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jeudi 8 juillet 2021

Conférence du samedi 10 juillet, à 11h, donnée à la médiathèque de Biarritz


Causerie animée par Emmanuel Planes.

Présentation: 

Une idole affole le monde politique: le Peuple. De l’extrême-droite à l’extrême gauche en passant par les libéraux, tous les partis, leurs leaders, leurs idiots utiles, se coiffent de cette idole. Or quel est ce Peuple dont les porte-parole veillent à ne jamais définir les contours? Les pauvres, les classes moyennes, les provinciaux, les Français dits de souche, les diverses communautés culturelles, les martyrs de l’impôt? Loin d'être une réalité identifiable, le Peuple n’est qu’un flatus vocis, un vent de bouche, que des blablateurs propulsent à plein poumons du haut de leur podium pour ratisser large en période électorale ou pour mobiliser des suiveurs. 

Vide de contenu, la notion de peuple permet à n’importe quelle foule de s’en prétendre l’incarnation et d’aller exprimer ses frustrations, ses indignations, ses bouffées paranoïaques, sur les nouvelles agoras digitales appelées réseaux sociaux. Animée de cette belles «décence ordinaire» que lui prêtent les philosophastres convertis à George Orwell, cette racaille connectée y poursuit de sa vindicte tous les coupables de ses malheurs et frustrations, et, désormais, y dénonce la tyrannie tentaculaire des «élites». Or, là encore, ces «élites» n’ont rien d’une aristocratie, mais forment une petite plèbe de nantis dont l’ignorance hautement diplômée égale l’inculture décomplexée des mal-lotis. De même que le mot «peuple», l’expression «les élites» désigne un être social fantasmatique. Ce sont des éléments de langage dont on connaît la fonction: remplacer la précision par le simplisme et, ainsi, aggraver la servitude intellectuelle.   


 

dimanche 28 juin 2020

Profession de foi du glandeur balnéaire


Henry Miller 



Dimanche d’élections. 
Je n’ai pas la tête politique, encore moins le cœur. Dès que je croise un militant, un candidat, un sympathisant, un pétitionnaire, une porteuse de pancarte, un encarmagnolé, un brailleur à mégaphone, je fuis. Les lideurs et les suiveurs m’effraient. Ce ne sont pas mes semblables. Ils transpirent l’ambition et la servilité. Les dieux m’ont privé de ces passions propres aux arrivistes, aux affairistes, aux jobards. Je ne me connais que des inclinations adoucies par la flemme. Elles m’ont conduit à une vie sans «miracle et sans extravagance», selon la formule de mon cher Montaigne, une vie durant laquelle j’ai goûté aux plaisirs des jolies, de la plage, des livres, de l’amitié. À propos d’amitié, je retranscris ici ce propos d’Henry Miller que ma chère Arletti m’a adressé hier: «Ne pas dire un mot de toute une journée, ne pas lire de journal, ne pas écouter la radio, se boucher les oreilles aux commérages, se laisser aller sans retenue à la paresse, être absolument indifférent au sort du monde, voilà la plus belle médecine qu’on puisse s’administrer.» Tout un programme auquel j’adhère en fanatique.    


samedi 27 juillet 2019

Masse et Nuisance


«La foule concentre en nombre et force toutes les tares humaines.»
 Ménécée (clic)

mercredi 12 septembre 2018

Lisez-moi, y a qu'ça qui m'intéresse...

Comme j’accepte de bon cœur les éloges qui me sont destinés — même s’ils sont sincères, comme disait Jules Barbey d’Aurevilly —, voici ceux de Cyril de la librairie Sauramps de Montpellier.

"Journées perdues
Journal littéraire d’un «philosophe sans qualités» (comme l’auteur se présente lui-même). Une merveille d’écriture d’un dandysme mordant et éclairé, illuminée par le soleil Basque.
Frédéric Schiffter, bikiniste convaincu et convainquant, nous promène doucement sur les rivages acérés de sa pensée."

dimanche 22 avril 2018

Otium cum litteris —XI



Mon éditeur m’apprend que mes Journées perdues sont épuisées. Dans un pays où les citoyens ont voté pour un parti portant le nom vulgaire de En marche !, je me félicite du succès de mon éloge de l’immobilité. Après les concepts de chichi, de blabla, de gnangnan, je projetais l’idée d’en peaufiner un autre, en vue de fonder une éthique, à savoir le concept de planplan. Eh bien, ma Philosophie du planplan, je considère qu’elle se trouve pour l’essentiel dans mes Journées perdues. Il n'y aura pas un retirage du bouquin. Tant pis pour ceux qui ne se sont pas empressés de se le procurer.
L’été se faufile en plein mois d’avril. Il est des resquilleurs plus indésirables. J’en profite pour reprendre mes habitudes oblomoviennes sur la terrasse. Allongé sur mon canapé d’extérieur, je lis L’Endroit du paradis, le dernier opus de Clément Rosset (Encre marine). «Dès lors que règne la joie de vivre, il n’est aucun fait, aucune circonstance qui puissent la perturber ou la contrarier». Pardon, Clément, mais ta mort, pour tes amis, ce n’est pas la joie, comme on dit.
Sur les conseils de Guy Karl (clic), je lis aussi L’Anxiété de Lucrèce, un livre que le Dr Benjamin-Joseph Logre écrivit pendant l’Occupation alors qu’il se cachait des nazis. Pour le psychiatre, il convient de lire le De Natura rerum comme les confessions d’un mélancolique, comme «le récit d’un drame intérieur» et, aussi, comme l’effort spirituel du poète pour se délivrer de la «tyrannie de l’angoisse». Une ascèse vouée à l’échec. Car Logre donne raison à saint Jérôme: Lucrèce se suicida. Pour le fervent disciple d’Épicure, la seule ataraxie fut la mort. Sans être psychiatre ni philosophe, je me demande si elle n’est pas la seule ataraxie pour tous. 


mercredi 31 janvier 2018

La grande pigrizia


Soirée du 30 janvier agréablement perdue
 au Parvis de Pau à causer de nos
Journées perdues (clic)




mardi 30 janvier 2018

Pau, ce soir


Gabriela Manzoni
Ce jour même, mardi 30 janvier 2018, à 18h, nous serons au Parvis Leclerc de Pau pour deviser avec Marc Belit, en public, de nos Journées perdues. C'est d'une humeur parfaitement égale que nous entendrons les éloges de nos admiratrices.teurs de même que les injures de nos  détracteurs.trices.     

mardi 9 janvier 2018

Lettre du marquis de Pinsaguel à Madame de *** sur les dangers de l'étiolement philosophique


Château de Pinsaguel

Je ne résiste pas au plaisir de montrer aux abonnés de ma page la trouvaille que j’ai faite en consultant les archives de la Bibliothèque Régionale de Toulouse. Il s’agit peut-être du premier document faisant état de l’étiolement. C’est une lettre adressée à une dame de haute naissance — dont je n’ai pas réussi à identifier le nom — écrite de la main d’un gentilhomme, Monsieur de Costesesque, marquis de Pinsaguel, datant du 13 mars 1652: «J'ai peur Madame, que vous croyiez que je ne parle pas ici sérieusement; mais cela serait contraire au respect que je vous dois, et que je ne manquerai jamais de vous rendre. Je puis dire, avec vérité, que l’habitude que j’avais prise il y a peu de temps de me vouer à la lecture des philosophes et à l’exercice de la raison dont ils font exploit, que cette habitude, donc, m’a plongé depuis des semaines en une sorte d’alanguissement de mes esprits animaux. C'est cette terrible incommodité que mon docteur, le savant Monsieur Poutard, nomme étiolement, qui m’a poussé à la décision de me retirer aux champs d’où je vous écris. Car à la ville, qu’elle soit la plus occupée du monde ou la plus tranquille, le risque est trop grand d’y rencontrer des gens qui se piquent de philosophie et qui, non encore atteints par l’étiolement, pourraient aggraver le mien. Si je prends la liberté de vous écrire, Madame, c’est pour vous mettre en garde contre tout quidam se coiffant de la qualité fantaisiste d’«ami de la sagesse» qui ne manquera pas de provoquer chez un être de nature délicate, tel que vous Madame, un dépérissement de l’entendement et des muscles. Mais ce billet m’a coûté de la force. Je souhaite qu’il armera votre prévention contre le danger de l’étiolement philosophique et qu’il vous rappellera que je suis, Madame, votre indéfectible serviteur.» Bien évidemment, si mes recherches me conduisent à dénicher d’autres pépites de ce genre, je ne manquerai pas de les publier ici afin de satisfaire au désir d’édification de mes lecteurs.

mardi 2 janvier 2018

Note sur la question de l'étiolement

Nous avons déjà indiqué au lecteur de cette page que nous préparions un essai sur l’étiolement personnel. Or, en amassant de la documentation pour les besoins de notre travail, nous sommes tombé sur ce rapport datant de 2013 établi par le professeur Edward Sampson à la demande des instances de l’OMS, et qui, très heureusement, traite de notre sujet. Nous en traduisons ici un passage des plus instructifs: «Si on observe la nature de l’étiolement (etiolation) on constate qu’il tire très certainement son origine du goût pour la philosophie. L’âge d’or en était exempt. L’âge d’argent, qui le suivit, conserva encore sa pureté. L’âge d’airain donna naissance au goût pour les idées. L’étiolement apparut alors ici et là, mais en des foyers circonscrits. C’est à l’âge de fer qu’il se répandit avec force dans le monde en vertu de sa contagion et que l’on vit émerger les diverses formes de diminution mentale et physiologique qui affectent les hommes depuis des siècles. Le platonisme produisit les humeurs aiguës et frénétiques; l’aristotélisme, la jaunisse et l’insomnie; c’est du matérialisme antique que vinrent les léthargies, les paralysies et les langueurs; le thomisme fit les inflammations de poitrine; le cartésianisme, les syncopes, le spinozisme les hallucinations géométriques, l’hégélianisme la gale; le nietzschéisme donna la goutte et les idées noires; le marxisme la rougeole; le scorbut fut la conséquence directe du positivisme, la dysenterie celle de la philosophie analytique du langage. Le structuralisme causa l’apoplexie; les neurosciences aggravèrent les migraines et les transports au cerveau; les études de genre générèrent les troubles de la libido […]» Deux pages plus loin, Sampson introduit une remarque intéressante: «L’objectivité nous pousse à signaler que d’autres chercheurs avancent l’hypothèse que ce ne serait pas ces doctrines qui suscitèrent ces troubles mais, à l’inverse, que ce serait ces troubles qui suscitèrent pareilles doctrines. Selon l’équipe du Dr Herbert Cohen-Livak, l’hédonisme solaire, par exemple, procèderait de crises aiguës de ballonnements accompagnées de bouffées mégalomaniaques.» […] «Sans faire le départ exact entre la cause et l’effet, reprend Sampson, on peut néanmoins affirmer que la philosophie à elle seule a engendré plus d’étiolement que tout le reste ensemble des microbes, virus et parasites, mais que, comme elle débite à son sujet le persuasif mensonge selon lequel elle serait le remède aux maux qu’elle provoque, au lieu de la blâmer et de se prémunir de ses effets morbides, les hommes la louent et s’y adonnent comme s’il s’agissait d’une médecine salvatrice pour l’esprit et le corps». Et Sampson de conclure: «Autant dire que la situation s’avère préoccupante». Inutile de préciser que nous ne partageons pas la préoccupation de l’auteur de ce rapport dans la mesure où nous concevons l’étiolement ni comme un bien ni comme un mal mais, sauf accident, comme une nécessité de l’existence. N’en déplaise au professeur Sampson, ce n’est pas en supprimant la lecture des philosophes, recommandation sanitaire que nous considérons au demeurant comme positive, que l’homme cessera d’être l’existant-pour-l’étiolement. Mais nous en avons dit assez sur ce point.