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lundi 4 avril 2022

De l'éditorialisme


Il y eut le siècle des Lumières. Nous sommes à l’ère des loupiotes. 


 

samedi 17 juin 2017

samedi 1 février 2014

Lettre à Pierre L.


Clément Rosset, Néo-Mexique, juillet 2013

Cher Pierre L.,
Sur votre suggestion, je viens de regarder La Grande Librairie, l’émission de François Busnel. Vous avez raison: Robert Misrahi n’est qu’un triste sire, aussi est-il bien naturel que son petit pensum soit préfacé par Michel Onfray, un type encore plus sinistre que lui. Vous vous demandez quel public le pataquès conceptuel de cet olibrius peut séduire et convaincre. Soyez persuadé que, quand elles liront le titre du produit — La joie d’amour, pour une érotique du bonheur —, nombre de bonnes femmes sous-cultivées et en déficit de séduction se précipiteront dessus. L’ayant feuilleté, elles le rangeront sur une étagère de leur bibliothèque consacrée au thème de l’épanouissement personnel, entre un bréviaire de spiritualité œcuménique de Frédéric Lenoir et un traité de méditation de Matthieu Ricard, et, sans doute, à côté d’un manuel de philosophie appliquée à la vie quotidienne de Roger-Pol Droit — surnommé par ses confrères du journal Le Monde: Roger Poule-Mouillée. Comme vous l’avez remarqué, Clément Rosset semblait perdu sur ce plateau au milieu de ces cuistres bien-pensants et verbeux, l’un prenant la pose du héros attendant la mort, l’autre nous expliquant comment il s’est débarrassé de la peur et nous invitant à suivre son exemple, un autre encore, la face barrée d'un rictus haineux, osant ramener son imbitable science de l’amour. Vous déplorez qu’il ait eu moins de temps de parole que les autres. C’est vrai. Mais Rosset n’en pensait pas moins. Ce n’est donc pas grave. Vous, moi, d’autres happy few qui lisent Rosset depuis longtemps, nous savons que rien n’égale l’humour de ses ouvrages pour aérer une atmosphère intellectuelle chargée de moraline. Nous formons une secte de je-m’en-foutistes de qualité et, comme disait Oscar Wilde, «dans un siècle où l’on ne prend au sérieux que les imbéciles, nous vivons dans la terreur de n’être pas incompris». 

À vous, F.S.              





dimanche 19 août 2012

In girum imus nocte, etc.

La Ville - Gilbet Garcin

"Au cœur des jeux de langage éthiques, revient l’expression: «La vie». Tous les discours éthiques parlent de «la vie», comme un fait qui arrive dans le «monde» — le réel. Or, «la» vie n’arrive pas. Elle n’arriva ni n’arrivera jamais. Ce qui arrive, c’est non pas la vie identique pour tous les vivants, mais, pour chacun d’entre eux, des formes de vies différentes. La vie végétale n’est pas la vie animale. Autant de végétaux, autant de formes de vies végétales. Autant d’animaux, autant de formes de vies animales. De même concernant «la» vie humaine. Autant d’humains, autant de formes de vies humaines. Sans doute certaines d’entre elles peuvent se ranger dans des catégories génériques ou collectives; mais un humain ressent clairement que rien ne ressemble moins à sa vie qu’une autre vie d’humain. Quelle que soit la forme qu’elle prenne — en son cours elle en peut prendre plusieurs  —, la vie, pour lui, est toujours sa vie. Vivre, c’est se trouver, entre le moment de sa naissance et celui de sa mort, dans une succession de circonstances particulières et contingentes où, chaque fois, il se rend compte du caractère à la fois factuel, aléatoire et, par là même, acosmique de sa présence dans le réel. Rien de plus vain, dès lors, qu’il s’en remette aux discours éthiques, puisque, visant à énoncer le sens de la vie, ou encore la manière correcte de la vivre, tous s’entendent à nier d’emblée la relativité circonstancielle de sa vie — vouée, de fait, à une totale désorientation. Quel sens, quelle direction et quelle signification présupposer à sa vie quand vivre c’est être, du départ à l’arrivée, cerné par la mort? Quand un voyageur égaré dans une ville inconnue, et démuni de plan, demande à un autochtone le «meilleur chemin» pour regagner son hôtel, ce dernier peut lui faire préciser ce qu’il entend par «meilleur». Veut-il un parcours direct ou agréable? Est-il pressé? Dispose-t-il de temps? Anxieux, le voyageur choisira le chemin le plus rapide. Décontracté, il s’engagera, pour flâner, dans les rues les plus touristiques. Selon son état d’esprit, chaque option sera la «meilleure». Dans les deux cas, il obtiendra de l’autochtone, si celui-ci connaît bien sa ville, le renseignement souhaité pour parvenir à son hôtel: un itinéraire, avec ses étapes et ses repères. Mais les humains ne vivent pas dans une cité nommée «La Vie» — et nul prêcheur d'éthique n'en est un autochtone. Ce qu’ils appellent vivre, c’est errer, circuler à l’aveugle en tout sens, au gré du hasard, croisant, percutant ou ratant d’autres vies. Dans ce trafic des destinées, nul humain ne peut indiquer à un autre le meilleur chemin pour s’en extirper et atteindre à un séjour paisible et heureux. «Rien n’est plus sûr pour les humains qui ont vu le jour que de mourir», dit Critias, le cousin de Platon, une vielle connaissance de Socrate. «Et, ajoute-t-il, ceux qui pensent qu’elle a une autre destination, ne peuvent que se perdre»." 

In Le Bluff éthique


lundi 17 octobre 2011

Qui achète ?


Pour sa première émission — "Les grandes questions" — diffusée sur France 5, Frantz Olivier Giesbert a eu l’idée de réunir dans une galerie marchande des vedettes de la pensée médiatique — Alain Minc, Michel Onfray, Emmanuel Todd, Edgar Morin et Cynthia Fleury. Preuve est faite qu’il est un fidèle de notre blogue et qu’il a bien lu notre hommage rendu à Lucien de Samosate et à son Philosophes à vendre.