dimanche 27 février 2011

Ce n'est pas chinois



La Sortie est la Voie. Chacun la trouve un jour — sans la chercher.

mercredi 23 février 2011

Bilan apparemment positif



Si j’en crois les statistiques, mon blogue vient de dépasser le nombre de cent mille visiteurs. Pour une tribune créée il y a dix mois afin de satisfaire mon égotisme, le bilan ne me semble pas si mauvais.

Parmi les visiteurs, des habitués et des curieux de passage. Parmi les curieux de passage, d’aucuns sont devenus des habitués. Parmi les habitués, certains, le petit nombre, m’apprécient et d’autres, le grand nombre, me vomissent.


J’affiche tous les commentaires amicaux, sympathiques, bienveillants, et même mordants quand ils ont de l’esprit. Tous les autres, les fielleux, en augmentation, je les supprime. Non tant parce que le ressentiment qui les inspire se mélange à d’évidentes carences littéraires, philosophiques, cinéphiliques, etc., mais parce que ces graffiti manifestent une inquiétante incapacité de leurs auteurs anonymes à écrire correctement. De même que certains sujets mécontents voulant coûte que coûte se plaindre souffrent non pas d’un défaut d’éloquence mais d’élocution, les commentateurs hostiles à mon blogue souffrent non pas d’un manque de style, mais sont atteints de dyslexie. Dès lors, je ne vois pas l’intérêt intellectuel, ni, surtout, esthétique, de publier pareil charabia au bas de mes chroniques, aphorismes, anecdotes et boutades. Les intéressés verront là une censure de ma part à leur égard. C’est le cas. Nonobstant, rien ne les empêche d’ouvrir ensemble ou chacun pour soi un blogue où ils pourront m’injurier à l’envi.  


Avec tout cela, j’allais oublier que Paul Léautaud mourut un 22 février — en 1956, l’année de ma naissance. En hommage à sa mémoire, je le cite : « L’amour, c’est le physique, c’est l’attrait charnel, c’est le plaisir reçu et donné […]. Le reste, les hyperboles, les soupirs, les “élans de l’âme“ sont des plaisanteries, des propos pour les niais, des rêveries de beaux esprits impuissants ». En ma qualité de philosophe sentimental, j’aurais tendance à l’approuver.

  

lundi 21 février 2011

Baque haume

 

 S'exiler de l'hiver une petite huitaine de jours, voilà une aliénation bien agréable, et bien brève. "Mais que voulez-vous, dit un personnage de Truffaut dans L'homme qui aimait les femmes, on ne peut tout de même pas faire l'amour tout le temps! C'est bien pour ça qu'on a inventé le travai!".

mercredi 16 février 2011

Mes vacances aliénées à Tenerife - 2


Ce mercredi 16 février 2011

10 H. Au bar de la piscine, je bois un café solo mélangé à de la poudre à canon — spécialité locale. Il fait beau temps, mais il est tôt. Trop tôt pour le bikinisme — qui ne se produit que vers onze heures-midi. En attendant, le spectacle de l’affairement du garçon de piscine, Alfonso, me plonge dans la méditation. Je me rappelle l’analyse sartrienne de la mauvaise foi — version existentialiste du concept d’aliénation défini par Lukács. Observant la gestuelle stéréotypée d’Alfonso, jeune et solide gaillard aux mollets de foutebaleur, je me demande, comme Sartre à propos du garçon du Flore, si je suis le témoin d’une auto-réification. Si Alfonso sait ce qu’il n’est pas — un garçon de piscine —, à l’évidence, cela ne l’empêche pas, le temps de son travail, de n’être pas ce qu’il est — un être humain authentique. Mais si, après tout, Alfonso considérait de bonne foi qu’il était bel et bien en pleine possession de son humanitas quand il rangeait les robots de nettoyage, balayait les abords des bassins et installait les transats ? Car le zèle que met Alfonso à exécuter sa tâche est tel qu’on peut se poser légitimement la question de savoir s’il n’y a pas là, chez ce jeune humain coiffé d’une casquette rouge, une totale identification à son « être-garçon-de-piscine ». En tout cas, si Alfonso est aliéné, ce n’est pas moi qui irait le lui révéler ni l’inciter à s’élever à la conscience de classe à la faveur de laquelle, en s’unissant à tous les garçons de piscine de tous les pays, il voudrait cesser d’être garçon de piscine. À la fin de mon séjour, peut-être. Jusque-là, j’ai besoin de ses services. Moyennant quelques pourboires, il me réserve le coin le plus ensoleillé de la piscine chauffée, le plus abrité du vent — y también le plus bikinisé. 

mardi 15 février 2011

Mes vacances aliénées à Tenerife




Tenerife ce mardi 15 février

Assurément, j’eusse fait ou, qui sait ce que les dieux me réservent, je ferais un bien mauvais taulard. Déjà que prendre mon petit déjeuner au buffet d’un palace au milieu d'honnêtes gens — enfin je crois — qui mastiquent des œufs frits ou de la charcutaille et laissent échapper de leur bouche d’indécents bruits de déglutition quand ils avalent leur café au lait, relève pour moi de l'exploit, la chose me serait fatale dans le réfectoire d'une prison. La promiscuité est une atteinte au droit de l’homme que je suis. Ma décision est prise, demain matin j’opte pour la solution roume-service. 


vendredi 11 février 2011

Que faire ?


L’ennui est davantage une passion d'esthète que de philosophe. Le philosophe, pour se désennuyer, peut s’enrôler au service d’une cause qu’il jugera bonne ou légitime. Son action le captivera. Il prendra ce divertissement au sérieux et le mettra même au-dessus de ses livres. Il augmentera le nombre de ses admirateurs. L’esthète, lui, à supposer qu’il dégote une cause à défendre, s’y engagera par ennui et toujours par ennui la trahira.

jeudi 10 février 2011

Sur Debord — saison 7




Même si ce feuilleton m'attire des insultes proférées systématiquement par de courageux anonymes, j'en poursuis néanmoins la publication, ne serait-ce que pour permettre à ces derniers de comprendre, enfin, grâce à la clarté et à la distinction de mes propos, la doctrine abusivement tarabiscotée dont ils se coiffent — tout ça pour se donner des airs importants auprès de gens plus incultes qu'eux. Le travail entrepris ici, mû par un élan de compassion à l'égard des néo-debordistes, n'a donc d'autre vocation que pédagogique — étant entendu que, comme le soulignait Wittgenstein, toute bonne pédagogie est en même temps une démystification. 


Pareil zèle d’inquisiteur antiartistique chez Debord ne s’explique, là encore, que par sa haine religieuse de l’image, de la représentation, et sa nostalgie d’un Avant idyllique.

Tant que les hommes parlent à l’unisson dans le mythe, toute création s’inscrit dans une langue et des rites communautaires — où l’on retrouve chez Debord ce regret rousseauiste des fêtes villageoises médiévales (cf. la Lettre à d’Alembert sur les spectacles), modes archaïques de « situations » populaires opposées au goût de la noblesse pour les joutes d’armes, les jeux de cour et, plus tard, pour le théâtre et l’opéra.

Dès lors que cette «communauté du dialogue» est dissoute, l’art, la littérature et la philosophie, notamment sous leurs formes contemporaines, consacrent le désastre de la séparation: «Toute communication est joyeusement proclamée absente», ironise amèrement Debord — visant, c’est probable, Beckett pour qui toute parole est un écart de langage et Antonioni conteur d’effondrements muets. Athéisme des mots et nihilismes des images intolérables pour le contempteur de la séparation, affairé comme tous les intellectuels engagés de l’époque à fabuler sur l’amélioration historique des destins collectifs et à produire du Sens. Raison pourquoi il en appelle aux prolétaires qui portent en eux la seule œuvre d’art de l’avenir: la démocratie directe des Conseils. Leur révolution restaurera la fraternelle communauté perdue.

Toutefois, en l’attente d’un tel avènement, il leur faut renoncer aux agréments les plus divers que ce monde leur fait miroiter. Car la culture, «marchandise vedette», a vocation à entretenir le prolétariat dans le sophisme selon quoi la vie sans esprit s’enrichit dans la consommation de l’esprit sans la vie. L’ignorance qu’elle enseigne, la désinformation qu’elle propage, le goût qu’elle déforme, font d’elle l’industrie de la pensée soumise. En peignant le monde aux couleurs d’une chatoyante opacité, elle abaisse sur les consciences le rideau de fer de l’amnésie. Éblouis par l’éclat de verroteries lancées sur le marché — les yéyés, le pop-art, la nouvelle vague, le nouveau roman, la télévision, etc. — les spectateurs finissent par oublier que le temps vécu de leur aliénation n’est rien d’autre que l’aliénation vécue de leur temps. Car si le temps est «le milieu où le sujet se réalise en se perdant», dans le «temps spectaculaire», réglé sur l’unique saison de l’économie, le sujet se perd sans jamais s’accomplir. Dans ce «présent étranger», rythmé par les oscillations de la production et de la consommation, les spectateurs sont dépossédés de chaque instant. Sans rebuffade, ils se soumettent à l’agenda des temps morts qui scandent leur vie. S’ils admettent qu’il y a un temps pour tout, c’est à la condition qu’on leur en dicte les divers emplois. Où ces hommes désynchronisés d’eux-mêmes iraient-ils contempler tout à loisir le passage du temps ? L’espace où on les force à habiter, à circuler, à se côtoyer, n’est que l’infinie étendue de la marchandise. Asservie aux caprices du marché, la technique moderne érige le décor abstrait de la quantité. Désormais, nulle ville, nulle campagne, nulle vallée, nul rivage, nulle côte n’échappe à une géographie de l’exil et à une urbanisation du vide surpeuplé. L’espace spectaculaire s’étend partout comme le désert de l’abondance. Et, sous les sables de cet univers de choses, outre leur temps personnel, les hommes ont enseveli le temps historique. En lettres de néon, l’épitaphe en est ainsi rédigée : « Ici même, il n’arrivera jamais rien et rien n’y est jamais arrivé ». Davantage qu’une caverne, le « spectacle » est le sépulcre de la mémoire et de l’espoir.


À suivre…



lundi 7 février 2011

Transparence


« Qui sont les autres ? Nous ne connaissons d’eux que ce que nous désirons y voir et que ce qu’ils veulent laisser paraître. » 

Dexter Morgan

samedi 5 février 2011

Communiqué sur la révolution égyptienne

s



Mes nombreuses admiratrices, et mes détracteurs debordistes plus nombreux encore, me pressent par courrier d'exprimer ma position sur ce qu'on appelle avec grandiloquence la révolution égyptienne.


La voici :


Ou le peuple d'Alexandrie et du Caire organisé en conseils de prolétaires réservés aux hommes — dont on peut voir sur la photographie ci-contre tout le raffinement vestimentaire et la gracieuse gestuelle — restaure le pouvoir des belles pharaonnes, ou bien il peut continuer à se faire tyranniser par un gros lard d'autocrate, ou, plus démocratiquement, se soumettre à une junte militaire, ou encore, car l'éventail de la liberté est large, se prosterner devant une bande de barbus fanatiques.



vendredi 4 février 2011

"Don't cry my doll, don't cry"



« Seuls quelques uns de nos fragments
toucheront un jour des fragments d’autrui.
En réalité, la vérité de quelqu’un n’est
que ça — la vérité de quelqu’un.
On peut seulement partager
le fragment que l'on sait acceptable de l’autre
ainsi on est presque toujours seuls.
Comme c’est aussi le cas
de toute évidence dans la nature — au mieux peut-être
notre entendement pourrait-il découvrir
la solitude d’un autre. »

Marilyn Monroe
Poèmes, écrits intimes, lettres

mercredi 2 février 2011

Amicalement vôtre — suite.


"Se faire des amis est une nécessité de commerçant, se faire des ennemis une occupation d'aristocrate."

Henry de Montherlant