Affichage des articles dont le libellé est nihilisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nihilisme. Afficher tous les articles

vendredi 8 février 2013

Du nihilisme comme de l'un des beaux-arts (suite)


Albert Caraco


"Portrait de l’auteur: […]On sent d’abord qu’il n’aime pas la vie, son corps lui pèse étrangement, il aurait préféré n’en avoir point ou bien de l’avoir glorieux, il est rassasié de jours depuis le temps qu’il est au monde, il trouve absurde les arrangements qui perpétuent notre existence, à commencer par l’obligation de se nourrir et ce qui en découle. […] L’amour est à ses yeux une bizarrerie et que ces hauts élancements ne doivent aboutir qu’à l’opération une et la même, n’importe les espèces, n’est pas sans l’étonner, les femmes au surplus lui semble l’unité multipliée par légion, ce commun dénominateur qu’elles ont toutes l’indispose. Pour les enfants, il ne les goûte que débarbouillés et pomponnés, ce durant un demi quart d’heure, mais il ne voudrait se charger d’aucun, fût-ce l’enfant Jésus, leurs questions sempiternelles et leurs amusements du ridicule le plus achevé lui feraient préférer quelque poisson dans un bocal. Il ne hait pas les animaux et leurs combats le désennuient, il lui plaît fort de les voir se manger les uns les autres, il y retrouve une leçon de choses et pleine d’applications suivies, le lot des nations est là préfiguré, la différence n’est pas grosse.[…]"
Albert Caraco
Le semainier de l'incertitude 


jeudi 6 décembre 2012

L'anti-gnangnan


"Aux fadaises altruistes, on pourrait aisément opposer les considérations de Freud sur l’instinct de mort, les analyses de René Girard sur le mimétisme des désirs poussant les humains au carnage, ou, tout simplement, les aspirations progressistes sincères et profondes dont tout tueur en série est animé — comme en témoigne ce billet glissé par Jack l’Éventreur dans le sac à main d’une de ses victimes : «Un jour les hommes se souviendront, et comprendront, que j’ai donné naissance au XXe siècle».

Une parabole valant mieux que des raisonnements, voici le récit que Critilo fait à son jeune élève Andrénio dans le Criticón de Baltasar Gracián : On jette vivant un criminel dans une fosse profonde grouillant d’affreux insectes, de reptiles, de fauves, après quoi on en ferme hermétiquement l’ouverture afin qu’il périsse à l’abri des regards. Un voyageur vient à passer par là.  Entendant des cris de douleur et des appels à l’aide, il retire la dalle qui obstrue la fosse. Aussitôt, un tigre bondit, et le voyageur, qui croit être déchiqueté sur le champ, voit que le fauve lui lèche les mains. Quand surgit un serpent, il craint d’être étouffé quand celui-ci s’enroule autour de ses jambes ; mais il est surpris de constater que l’animal se prosterne à ses pieds. Toutes les autres bêtes font de même, lui rendant grâce de leur avoir sauvé la vie menacée dans cette périlleuse promiscuité avec un homme. Reconnaissantes à l’égard de leur bienfaiteur, elles lui conseillent de filer au plus vite avant qu’il ne soit menacé à son tour par le cruel prédateur. Et, sitôt dit, elles s’enfuient les unes en volant, les autres en courant, d’autres encore en rampant. Resté seul et perplexe, le voyageur voit enfin l’homme sortir. Ce dernier, pensant que son libérateur a de l’argent, se rue sur lui, le tue et le dépouille. Et Critilo de conclure que la nature, pour éviter que des espèces s’entredétruisent, fut bien avisée de faire en sorte que les animaux les plus dangereux ne pussent jamais égaler la férocité humaine."

In Le Philosophe sans qualités
Flammarion


mardi 20 novembre 2012

Un nihiliste balnéaire à Paris







"Pour suggérer combien les destinées humaines sont fragiles et aléatoires, Héraclite écrivait: «Le temps est un enfant qui joue au tric-trac. Royauté d’un enfant.» Or, comme s’il eût la réminiscence de cet aphorisme, Peckinpah nous en proposait une version sauvage. La première séquence [de The Wild bunch] montrait un petit groupe d’enfants accroupis devant une ornière se réjouissant de l’agonie d’un scorpion qu’ils avaient capturé et jeté au milieu d’un grouillement de fourmis rouges. Puis, comme si la cruauté de ce spectacle ne leur suffisait pas, les gamins mettaient le feu aux bestioles, redoublant ainsi de joie et d’hilarité. Là, en quelques secondes, Peckinpah nous délivrait sa vision de l’humanité. Le monde est une horreur parce qu’il est infesté d’humains, espèce dont la férocité surclasse celle de toutes les espèces animales les plus venimeuses et qui se manifeste déjà pleinement chez les petits — comme on peut l’observer dans cette première scène filmée à la manière d’une leçon de choses."


In  La Beauté, une éducation esthétique
(Éditions Autrement)


dimanche 29 mai 2011

Le nihilisme, une vocation précoce

Nietzsche berçant son petit surhomme
Dessin de Frédéric Pajak

« L’homme moderne est un animal qui s’ennuie », dit Paul Bourget. Moderne, je l’étais donc au berceau.

mardi 19 avril 2011

La horde sauvage




If you cross their way, 
you better make your prayer ! 


De gauche à droite : Le logicien du Pire (Clément Rosset), Le Jusqu'auboutiste de la Mélancolie (Frédéric Pajak, en retrait, comme d'habitude), L'Infâme R.J. (Roland Jaccard), Le Pirate Obsédé Amoureux (Arnaud Le Guern), Le Nihiliste balnéaire (Frédéric Schiffter), Le Marxiste tendance Dou-Wop (Jérôme Leroy, méconnaissable sans ses lunettes noires), Le Faussaire (Dominique Noguez, essayant, avec succès, une tenue d'Homme Invisible).

vendredi 8 avril 2011

L'Ecclésiaste des Jardins du Luxembourg


"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter", écrivait Cioran. Bel éloge de la voluptueuse passion triste. Preuve qu'il n'y a de véritable humour que rabat-joie.

jeudi 10 mars 2011

Du nihilisme comme de l'un des beaux-arts (suite)



« N’importe ce que l’on encense, on est la proie de l’ombre et de la dissolution, n’importe ce que l’on adore, on n’évitera rien, les bons et les méchants n’ont qu’une seule destinée, un seul abîme accueille les saints et les monstres, l’idée du juste et de l’injuste n’a jamais été qu’un délire, auquel nous sommes attachés pour des raisons de convenance. »
Albert Caraco
Bréviaire du chaos

vendredi 11 février 2011

Que faire ?


L’ennui est davantage une passion d'esthète que de philosophe. Le philosophe, pour se désennuyer, peut s’enrôler au service d’une cause qu’il jugera bonne ou légitime. Son action le captivera. Il prendra ce divertissement au sérieux et le mettra même au-dessus de ses livres. Il augmentera le nombre de ses admirateurs. L’esthète, lui, à supposer qu’il dégote une cause à défendre, s’y engagera par ennui et toujours par ennui la trahira.

lundi 3 janvier 2011

Le voyageur et son ombre




Hors de la caverne de Platon, l’évadé reste enfermé dans ses ténèbres.

lundi 29 novembre 2010

Lapidaire




Un philosophe, à Cioran :

On ne peut pas être tout à fait d'accord avec ce que vous dites.


Cioran, au philosophe :

C'est toujours un peu le cas avec la vérité.

jeudi 21 octobre 2010

Rappel des titres

 
Extrait : 

“« Tous les auteurs qui se sont occupés de politique […] s’accordent à dire que quiconque veut fonder un État […] doit supposer les hommes violents et toujours prompts à manifester cette violence toutes les fois qu’ils en auront l’occasion. Si cette tendance vicieuse n’apparaît pas immédiatement, il faut l’attribuer à quelque raison mystérieuse et penser qu’elle n’a pas eu l’aubaine de se montrer ; mais le temps qui, comme le dit l’adage, est l’accoucheur de la vérité, la mettra sans tarder au plus grand jour ». En relisant Machiavel, je me rends compte que je suis resté anarchiste. À ceci près, l’auront compris mes amis ou mes ennemis de gauche, que l’anarchie n'est pas pour moi une option idéologique, ni un idéal à atteindre, une utopie alternative à la forme de désordre social qu’ils combattent. Elle m’apparaît comme la réalité même du politique. La mère et la reine des sociétés, des nations, des empires, dirait le sage d’Ephèse. De quoi me pousser au fanatisme de l'inaction.“

samedi 16 octobre 2010

Je vous demande de m'écouter !


Les amateurs de philosophie sentimentale écouteront l'émission La Librairie Francophone ce samedi 16 octobre à 17 heures sur France Inter. Les malchanceux qui rateront ce grand moment de radio pourront revenir sur l'occasion et la ressaisir en le podecastant. 

vendredi 8 octobre 2010

Demande d'emploi


"Il y a des gens qui font de l’argent, d’autres de la neurasthénie, d’autres des enfants. Il y a ceux qui font de l’esprit. Il y a ceux qui font l’amour, ceux qui font pitié. 
Depuis le temps que je cherche à faire quelque chose ! Il n’y a rien à y faire : il n’y a rien à faire."

Jacques Rigaut

mercredi 8 septembre 2010

En librairie aujourd'hui

Un philosophe peut m’instruire ou m’éclairer, mais son œuvre n’exerce sur moi aucun charme si en filigrane de ses concepts, de ses thèses, de ses arguments, je ne perçois pas le récit d’un chagrin personnel. Sous le masque du cérébral, j’aime deviner l’orphelin, l’amoureux, l’abandonné, le déclassé, le décalé — l’«animal malade». Les auteurs que je cite dans ces pages, en exergue de chaque chapitre, n’appartiennent pas à une même sensibilité intellectuelle ou littéraire. Si, cependant, leurs pensées m’accompagnent depuis longtemps et me reviennent à l’esprit comme des refrains, sans doute est-ce par ce j’y entends une semblable tonalité mélancolique. Que j’aie à m’en féliciter ou à m’en blâmer, c’est à Schopenhauer, mais aussi à Nietzsche, Pessoa, Proust, l’Ecclésiaste, Chamfort, Montaigne, Freud, Rosset, Ortega y Gasset, que je dois ma vocation de philosophe sentimental.

mercredi 18 août 2010

Belle journée ensoleillée


"Il n'y aura plus sur la terre aucun vestige de ce que nous sommes : la chair changera de nature; le corps prendra un autre nom; même celui de cadavre ne lui demeurera pas longtemps: il deviendra, dit Tertullien, un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue : tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu'à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes."

Jacques-Bénigne Bossuet
Sermon sur la mort

lundi 19 juillet 2010

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire

Une idéologie est une éthique à l'usage des masses — qui en sont toujours friandes. Justice, Bien, Bonheur, Égalité, Race, Partage, Progrès, Fraternité, Communauté, etc., autant de foutaises portant majuscule qui les enfièvrent et les mènent à l'abattoir. C'est sans doute pourquoi, entendant son ami Bertrand Russel lui tenir un langage humaniste lénifiant, Ludwig Wittgenstein lui déclara : "La tyrannie ne provoque en moi aucune indignation." Et quand, un jour, Russel annonce à Wittgenstein qu'il compte créer une Organisation pour la Paix et la Liberté, ce dernier ricane. "Je suppose, dit alors Russel, que pour votre part vous préféreriez fonder une organisation en faveur de la guerre et de l'esclavage ?" Et Wittgenstein de rétorquer : "Oui ! Sans la moindre hésitation !"

samedi 10 juillet 2010

Bonjour, grande sœur

"Peut-être faut-il, comme je l'ai toujours fait, haïr la vie dans le fond pour l'aimer sous toutes ses formes."
Françoise Sagan 
Le garde du cœur