jeudi 30 janvier 2025

Conte d'hiver


En traînant à la Chambre d'amour, j'ai vu des écriteaux fixés sur des barrières mettant en garde les promeneurs contre les submersions que pourraient causer les puissantes vagues océanes. Décidément, me suis-je dit, le mot «submersion» revient souvent en ce moment. Peut-on avoir le sentiment d'être submergé par une forte marée, sentiment semblable à celui que, paraît-il, éprouveraient mes concitoyens relativement aux vagues migratoires? Le problème avec les métaphores, me suis-je dit, est qu'elles frappent les entendements limités, raison même de leur efficacité idéologique, psychologique, surtout. Ainsi, quand je vis un quidam désireux de passer outre aux interdictions de franchir les barrières de la promenade submersible, je lui demandai s'il ne craignait pas de se faire engloutir. Il me répondit que le danger réel venait des flux de migrants arrivés de la Méditerranée. «Ne soyez pas dans le déni!», ajouta-t-il avant de pousser le garde-fou. À peine avait-il fait quelques pas dans la zone prohibée, qu'une vague se jeta sur lui. Il disparut dans l'écume. Submergé par la tristesse, je retournai chez moi en méditant sur les effets pervers de la rhétorique.


 

mardi 28 janvier 2025

Reste celui que tu es


Après avoir relu mes ouvrages, je me suis dit que leur indéniable qualité est que nul autre que moi eût pu les écrire — qualité qui ne semble pas compter pour nombre d’auteurs concernant les leurs.



 


 

dimanche 26 janvier 2025

Enfin !


Merci à la prestigieuse amicale occitane Riem branlar al païs pour m'avoir décerné son prix tant recherché!

 

mardi 21 janvier 2025

Signalement


En traînant à Biarritz, je me suis arrêté au Plaza. J'avais emporté avec moi Dégénérescence, le livre de Max Nordau (1849-1923), doctrinaire, avec Théodore Herzl, du sionisme. C'est à ce médecin psychiatre, élève de Jean-Martin Charcot et admirateur de Cesare Lombroso, que les nazis doivent la conception d'art dégénéré — Entartete kunst. Je me retrouve dans chaque page de l'ouvrage. Sur le plan philosophique: «Les dégénérés […] sont le public prédestiné de Schopenhauer». Sur le plan psychologique: «À l’abattement caractéristique du dégénéré s’allie, en règle générale, une aversion pour toute action, […] un éloignement du monde et un mépris des hommes». Sur le plan intellectuel: «À l’incapacité d’agir se rattache l’amour de la rêverie creuse.» Sur le plan de la sensibilité: «Il se réjouit de son imagination, qu’il oppose au prosaïsme du philistin, et se voue avec prédilection à toutes sortes d’occupations libres qui permettent à son esprit le vagabondage illimité». Sur le plan politique: «Il sera difficile aussi de nier que la dégénérescence fait […] le fond des écrits […] de beaucoup […] d’anarchistes.» Sur ce dernier point, je préciserais, en ce qui concerne mon cas: anarchiste de salon de thé. Sur le plan physique, je ne souffre pas du nystagmus qui affectait les pointillistes et les impressionnistes, je n'arbore pas des oreilles longues et pointues, «caractères simiesques» qui prouvaient le retard mental de Mallarmé, ni la « psychopathie sexuelle» de Zola. Mais ne parlons pas trop vite. Ma dégénérescence continue.