lundi 25 juillet 2011

En écoutant Amy Winehouse, je pense aussi à Sylvia Plath


Quiconque se regarde dans son miroir avec l’attention d’un peintre expressionniste, voit un crâne qui s’essaie à des mimiques sous le masque d’une chair provisoire et comprend qu’avoir forme humaine est en soi une exagération. Il y voit aussi, peut-être, l’image d’un prochain trop proche qui lui sort par les yeux et dont il désire anéantir la présence. Geste difficile, à en croire Sylvia Plath, qui, lassée de cohabiter avec elle-même dans sa « cloche de détresse », aurait aimé se suicider à la manière d’un philosophe romain, en s’ouvrant les veines dans un bain chaud, mais recula devant la glace à pharmacie de sa salle de bain. « Quand il fallut passer à l’acte, écrit-elle, la peau de mes poignets semblait si blanche, si vulnérable, que je ne pus me résoudre à le faire. C’était comme si ce que je voulais tuer ne résidait pas dans cette peau blanche, ou sous le léger pouls bleuté qui palpitait sous mon pouce, mais quelque part ailleurs, plus profondément, plus secrètement, beaucoup plus dur à atteindre. » Que le rasoir n’atteigne pas l’être qu’il faut saigner, voilà qui confirmerait la croyance en l’immatérialité de l’âme, mais ce serait négliger l’efficacité létale du gaz domestique combinée avec l’absorption de barbituriques.