Affichage des articles dont le libellé est Lire Frédéric Pajak plutôt que les auteurs à la con. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lire Frédéric Pajak plutôt que les auteurs à la con. Afficher tous les articles

vendredi 8 septembre 2017

Souvenirs d'un ego triste


Frédéric Pajak


Je connais Frédéric Pajak depuis dix-huit ans. Il habite Paris. Je m'y rends peu souvent. Il n’est venu qu’une fois à Biarritz. Puisque nous passons de longues périodes sans nous voir, j’ai lu le tome VI de son Manifeste incertain (clic) comme s’il m’avait adressé une longue lettre illustrée de dessins, dont il aurait relié les feuillets en volume. Mais tout lecteur de ce livre éprouvera le sentiment que Frédéric lui a écrit personnellement. En guise de sous-titre, le bandeau de l’ouvrage indique: «Blessures». Pajak ne déroule pas le récit de traumatismes mais de quelques mauvais coups de la vie reçus dans son enfance. Le premier, le plus brutal, sera d’apprendre à neuf ans la mort de son père, jeune artiste peintre, survenue lors d'une collision sur la route, entre sa DS 21 et une camionnette. Il en encaissera d’autres, moins durs, mais douloureux. Le chagrin fait mûrir très vite un gamin, mais ne l’aguerrit jamais contre la laideur des choses de la vie. Pajak regarde le monde avec ses mêmes yeux d’orphelin précoce. Quand il le commente, le ton est désabusé et teinté de tristesse. Quand il le dessine, c’est d’un trait noir. Néanmoins, rien n’est sinistre dans ces pages qu’on tourne avec le double plaisir du texte et du dessin, où à la gravité de l’évocation du passé, se mêle la drôlerie de la confidence. Pajak nous raconte les relations conflictuelles qu’il eut avec ses successifs «beaux-pères», un autre accident de voiture en Espagne dont tout le monde, cette fois, sortira sauf, sa fugue d’une maison d’éducation, la terrifiante émancipation féministe de sa mère, jeune veuve, après Mai 68, la découverte récente de sa judaïté qui en fait un «Juif sur le tard», la nature de l’amour qui le lie à son frère cadet, le moment où s’est affirmé sa double vocation pour la peinture et l’écriture, son entichement pour l’Italie et l’Espagne. Le désir d’autobiographie, à la fois légitime et dérisoire, Pajak le croque en quelques mots: «On aime tant, devant des tiers, réchauffer nos tambouilles sentimentales, preuves que nous sommes vivants, du moins que nous avons eu une vie.» Au milieu d’un paragraphe, apparaissent Clément Rosset, «avec qui, dit Pajak, j’ai bu quelquefois jusqu’à plus soif», et moi-même, en qui il voit «un frère en mélancolie». Entre Frédéric et moi, je crois qu’il y a un an d’écart d’âge. Je ne sais jamais qui est le plus vieux. Quelle importance? Nos blessures sont presque jumelles…    

mardi 9 mai 2017

Otium cum litteris — III



J’ai reçu la revue Grand Trouble conçue et publiée aux Cahiers dessinés par mon ami Frédéric Pajak. On y découvre ou retrouve des photographes, des peintres, des dessinateurs qui font partie de sa bande ou de son club de cœur. On y lira le passionnant entretien donné par le cinéaste Habbas Fahdel — auteur du film Homeland-Irak, année zéro. On s’arrêtera aussi sur des articles aux thèmes variés. Pajak signe un pamphlet contre le snobisme moderniste de la fin de la peinture, Michel Thévoz évoque les liens qui relient l’art, l’argent et la mort, Patrick Declerck fait l’éloge des clochards, Philippe Garnier se livre à une phénoménologie du bâillement, Matthieu Gounelle conte la mélancolie des météorites, Delfeil de Ton met en scène les clowns Palomar et Zigomar, Jacques Roman se rappelle les paires de chaussures de sa vie, Julie Bouvard rend hommage à Gogol, Jean-Paul Demoule se demande si nos déchets actuels ne seront pas des trésors demain, Jean-Baptiste Harang explicite le mot «trouble», Christophe Diard parle de l’exil de Gombrowitz, Michael Stokes disserte sur l’assourdissement, Jacques Vallet présente le peintre torturé Uroch Tochkovitch. Quant à moi, je confesse ma nostalgie de l’âge d’or de la soumission — de ce temps où les arabo-musulmans civilisaient le monde occidental judéo-chrétien. Grand Trouble se présente comme une publication de belle facture, très intellectuelle, très artistique, très raffinée. On peut l’acheter en librairie ou à l’occasion du vernissage public qui aura lieu le 11 mai à la Halle Saint-Pierre — 2, rue Ronsard à Paris dans le 18e arrondissement. L’exposition des œuvres originales, photographies, dessins et tableaux, durera jusqu’au 30 juillet 2017. (CLIC)