vendredi 5 juillet 2024

En traînant


En traînant, hier, du côté de l’hôtel Regina de Biarritz, je songeais à la nature et à l'origine des opinions politiques. Elles sont bien sûr déterminées par l’appartenance à une classe sociale, mais elles reposent surtout, comme les manies religieuses ou les engouements spirituels, sur des soubassements affectifs personnels, ai-je pensé. Une atteinte narcissique, un complexe, une rancœur, trouvent leur expression intellectualisée dans un engagement idéologique (ou dévotieux). Pareille vérité est flagrante quand j’entends des amis parler des élections, ai-je pensé — quand, invoquant des faits divers, des statistiques, une actualité journalistique dans le but de conférer une objectivité à leur discours, ils peinent à camoufler des symptômes névrotiques inscrits sans doute depuis des années dans leur psychisme. D’aucuns, par exemple, sont saisis par la phobie d’être remplacés par des métèques, ou convertis de force, ou envahis par une puissance orientale, d’autres par celle d'être spoliés par l’État, appauvris au profit des mal-lotis, privés de leur rang social confortable, angoisse de mort pour les premiers, angoisse de castration pour les seconds — les deux angoisses étant, au reste, liées.  Si tu étais moins flemmard, me suis-je dit en contemplant la ville et l’océan, tu devrais t’atteler, en t’appuyant sur les cas qui t’entourent, à la rédaction d’une Psychopathia politicis. Mais hélas, la science, à cause, justement, de mon inclination maladive pour le moindre effort, sera privée de mes travaux.                     


 

dimanche 9 juin 2024

Vive le parti de l'étranger !

 


Après avoir pris mes ordres auprès d’une puissance étrangère, et, en même temps, auprès d’une confrérie religieuse, je suis allé voter anti-Europe. 


Apologie d'une sorcière


Les crânes plats vomissent Rima Hassan. Ils aimeraient tellement voir un défenseur de la cause palestinienne sous les traits d’un barbu, parlant mal le français, le verbe vindicatif à l’égard des Juifs. Un faciès de cadre du Hamas. Or, Rima Hassan est une belle et élégante jeune femme, diplômée, s’exprimant avec aisance, précision et calme. Aucun voile islamique ne cache sa chevelure noire. Née il y a trente ans dans un camp de réfugiés palestiniens à Neirab, en Syrie, la madone met en rage les éditorialistes de la macronie et les sbires du RN, du PS, du PC. En lui prêtant des propos qu’elle n’a jamais tenus, les larbins des médias et leurs perroquets déplumés s’évertuent à en faire une avocate du terrorisme. Une sorcière. Douloureux est leur ressentiment quand, sur un plateau, elle balaie leurs ragots et leur offre son sourire solaire. 


 

vendredi 10 mai 2024

En traînant


En traînant à la Chambre d'amour, ma flemme olympique à la boutonnière, je regardais les humains de tous les âges, de tous les sexes, de tous les genres. Ils profitaient de la plage, des marchands de glace, des terrasses des chiringuitos. Quand je me suis assis sur un banc, une minuscule coccinelle est venue se poser sur mon jean blanc. Les couleurs de ses ailes étaient inversées. Petites taches rouges sur fond noir. Est-il possible que ce charmant insecte soit transchromatique?, me suis-je interrogé. Le temps passait. Toute mon âme s'abîmait dans cette contemplation. Puis la bestiole s'est envolée. Je suis rentré épuisé. Je ne m'étais pas attendu à pareil exercice spirituel.


 

lundi 29 avril 2024

En traînant


En traînant non loin des plages d'Anglet, je me disais que cette pelouse bien entretenue, parsemée de vieux tamaris ayant encore de l'allure, ornée de quelques haies de pittosporums, pouvait donner l'image d'un aspect de l'Éden avant la Chute. Puis je vis arriver une famille se propulsant à bicyclette, parents et enfants coiffés de casques en forme de suppositoires. L'enchantement disparut. Dieu n'a toujours pas pardonné le péché originel qui, sans doute possible, devait être une faute de goût. 


 

vendredi 26 avril 2024

En traînant


En traînant à la Chambre d'amour, dimanche dernier, je me suis souvenu de l'inquisition sanitaire instaurée par les petits messieurs d'en haut et justifiée par les morticoles des chaînes de propagande en continu ainsi que par la totalité des partis politiques. Je me suis rappelé les garde-côtes faisant la chasse aux surfeurs au large de la Grande plage de Biarritz, les couvre-feu, les permissions de sortie d'une heure dans un rayon d'un kilomètre autour de chez soi, le passeport-code qu'il fallait exhiber aux limonadiers pour boire un café à une terrasse, l'obligation de porter un masque déclaré d'abord inutile et ensuite nécessaire, la contrainte de se faire injecter un produit expérimental bricolé à la va-vite, etc. Me sont revenues en mémoire les imprécations que m'adressaient mes concitoyens, parfois mes proches, parce que je contournais toutes ces mesures coercitives — la plupart copiées sur celles qu'avait prises le Parti communiste chinois. J'ai vu alors qu'en agitant la peur de la mort, un pouvoir parvenait à dresser une population en lui faisant croire que la soumission est la vertu citoyenne cardinale. En arrivant au spot du Surf-club, je me suis mis à rire in petto en pensant à la honte que les Français éprouvent aujourd'hui à s'être fait manipuler aussi longtemps — ayant enfin compris que le virus, qui court toujours avec autant de vitalité, avait affaibli davantage leur sens de la dignité que leur santé.