dimanche 13 avril 2025
samedi 3 février 2024
Rue Kierkegaard
En traînant au lit, ce matin, je relis le Kierkegaard de Georges Gusdorf paru jadis chez Seghers. Gusdorf note que le philosophe danois est inconnu dans son pays. En voyage à Copenhague, il veut se rendre rue Kierkegaard. Il demande la direction à un passant. Le type réfléchit un moment et lui répond. «Ah! Vous voulez dire la rue qui mène au cimetière!»
jeudi 9 novembre 2023
L'Amour N°4
Dans la toute dernière édition de la revue de Frédéric Pajak, vous ne trouverez que de bons textes, avec de belles illustrations de dessinateurs et de peintres. Ma modeste contribution s'intitule: Orwell contre la littérature. J'y rappelle que l'auteur de 1984 plaçait la politique plus haut que l'art littéraire, considérait que les écrivains devaient être des propagandistes de gauche, plagiait sans vergogne Zamiatine, Connolly, Koestler, haïssait Swift — qu'il aurait bien enfermé dans un asile pour avoir écrit une œuvre d'un humour désespéré et désespérant: Les Voyages de Gulliver.
Orwell contre la littérature est la préface du recueil de textes paru aux éditions Louise Bottu: De l’écriture politique comme un art.
lundi 6 novembre 2023
L'amour dure 1h 15, spectacle de Frédéric Beigbeder
Une jolie camarade de classe embrasse Lenny pendant la récréation. Ils ont cinq ans. Elle lui dit qu’elle l’aime. Le soir, Lenny demande à son père, Frédéric Beigbeder, de l’éclairer sur la nature de cet étrange sentiment, l’amour. Leur conversation a-t-elle duré 1h15? C’est en tout cas le temps du spectacle pendant lequel Frédéric Beigbeder offre au public des «lectures sentimentales». Je dis «offre» car, assis dans un fauteuil club, vêtu d’un costume gris anthracite, portant une cravate à la Jean d’O, il nous régale d’extraits de romans, de poèmes, de lettres d’écrivains, de textes de chansons aussi émouvants que lucides. Sans la moindre lassitude, nous l’écoutons citer Houellebecq, Molière, Shakespeare, Musset, Baudelaire, Albert Cohen, Bukowski, Sagan, lui-même, et d'autres. Beigbeder cause, aussi, oscillant entre cynisme et autodérision, en vrai humoriste — non comme ces comiques qui nous accablent de leurs vannes. Un moment, il invite l’auditoire à un quiz. Qui reconnaîtra ce passage d’une œuvre, l’auteur de cette tirade, de ce billet d’amour? Le gagnant a droit à un «shot» de vodka. La marque? Le Philtre. Une production familiale. Pour les lettrés, une allusion, bien sûr, à Tristan et Iseut. Cette heure et quart doit aussi son chic au talent d’Émile Fournier, jeune pianiste qui ponctue le monologue de Beigbeder en jouant et fredonnant quelques mesures de standards de crooners. En regardant ce spectacle, je songeais que Beigbeder était tout le contraire de Luchini. Pas de cabotinage, pas de cuistrerie, pas de mégalomanie. Juste la simplicité du charme d’un éternel amoureux du peuple féminin et de la littérature.
jeudi 7 septembre 2023
dimanche 13 août 2023
Acide
Le prix de la Maison Rouge de Biarritz a été attribué hier soir à Victor Dumiot pour son roman Acide (éditions Bouquins).
Parution: jeudi 17 août.
jeudi 29 juin 2023
vendredi 9 juin 2023
jeudi 8 juin 2023
mercredi 31 mai 2023
Jérôme Garcin a lu Rétrécissement. Merci !
Lire la suite dans L’Obs.
mardi 23 mai 2023
L'ami Jean-François Duval et notre Rétrécissement
Jean-François Duval (clic):
Avec Rétrécissement, Frédéric Schiffter a réussi un formidable roman! Il se lit d'une traite. D'une certaine façon, si la chose avait encore un sens, on le rangerait sur le même rayon de bibliothèque que L'Étranger de Camus ou La Nausée de Sartre (pas sûr que l'évocation de ces deux auteurs plaise forcément à l'auteur…). Pourquoi? Parce que, loin du bla-bla et du chichi de la majeure partie de la production romanesque actuelle, c'est un livre avant tout de nature existentielle, dont les péripéties nous tiennent cependant doucement en haleine. Surtout, au contraire des deux auteurs précités, Schiffter a l'art de faire s'esclaffer son lecteur au détour de plus d'une page (c'est plus drôle que Houellebecq par exemple, bien qu'on y parle comme lui d'une certaine condition humaine aujourd'hui). Oui, humour d'une présence constante et réjouissante, dopante même, malgré le dramatique «rétrécissement» du héros, un type où beaucoup d'entre nous sont susceptibles de se reconnaître (Schiffter a des traits communs avec lui, mais moi aussi, qui d'autre?, à vous de me le dire). On a le bonheur de se retrouver à la fois comme chez Buster Keaton, Woody Allen, Giacometti ou Beckett. Ça aurait tout aussi bien pu s'intituler L'homme qui rétrécit. Il y des phrases formidables qu'on pourrait graver sur les poutres de son plafond comme le fit jadis Montaigne, et s'amuser à les relire au passage. Giacometti, comme je l’ai dit, y aurait trouvé des échos de ses figures filiformes, et Beckett de ses inexorables et progressifs balbutiements tels qu'ils s'achèvent dans Comment dire.
dimanche 21 mai 2023
jeudi 18 mai 2023
Bruno Lafourcade a lu Rétrécissement .
L’HOMME QUI RÉTRÉCIT
J’avais vu L’Homme qui rétrécit, de Jack Arnold, dans une petite salle de l’impasse Saint-Polycarpe. Le personnage, fidèle au titre, rétrécissait. Il consultait; en vain. Un monde nouveau s’ouvrait à lui, effrayant, avec ses objets transformés en obstacles et ses animaux en prédateurs. Je ne sais si Frédéric Schiffter a pensé à ce film en écrivant son roman, Rétrécissement(clac). Son anti-héros, attachant et poignant, Baudouin Villard, professeur de philosophie, et auteur d’essais rangés par la critique avec ceux des «petits maîtres», subit, lui aussi, une réduction spatiale et corporelle: il commence par emménager dans un appartement plus petit; lui-même mincit, maigrit: il flotte dans ses vêtements comme il flotte dans le monde.
Notre homme-en-trop est d’ailleurs poussé vers le rétrécissement, comme on l’est vers la sortie, par ses proches, croqués d’après nature. Il y a la future ancienne épouse, Federica, modèle de battante, qui lit des ouvrages de développement personnel, remplis de connaissance de soi dalaï-lamesque; ils lui ont révélé qu’elle était «sous l’emprise» de son écrivain sans succès – ouf ! elle a un prétexte pour lui préférer un homme d’affaires, certain Sicard, sicaire du béton, corrompu et corrupteur, dont elle attend «un CDI matrimonial». Il y a Thomas Masure (encore un nom prédestiné), l’ami, le fidèle, le solide, ce roc, ce cap, cette péninsule, qui devient le retourné archétypal. Il y a la sœur, Isabelle, peut-être le personnage que l’on adorera le plus détester, «très fière de son métier, d’elle-même, de tout ce qui la concerne». Elle a d’ailleurs l’habitude des diminutifs américanisants – Jerry, Charlie – qui sont précisément une façon de rétrécir les gens. Elle, ce qu’elle ne supporte pas, c’est de partager l’héritage familial, puisqu’elle était la préférée de leur père. (On appréciera, dans tous ces portraits, l’ironie des italiques.)
Rétrécissement est donc un roman sur l’humiliation (d’autant plus efficace que Baudoin la regarde avec distance); il ne s’y limite pas: il y a des pages très justes sur le couple, l’amitié, le travail, la famille; et quand Baudouin Villard fait la connaissance de son voisin, Pierre Lévy, de sa fille, Betti, et du docteur Nadaillac, auteur d’une thèse sur l’ennui, le récit ouvre d’autres perspectives à notre Roquentin sans nausée. On n’en dira pas davantage, sinon que l’on a pensé, tout au long de ce beau récit sans graisse ni tortillage, drôle et sombre, au mot de Henri Calet (peut-être dans Peau d’ours): «J’écris dans la mesure où je n’existe pas.»
Lire Bruno Lafourcade (clic).
mardi 16 mai 2023
Rétrécissement par deux lecteurs de qualité
Merci Michèle Furtuna
«Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre» écrit Montaigne dans le livre III des Essais.
Pour autant, on ne se livrera pas ici au petit jeu qui consiste à débusquer le vrai dans le faux, le faux dans le vrai, et réduit la littérature à un joli calque. On s’y refuse absolument car elle vaut infiniment mieux que ça. Tout est vrai ici donc tout est faux, tout est faux donc tout est vrai. Rétrécissement de Frédéric Schiffter est un roman, s’annonce comme tel et tient ses promesses. Un très bon roman, même.
Le narrateur un tantinet désabusé, Baudoin Villard, en nous racontant sa vie, en nous parlant de son métier de professeur de philosophie, de son expérience de l’amour et de la conjugalité (il est en plein divorce), de l’amitié, de la famille, nous livre de manière élégante, fine et jamais sentencieuse, son regard sur tous ces sujets. Lesquels sujets conduisent à un élargissement du propos, du singulier vers l’universel, le narrateur a lu Montaigne: parler de soi, c’est parler de tous les hommes, des questions essentielles que se pose tout être qui réfléchit à son humaine condition. À son rapport au temps, à sa géographie personnelle (temps et espace sont deux sujets primordiaux ici), à sa relation aux autres, à la société, à la maladie, à la mort. Et même à sa relation à la littérature et à la philosophie.
D’astucieux biais narratifs (les discussions avec le voisin Lévy, la thèse du psychiatre, la lettre de l’infirmière, etc.) permettent la polyphonie et l’introduction de points de vue extérieurs, dans un récit écrit à la première personne, léger, jamais verbeux, souvent très drôle par-delà sa tonalité mélancolique.
Les derniers chapitres sont absolument bouleversants, on les lit d’une traite, et on termine essoufflé et sonné.
Merci, Pierre Latiere
Rétrécissement est un livre rare car 100% sans moraline, sans indignation, sans analyse psychologique (de comptoir) des personnages. Il s’en tient à ce qui est. Et à ce qui doit fatalement arriver. Il ne flatte pas (c’est un euphémisme) celles qui sont devenues les principales cibles du marketing littéraire: les femmes. Le style est toujours aussi svelte et juste. C’est un roman «tragique»: il ne cherche pas à cacher le caractère tragique de la vie et du réel, au contraire il l’expose cliniquement. Le paradoxe est qu’on peut même le lire en riant, comme Kafka quand il citait à ses amis des passages de La Métamorphose…
jeudi 11 mai 2023
Frédéric Bécourt a lu Rétrécissement
Impression de lecture de l’écrivain Fédéric Bécourt, auteur de Attrition et, tout récemment, de Un vent les pousse (clic) — excellent et terrible roman sur la bêtise bienveillante qui opprime notre époque. Merci !
«Trois ans après Jamais la même vague (Flammarion, 2020),Frédéric Schiffter publie (aujourd’hui même) son deuxième roman.
Rétrécissement relate le parcours chaotique de Baudouin Villard, un écrivain et prof de philo à la quarantaine dépressive, en instance de divorce et qui chaque jour s’isole davantage. Dont la présence au monde et le champ des interactions sociales se rétrécissent, en quelque sorte, d’où le titre du livre. Le style est toujours sobre, les phrases courtes et ciselées. Le propos, lui, est très personnel. Sincère, surtout. De cette sincérité désarmante qui parfois nous ébranle et nous mouille un peu les yeux. Nous voilà plongés dans une littérature à l’étouffée, marinée dans le vécu, assaisonnée par le souvenir des jours heureux et celui, plus amer, des déconvenues et des humiliations. Et si tout sonne juste, c’est parce que tout est vrai, à défaut d’être authentique. Grâce aux artifices qu’autorise le roman, Schiffter brouille les pistes et contourne les chausse-trapes de l’autofiction. On ne sait jamais vraiment quand l’auteur s’expose. Aussi, il n’est jamais dans la posture ou l’affectation. Simplement, il observe et rend compte du monde, tel qu’il lui apparaît, de la fragilité des liens humains (et des relations de couple en particulier), du poids du passé familial ou des affres de la fin de vie... Toujours avec lucidité et sans la moindre complaisance. À travers le personnage de Baudouin, l’auteur ne s’épargne pas lui-même, au contraire, on dirait même qu’il se réserve les coups les plus durs. Mais c’est chaque fois mérité, nous laisse-t-il penser, en tout cas l’occasion de retenir une leçon. Des leçons, précisément, Rétrécissement n’entend pas en donner, et c’est très bien ainsi. La littérature n’est pas censée nous apprendre à vivre ou nous faire du bien, Frédéric Schiffter le sait. Sans chercher à plaire, et encore moins à se plaindre, il livre un récit puissant dont la fin est particulièrement réussie, tant sur la forme que sur le fond. À la fois sobre et érudit, ironique et poignant, ce texte m’a touché par sa sincérité, je l’ai déjà dit, mais aussi par sa profonde humanité. Et c’est là, me semble-t-il, le propre des meilleurs romans.»
mercredi 19 avril 2023
Un roman existentialiste sans humanisme...
J’ai reçu mes exemplaires d’auteur. Qu'on ne vienne pas me dire que je souscris à la mode houellebecquienne du titre réduit à un mot. C'était la marque de fabrique de mon cher Thomas Bernhard. Quelques pages de mon roman lui rendent hommage. Parution le 11 mai.
mercredi 22 février 2023
lundi 24 octobre 2022
lundi 17 octobre 2022
L'AMOUR toujours
Dans l’élégante revue de Frédéric Pajak, on regardera de magnifiques illustrations, on lira de très bons textes, on se délectera de mon excellent petit essai: Comment je suis devenu honnête homme ou Plaidoyer pour une belle vie
lundi 7 mars 2022
Un écrit court et bon est deux fois bon
«Si j’étais un législateur tout-puissant, je me contenterais d’édicter cette loi très simple: “La publication des livres ayant plus de cent pages est interdite.”». Il serait déraisonnable de ne pas approuver Henri Roorda. À cette loi, j’ajouterais un assortiment de peines en cas de contraventions — de lourdes amendes que devraient se partager auteurs et éditeurs. Seuls les dictionnaires garderaient toute liberté de dépasser mille pages, et encore, à condition de ne pas servir de poubelles aux mots qui traînent partout dans le journalisme, les entreprises, les vestiaires.
In LASSITUDES — Éditions Louise Bottu (clic)



















