jeudi 23 novembre 2017

Avis aux amateurs.trices.


Le samedi 25 novembre, les Demoiselles du Bookstore m’accueilleront à 17h30 dans leur élégante librairie (27, place Clemenceau à Biarritz) afin que j’y signe mes Journées perdues (Séguier). Si quelques curieux.ses. venaient à s’égarer en ce lieu, je serais heureux et honoré de gaspiller un moment en leur compagnie.

jeudi 2 novembre 2017

Le pessimisme de Franquin


Gabriela Manzoni


Dans ma contribution au numéro hors-série, paru début novembre, de Philosophie Magazine consacré à Gaston Lagaffe, je souligne que Franquin exprime dans les albums de son héros incontrôlable une vision anarchiste de la société due à une incapacité à projeter dans le réel un principe ordonnateur — archè en grec. Mais, quand il laisse de côté les aventures de Spirou, du marsupilami, de Gaston, son anarchisme se mue en un pessimisme violent. Dans Les Idées noires, recueil de dessins coloriés à la seule encre de chine, où les personnages apparaissent en ombres chinoises, Franquin s’applique à traduire son dégoût de l’époque, ses hantises apocalyptiques, ses désarrois intimes. Si, dans nombre de pages, il venge sans pitié les vivants des torts que les puissants et leurs serviles valets — ingénieurs, militaires, religieux, politiciens, etc. — leur infligent, certaines d’entre elles évoquent le sentiment d’une vie vouée à la solitude et aux trahisons. Il y a celle de ce chien hurlant de douleur sur la tombe de son maître mais qui pleure en réalité sur sa «baballe» que les croque-morts avaient enfermée par inadvertance dans le cercueil; celle de ce brave type qui, lors d’une fête chez des amis, cache chez eux un micro miniature pour savoir comment ils parlent de lui en son absence et qui, ayant écouté tous les commentaires, se noie dans les déchets d’une poubelle; celle de ce jeune homme enthousiaste et joyeux dont l’invite «Qui m’aime me suive» ne trouve d’écho que chez un vautour qui le survole dans la nuit… Dans cette galerie d’horreurs peintes avec précision et qui rappellent Los Caprichos et Los desastres de la guerra de Francisco Goya, Franquin laisse apparaître son anarchisme plus viscéral que politique. La haine jaillit de partout — cette passion que Zola sanctifiait: « La haine est sainte, écrivait-il. Elle est l'indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise». Elle est d’autant plus redoutable quand elle provoque, comme chez Franquin, un rire exterminateur.

vendredi 27 octobre 2017

La République en laisse


L’autre soir, au restaurant, Frédéric Pajak m’apprend qu’il avait décidé de quitter Paris en raison de l’idolâtrie que cette ville voue à Emmanuel Macron. Je lui ai répondu que je ne comprenais pas sa décision. De quel bonheur allait-il se priver! Ainsi moi qui vis à Biarritz, lui ai-je dit, je me réjouis de l’amour du président qui y règne. Tout le monde, les jeunes, les vieux, surtout les femmes, communient dans cette allégresse. Sans doute, ai-je concédé à Pajak, est-il trop tôt pour mesurer les bienfaits sociaux de l’action de notre nouveau chef d'État, mais on ne peut nier qu’il œuvre d’ores et déjà au redressement de l’âme des Français. Rien qu’en prenant l’exemple de mes amis biarrots, ai-je dit à Pajak, tous fervents partisans d’Emmanuel Macron, je puis affirmer que, depuis l’élection de ce dernier, leur esprit et leur sensibilité se sont aiguisés. Leur conversation a gagné en qualité, leur personnalité en charme, leurs traits, même, en beauté. Pareil perfectionnement de leur être a commencé, ai-je dit à Pajak, par une révolution esthétique domestique. Tous mes amis, chez eux, dans leur entrée, leur salon, leur chambre à coucher, ont accroché un portrait d’Emmanuel Macron qu’ils ont découpé dans Paris Match, dans L’Obs ou dans Challenges. Parfois, il s’agit de photographies agrandies où il pose en compagnie de son épouse Brigitte, souriante et bien habillée. Une amie, très proche, très chère, conserve une image du couple présidentiel dans son portefeuille. Or, ai-je dit à Pajak, c’est parce qu'ils vivent sous le regard à la fois bienveillant et décidé de l’homme qui a fait barrage au fascisme et au chavisme, que mes amis s’épanouissent. Et c’est aussi pourquoi, confessai-je à Pajak, je me suis confectionné moi-même des encadrements de portraits d’Emmanuel Macron que j’ai posés partout chez moi, y compris sur ma terrasse vue mer — afin de m’encourager à opérer en moi-même des réformes intellectuelles et morales grâce auxquelles je ferai face aux défis de l’avenir. Pajak a écouté mes paroles. Contre toute attente, il les a entendues. Il m’a promis une allégorie à l’encre de chine représentant le président et son chien qu’il tient en laisse guidant la France. 

samedi 7 octobre 2017

Mon utopie est ici, entre la plage, ma chambre, ma bibliothèque


«L’été dernier, une fin d’après-midi d’août 2016, Jean Le Gall, le directeur des éditions Séguier, me retrouve à la terrasse de l’HP – c’est ainsi que j’appelle l’Hôtel du palais. Tandis que nous sirotons nos cocktails en contemplant la lumière qui décline sur la Grande plage, mon ami me dit:
 — Tu devrais écrire sur l’art de s’ennuyer à Biarritz et je te publierai.
L’idée me plaît.
— Dans le fond, tes livres te sont inspirés par une douce neurasthénie et Biarritz en est le décor. Réfléchis à ma proposition.
Une fois seul, je songe à cet ouvrage. Que faire? Un bref essai philosophique? Un de plus? Cette perspective ne me réjouit pas. En aspirant le fond de mon verre avec la paille, une solution m’apparaît avec évidence.
Pour évoquer mon ennui, le mieux est de rendre compte de mes journées vouées à regarder passer le temps. L’homme affairé tient un agenda, l’homme sans horaire son journal intime. Le premier note ses rendez-vous avec les autres, le second consigne ses réunions avec lui-même. Mon livre est pour ainsi dire achevé. Il sera fait des carnets écrits du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Deux ans vécus à Biarritz, ville de tous mes excès casaniers. Des jours qui se sont succédé entre flâneries, lectures, griffonnages et siestes. Des nuits à faire les cent pas dans mon crâne en attente de l’aurore. Des heures qui ont tourné sans déformer la mollesse de leur cadran. En écrivant ces pages, j’ai trompé mon ennui sans lui être infidèle.»
Avant-propos aux
Journées Perdues
SÉGUIER
Octobre 2017