont il essaya, à la fin de sa vie, dans son exil américain, de tirer des applications techniques: une machine à guérir le cancer et un «chasseur de nuages». Avant de s’abîmer dans la démence et de finir en prison pour pratique illégale de la médecine, Reich, dans les années trente, fonda le freudo-marxisme en introduisant la doctrine de la lutte des classes dans la théorie de la répression des instincts. […] Pour Reich et ses épigones, le communisme serait les soviets plus l’orgone.
En réalité, la raison pour laquelle les gauchistes des années soixante-dix optaient pour Reich contre Freud [était qu’] ils ne pardonnaient pas à l’auteur de Malaise dans la civilisation d’avoir écrit que l’humain n’était pas un animal débonnaire au «cœur assoiffé d’amour», qui ne fait que se défendre quand on l’attaque, mais un prédateur pour les autres individus de son espèce, «tenté de satisfaire son besoin d’agression à leurs dépens, d’exploiter leur travail sans dédommagement, de les utiliser sexuellement sans leur consentement, de s’emparer de leurs biens, de les humilier, de leur infliger des peines, de les martyriser et de les tuer». Ces gens nés au milieu du vingtième siècle parmi les décombres encore fumants d’une Europe dévastée par une deuxième guerre mondiale et des génocides, contemporains d’une foultitude de conflits sanglants en Asie, en Afrique et en Amérique latine, incriminaient Freud pour son pessimisme anthropologique. La pulsion de mort ? Un préjugé « bourgeois », irrationnel. Car les humains, selon les gauchistes, ne furent pas violents à l’origine de leur histoire, ils le devinrent. Et s’ils le devinrent, ce fut à cause de l’instauration de la propriété privée, de la nécessité de la protéger manu militari puis, plus tard, à cause de la généralisation de l’esclavage, du mode d’échange marchand et de l’Etat, et, plus tard encore, à cause de l’apparition du capital et du travail salarié. À travers leur phraséologie marxisante, les reichiens lançaient en réalité contre Freud les mêmes accusations que Rousseau adressait à Hobbes.
[…] À maintes reprises, Freud, dans Malaise dans la civilisation, paie sa dette à Hobbes qui écrivait quant à lui dans son Léviathan : «Nous trouvons dans la nature humaine trois causes principales de discorde : primo, la Compétition ; secundo, la Défiance ; tertio, la Gloire. La première pousse les hommes à s’agresser en vue du gain, la deuxième en vue de la sécurité, et la troisième en vue de la réputation». Pour Freud, c’est le désir de gloire qui constitue la principale cause du malheur des humains — désir de gloire qu’il rebaptise demande d’amour (ou de reconnaissance): exister aux yeux des autres alors même que les problèmes de survie sont réglés et les positions de pouvoir réparties. […] Nul humain, du plus privilégié au plus mal loti ne se sent jamais assez reconnu, c’est-à-dire désiré. De sa naissance à sa mort, il vit dans la frustration et le ressentiment. Tant que les us et coutumes de la culture pèsent sur ses affects, il s’inscrit dans la norme névrotique, se contente des menues réjouissances permises tout en condamnant celles auxquelles s’adonnent ses semblables qu’il imagine plus intenses. Les interdits viennent-ils un jour à exploser à la faveur d’une crise sociale, il laisse alors le cours le plus libre à son agressivité primaire trop longtemps refoulée. «Assez joui !», lance-t-il les armes en main à la face de ses frères frustrés. «À mon tour d’en profiter ! Mais vous paierez d’abord pour l’insolent bonheur que vous m’avez volé !». Une guerre ou une révolution offre aux humains d’opportuns prétextes pour régler leurs comptes avec leurs prochains qui abusent du désir d’exister tout en conférant aux élans conjoints de plaisir et de mort qui les animent les couleurs d’une noble cause commune. La foi, le patriotisme, la race, les droits de l’Homme, autant de manières de magnifier les jouissances de l’assassinat, du viol, de la torture, du vol et de la destruction».
In Philosophie sentimentale
Flammarion 2010
Libellés :
éros et civilisation,
grandeur de l'humain
lundi 13 février 2012
Souvenir d'un été madrilène
J., ma jeune voisine, est une fervente catholique et une admiratrice de Benoît XVI. L’été dernier, elle alla à Madrid à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse en compagnie de sa petite cousine — dont on lui avait confié la responsabilité. Ne manquant jamais de m’écrire quand elle part en voyage, J. m’adressa au bout de deux jours un courriel qui donne une idée assez précise du genre de réunions qui se déroulent, la nuit, derrière les murs des collèges religieux destinés à accueillir les âmes juvéniles brûlant d’une foi ardente en Jésus Christ et d’un amour sincère pour le pape.
En voici un extrait :
« […] Alberto, l’aumônier, qui venait de foutre mon con, s'arrangea dans mon cul ; il a le vit un peu plus gros que son amant, monseigneur l’évêque de Madrid, mais, toute novice que je suis, Dieu sans doute m'a si bien créée pour ces plaisirs, que je ne souffris point de la différence. J'étais couchée à plat ventre sur sœur Ewa, la mère supérieure, une hommasse moustachue, de manière à ce que mon clitoris posât sur sa bouche, et la friponne, mollement étendue sur des carreaux, le suçait en écartant les cuisses. Entre ses jambes, courbée, ma cousine — vous savez, cher Frédéric, la petite Monica, la cheftaine de louveteaux — lui rendait ce qu'elle me faisait, et le plaisir que la coquine recevait, elle le faisait voluptueusement refluer sur Thomas et Constance, des amis rencontrés plaza de las Cibeles le soir même, qu'elle masturbait de droite et de gauche. Marc, mon copain, et bientôt mon fiancé, derrière ma cousine, se branlait légèrement sur ses fesses, mais sans y pénétrer: l'honneur de l'un et l'autre pucelage de cette petite fille ne regardait absolument que moi. Je tenais un cierge à sa disposition. […]»
Que l’on me croie ou non, ce beau témoignage de J. a ému le cœur du mécréant que je suis.
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éros et civilisation
mercredi 31 août 2011
dimanche 7 août 2011
Éros et civilisation — 2
Aux Etats-Unis, des ligues de vertu se sont insurgées contre la publication, par un magazine, de la photographie d’une jeune mère donnant le sein à son enfant. Je partage l’indignation. Il est choquant de montrer ainsi la femme dans une fonction anatomique répandue chez toutes les femelles mammifères. Sans aller jusqu’à approuver l’idée d’une condamnation du journal, je crois en revanche que, pour réparer cette injure faite à la dignité féminine, un tribunal devrait le contraindre à exposer en première page une femme agaçant de sa langue le clitoris d’une autre femme, ou encore embouchant le sexe d’un homme. La truie ou la guenon allaitent elles aussi leurs petits. C’est par la fellation et le cunnilingus que la femme affirme tout l’humain de sa sexualité.
In Traité du Cafard
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