samedi 12 mai 2012

No se puede vivir sin amar — 12


Éric Fischl


«Elle a dû me dire une fois de plus: “C’est tout de même curieux que tu puisses ainsi me soupçonner de coucher avec des hommes.” Je lui dis : “Voyons ! Si un homme t’offrait cinq mille francs par mois, même seulement pour lui faire certaines choses, avoue que tu accepterais peut-être. Cinq mille francs par mois, c’est une somme.” Tout de suite alors, son visage défait, et une crise de larmes. Je n’ai pu que lui demander pardon, lui dire qu’une fois de plus je plaisantais. — “Oui, oui, tu dis souvent que tu plaisantes, au fond, je sens bien à ton ton que tu parles sérieusement. Comment peux-tu me dire de ces choses? J’en suis arrivée à appréhender de nous trouver ensemble. Je sais bien que tu penses cela vraiment de moi.” J’ai alors ce mot qui n’était pas fait pour arranger : “Je le pense de toutes les femmes.”»

Paul Léautaud
Journal particulier (1935)