mardi 20 novembre 2012

Un nihiliste balnéaire à Paris







"Pour suggérer combien les destinées humaines sont fragiles et aléatoires, Héraclite écrivait: «Le temps est un enfant qui joue au tric-trac. Royauté d’un enfant.» Or, comme s’il eût la réminiscence de cet aphorisme, Peckinpah nous en proposait une version sauvage. La première séquence [de The Wild bunch] montrait un petit groupe d’enfants accroupis devant une ornière se réjouissant de l’agonie d’un scorpion qu’ils avaient capturé et jeté au milieu d’un grouillement de fourmis rouges. Puis, comme si la cruauté de ce spectacle ne leur suffisait pas, les gamins mettaient le feu aux bestioles, redoublant ainsi de joie et d’hilarité. Là, en quelques secondes, Peckinpah nous délivrait sa vision de l’humanité. Le monde est une horreur parce qu’il est infesté d’humains, espèce dont la férocité surclasse celle de toutes les espèces animales les plus venimeuses et qui se manifeste déjà pleinement chez les petits — comme on peut l’observer dans cette première scène filmée à la manière d’une leçon de choses."


In  La Beauté, une éducation esthétique
(Éditions Autrement)