samedi 19 octobre 2019

Incurable déviance


J’ai été anarchiste, au sens politique du terme, pendant mes années de lycée. À la devise «Ni dieu, ni maître», j’ajoutais inconsciemment: «ni père», car je perdis le mien quand j’eus neuf ans.  Une révolte œdipienne, en quelque sorte. Toute forme de commandement m’était insupportable à commencer par celle que j’observais dans les mouvements d’extrême gauche qui sévissaient dans la jeunesse. Les groupes maoïstes et trotskystes se coiffaient de petits chefs et leurs militants me paraissaient aussi coincés que les jeunes staliniens du Parti communiste français. Je me suis aussi défié des libertaires en les fréquentant de près. Si je les trouvais plus sympathiques que les gauchistes, ils n’étaient pas moins dogmatiques. Aussi quand je lus, en 1974, en classe de première, Raoul Vaneigem et Guy Debord, j’en fus un peu revigoré. À mes yeux juvéniles, le premier maniait des formules percutantes et le second des analyses d’une lourdeur intimidante. J’avais un besoin de références originales. Le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générationsLa Société du spectacle, les numéros de la revue Internationale situationniste collaient bien à mon désir de distinction théorique. Autour de moi, personne ne connaissait cette littérature et mon snobisme en était comblé. Mais, avec le temps, je me lassai aussi de ces utopistes pour classes moyennes et de leurs enthousiastes suiveurs. Quand je découvris le Précis de décomposition de Cioran à l’âge de dix-huit ans, ce fut un heureux tournant dans l’histoire de mon anarchisme. J’eus le sentiment que ce livre avait été écrit pour m’encourager à ricaner des idées humanistes prônées, je le pressentais, par des canailles et des baratineurs. Il m’orienta vers la marquise du Deffand et Joseph de Maistre. J’appris avec la première à m’abandonner au cafard, avec le second à laisser parler en moi l’ennemi du progrès. La maxime de Cioran selon laquelle «on doit se ranger du côté des opprimés en toute circonstance, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu’ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs», me servit de seule philosophie politique qui, sans tarder, me valut la disgrâce de mes amis lecteurs de Bakounine, de Kropotkine, de Proudhon. En adoptant l’infréquentable déconneur métaphysique comme un oncle spirituel dont je pouvais suivre les préceptes sans forcer mon talent, je passai à leurs yeux pour un détestable individualiste petit-bourgeois — déviance morale dont je n’ai jamais cherché à guérir tant elle m’était naturelle.   

samedi 12 octobre 2019

Telle mère, tel fils


Quand j’étais lycéen, et m­­ême plus tard quand je traînais à l’université, ma mère me recommandait les écrivains qu’elle aimait. Antoine Blondin, Albertine Sarrasin, Frédéric Dard, Alphonse Boudard… «Ça te changera de tes philosophes qui ne me semblent pas éveiller ta jugeote plus que ça», me disait-elle en me tendant un livre de Georges Simenon ou de Sébastien Japrisot. Même si je montrais des réticences à l’égard de cette littérature populaire à cause de l’obligation où j’étais de connaître les auteurs classiques, je trouvai des moments pour la lire. Non seulement j’en éprouvai du plaisir, mais il me vaccina contre les escroqueries modernistes telles que le Nouveau Roman, le roman expérimental et autres formalismes littéraires. Je dois à ma mère ma saine répugnance pour la sémiologie, la critique textuelle, l’avant-gardisme de certaines revues, tous ces snobismes de l'écriture qui sévissaient au cours des années 70 et 80. Ma mère fut pour moi un professeur de démystification.  

mercredi 9 octobre 2019

Ataraxie ? Tu parles !


Le Voluptueux inquiet (clicfait déjà l’objet d’un retirage. Nouvelle couverture, texte de présentation augmenté. Ménécée confirme sa présence. On ne peut plus parler d’épicurisme tranquille.    

mercredi 2 octobre 2019

Conférence du 5 octobre 2019


Société et religions, tel sera le thème de ma conférence. En voici la teneur:  Si, comme on l’admet communément, le mot «religion» vient du latin «religare» qui signifie «relier», on comprend la vocation des cultes polythéistes ou monothéistes à fonder des sociétés et à en légiférer les mœurs. Ce fut le cas durant des millénaires. Toutefois, le pouvoir politique et le droit se sont émancipés du divin. C’est l’un des traits majeurs de la modernité. Mais cette émancipation a-t-elle réellement eu lieu? La laïcité a-t-elle gagné son combat?

Médiathèque de Biarritz 15h 
Entrée libre 

mercredi 18 septembre 2019

Le plaisir de se moquer, de pester et de haïr avec finesse


Gabriela Manzoni

« Tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza », écrivait Bergson. Je ne suis pas philosophe. D’une part je n’ai jamais élaboré de système, et, d’autre part, à supposer que je fusse parvenu à pareil exploit, l’Éthique est une œuvre qui ne m’eût pas permis de nourrir ma pensée. Il ne m’en reste que le souvenir d’une lecture pénible. Avec sa prétention d’exposer une psychologie more geometricoSpinoza a sans doute fait le bonheur des professeurs de philosophie, mais a ruiné toute chance de faire celui de l’honnête homme, lequel, plus sensible que ces derniers à l’esprit de finesse, préfère, concernant la même matière, les Maximes de La Rochefoucauld. On connaît la phrase de Spinoza: «Ne pas se moquer, ne pas pester ni détester, mais comprendre». La Rochefoucauld n’eût pas manqué de se demander quel vice pouvait bien masquer l’affichage de pareil principe vertueux et de rappeler que la moquerie, la colère et la détestation, sont inclinations qu’une forte intelligence non seulement demeure impuissante à vaincre mais dont elle se fait la servante. La funeste lacune de Spinoza fut d’ignorer le péché originel. En s’évertuant à décrire le mécanisme des affects sans partir de cet irréfutable postulat, il condamna son lecteur à une ennuyeuse doctrine du salut. S'il avait évité de se faire passer pour un géomètre de l’âme et un maître de sagesse, s'il ne s'était « piqué de rien » comme La Rochefoucauld, peut-être aurait-il goûté aux joies du cynisme. 
   


samedi 31 août 2019

Conférence samedi 7 septembre à la médiathèque de Biarritz — entrée libre et gratuite


Portrait d'Arthur Schopenhauer
par 
Wilhelm Neuhäuser


Pourquoi, cher lecteur, donnerai-je samedi 7 septembre à 11h, à la médiathèque de Biarritz, une conférence sur Arthur Schopenhauer? Guy de Maupassant répond à ta question: «Qu'on proteste ou qu'on se fâche, qu'on s'indigne ou qu'on s'exalte, Schopenhauer a marqué l'humanité du sceau de son dédain et de son désenchantement. Jouisseur désabusé, il a renversé les croyances, les espoirs, les poésies, les chimères, détruit les aspirations, ravagé la confiance des âmes, tué l'amour, abattu le culte idéal de la femme, crevé les illusions des cœurs, accompli la plus gigantesque besogne de sceptique qui ait jamais été faite. Il a tout traversé de sa moquerie, et tout vidé. Et, aujourd'hui même, ceux qui l'exècrent semblent porter malgré eux, en leur esprit, des parcelles de sa pensée.» Alors, cher lecteur, à samedi?   

mercredi 21 août 2019

Biarritz, ville ouverte aux fâcheux


 J’ai écrit jadis que Biarritz était la capitale de l’ennui. Ce n’était pas une charge. Au contraire. L’ennui est ma vocation. Je vis dans le lieu idéal où je puis l’exercer. Emmanuel Macron aurait-il mal interprété mon propos? A-t-il voulu me distraire en organisant le G7 à Biarritz? A-t-il pensé que je trouverais de l’amusement à assister à la bunkérisation de la ville? Il est vrai que le déploiement des forces de l’ordre et des services de sécurité militaires, l’installation de points de contrôle à chaque croisement de rues, le vol incessant des hélicoptères de la gendarmerie, ne manquent pas d’allure. Sans doute aussi que le contre-sommet permettra aux altermondialistes en vacances de découvrir le Pays basque. D’autant qu’ils y retrouveront des CRS pour animer leurs processions. Cette multitude aux idéologies bigarrées, tellement concernée par les graves problèmes touchant la planète, force ma sympathie. Si cela ne dépendait que de moi, je lui donnerais les pleins pouvoirs pour éradiquer la pollution, le fascisme, les inégalités, les féminicides, les pesticides, l'homophobie, le racisme, pour mettre un terme à la montée des océans et à la fonte des glaces. Maintenant, me serait-il possible de m’adresser à Emmanuel Macron, je lui dirais qu’il eût pu choisir une autre ville que Biarritz pour rencontrer ses homologues. Quand bien même les chefs d’État et leurs opposants chahuteurs me semblent partager d’indéniables qualités humaines, l’honnêteté m’oblige à confesser que tous nuisent à mon éthique de la vie douillette en bord de mer, éthique qui vaut bien les politiques mercantiles des premiers et les utopies des seconds. Si, donc, avant de chercher à me désennuyer Emmanuel Macron s’était inquiété de mon réel désir, telle aurait été ma réponse: «Monsieur le Président, respectez le principe de la paix chez moi». 

mardi 20 août 2019

Ménécée répond à Épicure


Mon éditeur Jean-Michel Martinez (Éditions Louise Bottu) m’avertit qu’on parle du Voluptueux inquiet dans le numéro de Philosophie Magazine de septembre (clic). Ménécée commencerait-il à se faire entendre ?   


mardi 6 août 2019

Le roman de l'amertume


Antoine Jourdan ne respire bien que dans les atmosphères de la littérature et de l’art. Il étouffe dans l’air du temps où le style, le tragique, la beauté, passent pour des agents polluants de l’esprit citoyen. Son ami Thomas Dabrowski souffre de la même allergie et défend une théorie: «De même qu’un chien (ou un chien-chien) pour que son maître lui donne un susucre lève la papatte, le progressiste contemporain, lui, […] affiche sa révolte contre les injustices, n’a pas de mots assez durs pour combattre tous les replis frileux, tous les racismes, tous les abus, son cœur saigne, en continu, face à la marche du monde — et, hop, un susuc ![…]» Comme le progressisme est l’idéologie du monde, Thomas et Antoine ne voient plus que cela: des citoyens obsédés par l'idée de «donner la papatte et bouffer du su-suc». 
Dès lors, pour se donner de l’oxygène, tous deux animent une revue littéraire, Tour d’ivoire. Bricoler dans l’irrespirable leur permet de s’adonner aux plaisirs de la conversation, voire de la dispute, à propos du devenir incertain des romans qui «éclairent l’âme de leurs personnages», ces «exemplaires de l’humanité» qui «touchent à un point de notre individu, possiblement monstre, possiblement génial, possiblement criminel, possiblement tout». Même si Antoine et Thomas oscillent entre le scepticisme et le pessimisme, le désespoir leur donne l’énergie de consacrer des numéros de Tour d’ivoire à Jean-Baptiste Chassignet ou à Jean-Pierre Georges, poètes vivant dans la nuit de l’oubli et de l’anonymat. 
Mais publier ses goûts et ses dégoûts demande des moyens. Quand Antoine était marié à Hélène, une belle héritière, celle-ci le faisait vivre et finançait la revue. Divorcé, le voilà déclassé, employé à la médiathèque Arthur Rainbow, logé dans une HLM. Avec son traitement de professeur de philosophie, Thomas, lui, ne peut injecter de l’argent dans une entreprise vouée par nature au déficit. L’amitié des deux hommes pâtira de cette adversité. La comptabilité est l’arme avec laquelle l’époque se venge de ses détracteurs.  
Dans L’Homme surnuméraire, Patrice Jean anticipait l’avenir des classiques de la littérature dans les rayons des supermarchés du Bien. Expurgés de leur noirceur toxique, reconditionnés sous des couvertures au graphisme sympa, les œuvres d’Homère, de Shakespeare, de Céline, obéiraient à une politique culturelle visant à ne pas sacrifier le divertissement à l’enrichissement intellectuel. Dans Tour d’ivoire, l’auteur ajoute un chapitre à son tableau historique des déroutes de l’esprit humain impuissant à contrecarrer les offensives du commerce, de la morale et de la science — réunis en une triple alliance de la Bêtise. 
Tour d’ivoire est un roman inspiré par cette mélancolie acide qu’on appelle l’amertume. Une passion triste comme disent les fanatiques de l’optimisme et du progrès. Mais une muse pour les maîtres de la misanthropie et de l’humour. Pour les grands moralistes. Patrice Jean en est un. 
 Tour d’ivoire, Patrice Jean. 
Éditions rue Fromentin

samedi 27 juillet 2019

Masse et Nuisance


«La foule concentre en nombre et force toutes les tares humaines.»
 Ménécée (clic)

jeudi 11 juillet 2019

Schopenhauer, penseur du pire


"[…] Avec ce ton bravache qui plaît tant à ses admirateurs, Nietzsche écrit dans Ecce homo: «J’ai le droit de me considérer comme le premier philosophe tragique, c’est-à-dire comme le contraire et l’antipode d’un philosophe pessimiste». En d’autres termes: «Schopenhauer dénigre la vie, moi je la célèbre.» Que Nietzsche ne soit pas un philosophe pessimiste, nul n’en doute. Mais Nietzsche n’est pas davantage un philosophe tragique, dans le sens où, en se qualifiant de la sorte, il s’imagine rompre avec son maître, son «éducateur», et le dépasser. Schopenhauer n’a bien sûr que sarcasmes pour les optimistes. Cependant, on aurait peine à trouver sous sa plume le mot de «pessimisme» par lequel d’autres que lui définissent sa philosophie. À aucun moment il ne condamne la vie quand bien même il en expose en grand et en détail toute l’horreur. Condamner une chose suppose la vouloir autre ou en vouloir une autre à sa place. Or ce monde absurde où le malheur règne sans partage est notre seul monde, insiste Schopenhauer. Il nous échoit de nous y débattre jusqu’à la mort. Rien ne sert de le dénigrer. Évitons de jouer les fiers-à-bras devant l’adversité. Tendons à la résignation, le seul exploit à notre portée. Quelques joies nous seront données par surcroît. 

Quand, donc, Nietzsche oppose une philosophie dite tragique à une philosophie dite pessimiste, je ne puis y voir qu’un rejet de sa part de la brutalité et de la toxicité de la pensée de Schopenhauer. À se ranger du côté du «tragique», il n’exprime pas une approbation joyeuse de vivre dans le pire — pessimus —, mais la frayeur de persévérer dans le réel tel qu’il est exposé sans fard dans Le Monde comme Volonté et comme Représentation. Chaque ligne de ce livre le plonge — comme tout le monde — dans l’effroi. Mais, tel un gamin qui ne veut pas passer pour une lavette et un dégonflé — un «réactif» dirait-il — il s’exclame: «Même pas mal, même pas peur !». Le Monde comme Volonté et comme Représentation est une œuvre terrifiante. Non que Schopenhauer puise son inspiration dans le registre de l’épouvante. Il se contente d’observer ses semblables et rend compte de leurs tragédies ordinaires — marquant ainsi son influence sur les écrivains de son siècle et au-delà — comme Philip Roth, Thomas Bernhard, Charles Bukowski ou encore Michel Houellebecq. «Les souhaits jamais exaucés, la peine toujours dépensée en vain, les espérances que le sort, impitoyable, foule aux pieds, les funestes erreurs répétées au fil du temps, les souffrances qui augmentent, et la mort au dernier acte, voilà pour la tragédie. Mais tout se passe comme si la fortune ajoutait la dérision aux tourments de notre existence. Quand elle l’a remplie de tous les drames, elle nous prive de la dignité des héros et nous réduit, dans les détails du quotidien, au rôle de comiques.» 

N’importe qui peut lire sans dommage pour sa sensibilité un dialogue de Platon, l’Éthique de Spinoza, la Logique de Hegel. Le Monde comme Volonté et comme Représentation ne laisse personne indemne. Page après page, le lecteur avale des doses de désespérine purebreuvage âpre et brutal qui, après déglutition, lui met, comme on dit, les yeux en face des trous — et, dès lors, s’il a l’estomac solide, le dispose à penser pour de bon, comme on dit encore.[…]"  
@ Frédéric Schiffter 
in Le pessimiste chic

jeudi 20 juin 2019

Le Voluptueux inquiétant


À mesure que je traduisais Le Voluptueux inquiet (clic), je me disais que j’aurais pu l’écrire. J’avais le sentiment que Ménécée s’était livré à un plagiat par anticipation des écrits sceptiques à l’égard de la sagesse que je n’ai eu de cesse de publier pendant vingt-ans. Dans sa réponse à Épicure, il n’y a pas une seule idée que je ne puisse partager. Les hommes qui affirment croire dans les dieux sont plus à craindre que les dieux eux-mêmes. Nous ne sommes rien pour la mort et c’est pourquoi elle nous angoisse. Nous n’avons qu’un empire limité sur nos désirs. La nature est un non-être. Notre prudence reste impuissante à maîtriser le hasard. Conclusion: la tombe est le seul lieu de l’ataraxieDans sa lettre à Ménécée, Épicure concevait son éthique comme une médecine de l’âme constituée, on le sait, d’un quadruple remède. Au mot pharmakon — φάρμακον — les Grecs donnaient sans doute le sens de «remède», mais il signifiait aussi «poison». Ce n’est donc pas un mince mérite de Ménécée que de considérer la philosophie non comme une thérapeutique lénifiante mais comme une potion toxique. Un ouvrage philosophique digne de ce nom a vocation à empoisonner la pensée de son lecteur. On y verra une cruauté mentale. Assurément. Mais je rappellerai ce que disait Clément Rosset dans son Principe de cruauté: «Il n’y a probablement de pensée solide, quel qu’en soit le genre […], que dans le registre de l’impitoyable et du désespoir[…]».

vendredi 14 juin 2019

Le Voluptueux inquiet sera présent demain, samedi 15 juin, à la médiathèque de Biarritz dès 15h


Mon éditeur, Jean-Michel Martinez, me fait parvenir à l’instant cette photo de groupe du Voluptueux inquiet qui sort des presses. Les historiens de la philosophie ne pensaient pas que Ménécée avait répondu à Épicure. Ils se sont trompés. Ménécée nous offre ici, dans cette lettre qui reprend point par point la doctrine morale de son maître, un bref traité de scepticisme à l’égard de l’idéal de sagesse — qu'il définit comme un asile de l'illusion. Je rappelle que l’ouvrage, de belle facture, sera en vente demain, samedi 15 juin, à l’issue de ma conférence sur Martin Heidegger qui aura lieu à 15h à la médiathèque de Biarritz. C’est avec plaisir que je dédicacerai au nom de Ménécée des exemplaires de son Voluptueux inquiet(clic).          

dimanche 9 juin 2019

Conférence du samedi 15 juin, à 15h, à la médiathèque de Biarritz


Gérard Granel et Martin Heidegger

En 1976, au mois de mai, Martin Heidegger meurt. En septembre, je m’inscris à l’université de Toulouse-le-Mirail pour y redoubler ma première année de philosophie passée à Bordeaux. D’emblée, en mettant les pieds à l’Unité d’Études et de Recherches Philosophiques et Politiques (UERPP), je me rends compte que j’entre dans un repaire heideggerien. Le grand manitou qui y officie n’est autre que Gérard Granel, un physique à la Rock Hudson, grand fumeur, une vaste culture livresque et picturale, et, surtout, à l’époque, un esprit essentiellement tourné vers l’œuvre de Martin Heidegger et du maître d’icelui, Edmund Husserl. Plus tard, sans cesser de déclarer sa fidélité à la pensée de l’auteur de Être et Temps, il deviendra gramscien, puis wittgensteinien. Mais, là, à la fin des années 70, la phénoménologie, l’herméneutique, l’ontologie, sont les seules réjouissances qu’il offre à ses étudiants. Dans les couloirs de la faculté, on peut entendre une étrange peuplade de jeunes gens et de jeunes filles parler un dialecte mi-français, mi-je-ne-sais-quoi, où il est question de Dasein — prononcé, avec l’accent toulousain, dazaill’neu —, d’historialité, d’existentiaux, de dévalement, d’ustentialité, etc. Par chance, l’UER possède un département de philosophie hispanique. Je découvre alors Miguel de Unamuno, et, surtout, José Ortega y Gasset — auquel je consacrerai une petite thèse de 3ecycle. Pendant trente ans je n’ai pas rouvert un livre de Heidegger, même quand, dans les années 80—90, certains universitaires français firent mine de découvrir l’engagement nazi de leur mentor. Je suis resté indifférent aux polémiques qui ne manquèrent pas, alors, d’éclater. Je n’ai remis les yeux dans quelques ouvrages de Heidegger que pour les besoins de la conférence que je donnerai samedi prochain, le 15 juin, à 15h. Sans jargonner, je me limiterai à l’explicitation de l’ontologie du philosophe, de sa conception de l’humanisme et de sa critique de la technique. Il sera question, au passage, de Hannah Arendt. Cette conférence me rappellera ma jeunesse. 

Nota bene : Les habitués de mes causeries à la médiathèque de Biarritz trouveront samedi à l’entrée de l’auditorium une table de vente où ils pourront acheter pour eux et leurs amis (8€) Le Voluptueux inquiet ou la Réponse à Épicure de Ménécée. Ce texte traduit par moi-même — et publié aux éditions Louise Bottu (clic)—, est un petit traité de scepticisme à l’égard de la sagesse en général et de celle du maître du Jardin en particulier. Opus mince et élégant à glisser dans les poches de veste ou les sacs à main.