mercredi 8 septembre 2010

En librairie aujourd'hui

Un philosophe peut m’instruire ou m’éclairer, mais son œuvre n’exerce sur moi aucun charme si en filigrane de ses concepts, de ses thèses, de ses arguments, je ne perçois pas le récit d’un chagrin personnel. Sous le masque du cérébral, j’aime deviner l’orphelin, l’amoureux, l’abandonné, le déclassé, le décalé — l’«animal malade». Les auteurs que je cite dans ces pages, en exergue de chaque chapitre, n’appartiennent pas à une même sensibilité intellectuelle ou littéraire. Si, cependant, leurs pensées m’accompagnent depuis longtemps et me reviennent à l’esprit comme des refrains, sans doute est-ce par ce j’y entends une semblable tonalité mélancolique. Que j’aie à m’en féliciter ou à m’en blâmer, c’est à Schopenhauer, mais aussi à Nietzsche, Pessoa, Proust, l’Ecclésiaste, Chamfort, Montaigne, Freud, Rosset, Ortega y Gasset, que je dois ma vocation de philosophe sentimental.