vendredi 19 avril 2024

Distinction


Dommage qu'il n'y ait pas eu un premier ministre comme M. Attal l'année où j'ai passé le baccalauréat. L’élève que j’étais aurait mérité cette distinction de «fauteur de troubles» ­— sans qu’il y eût besoin d'ajouter: «Peut mieux faire».


 

mardi 9 avril 2024

L'art de lire


— Nous ne sommes pas bien, là? Sur la terrasse? Face au parc? Nous lirons quand nous aurons envie de lire!

 

dimanche 10 mars 2024

Ces lampions qui se prennent pour des Lumières


Un jour, enfant, je regardai avec ma mère une émission de variétés à la télévision où s’égosillaient les Compagnons de la Chanson. «Pourquoi se mettre à plusieurs pour chanter une bêtise pareille?, me dit-elle, un seul aurait suffi». Je reprendrai sa formule à propos de ce pensum collectif au titre grandiloquent: L’humain au centre du monde. Une trentaine de pense-menu sans le style ni l’ironie de Voltaire, leur modèle, pourtant, se sont regroupés pour «conserver l’héritage de l’humanisme» afin de «faire face aux enjeux de notre temps». J’avais été sollicité pour faire partie de cette entreprise. Non seulement j’ai décliné la proposition, car, comme je l’avais indiqué dans un précédent article, je n’ai rien d’un philosophe ni d’un intellectuel, mais surtout parce que je suis frappé d’irréligion en matière d’humanisme. J’ai même forgé un terme pour la désigner: ananthropie — an-privatif, anthropos-homme. Contrairement à bon nombre d’athées, je ne crois pas en l’humanité. Comme Cioran, je souhaite même qu’elle disparaisse, afin, peut-être, qu’on la regrette.  


 

mercredi 6 mars 2024

Pas d'équerre, de Judith Wiart


J’ai fini en une heure Pas d’équerre (clic), de Judith Wiart, publié aux Éditions Louise Bottu — 2024. Il s'agit du journal, courant sur trois trimestres, d'un professeur qui enseigne le français et l'histoire-géographie dans un lycée professionnel du bâtiment. Les élèves de Judith sont des enfants de prolétaires qui portent des prénoms anglo-saxons et des enfants d'Afrique noire et du Maghreb portant des prénoms musulmans. Ces derniers «sont arrivés jusqu'à nous» après avoir traversé des «déserts, des terres et des mers». Ils s'accrochent à leurs études «comme à une bouée orange dans la Méditerranée». Ils sont en attente de papiers. Ils ont peur de l'OQTF (obligation de quitter le territoire français). Judith leur enseigne des matières qui ne servent à rien. La poésie et l'histoire. Ça les change de la menuiserie, de la maçonnerie. Le gouvernement, au service du négoce, veut des apprentis, pas des rêveurs qui jouent avec les mots. Les heures d'enseignement des humanités sont réduites. L'intégration passera par les stages, le travail. La France, pour ces gamins, ce sera les chantiers. Les lycéennes ont du mal avec la semi nudité. «Dans mon pays, Madame, les filles n'ont pas le droit de se mettre en maillot de bain. — Ah bon? Sinon qu'est-ce qui leur arrive? — Elles iront en enfer! — Ah? Vous voulez dire que l'enfer est peuplé de filles en maillot de bain? Ça a l'air sympa. — Bah…» Judith aurait pu décrire le Lycée Professionnel comme un enfer avec ces adolescents sans éducation. Violents. Qui viennent de «quartiers sensibles». Existe-t-il des quartiers insensibles?, se demande Judith. «On s'inquiète de la croissance de la violence dans les cités. Au contraire, je me demande: par quel mystère cela n'explose pas plus?» «À partir des récits de naufrages, de tortures, de guerres, de viols, de persécutions, de souffrances, de violences en tout genre racontés depuis vingt ans par mes élèves, j'aurais de quoi écrire un livre. Un petit recueil bien dense, bien tragique, bien pathétique, bien émouvant. Oui, je pourrais les prendre en otage tous ces élèves venus de loin et verser dans la crapulerie lyrique […] Oui, ce serait facile de dorer mon blason en le lustrant à l'aide des guenilles de la misère[…] Je pourrais même finir par croire à ma probité morale.» Pas d’équerre n'est pas un manifeste humanitaire, mais un cahier de poésie. 


 

lundi 29 janvier 2024

Fin de la philosophie, philosophie de la fin



Samedi, ma conférence bimestrielle était consacrée à la question des relations que la philosophie, les sciences et la religion, entretiennent entre elles. Devant un auditoire nombreux et attentif, j'ai développé l'idée que, dans la société du négoce, la figure de l'ingénieur avait effacé celle du philosophe et celle du prêtre. Pour le grand public, la philosophie s'apparente désormais à la psychologie, la religion à une morale écartelée entre tradition et modernité. Seules les sciences, par le truchement de vulgarisateurs, intéressent les esprits, un peu pour elles-mêmes, mais, surtout, pour les innovations technologiques qui en procèdent et vite mises sur le marché. Auguste Comte avait vu juste, ai-je dit. De l'«âge religieux» antique et médiéval, nous sommes passés à l'ère du calcul technoscientifique, en passant par l' «âge métaphysique» durant lequel la rationalité s'émancipait de la croyance. Tel est le progrès, ai-je poursuivi, à savoir la décomposition d'une ancienne forme de pensée, la philosophie, pensée purement interprétative, contemplative, méditative, aucunement tournée vers la «maîtrise et la possession de la nature» et moins encore désireuse de dominer les consciences — comme ce fut le dessein des cultes institués. Si ces derniers survivent, ai-je avancé, c'est parce qu'ils procurent encore le petit frisson du sacré dans le monde de la marchandise fétichisée. «Examinons le caddy culturel du consommateur», ai-je proposé, «on y trouve toutes sortes de spiritualités exotiques, de sagesses chimériques, de connaissances au rabais.» Maltraités, les gens en appellent à un utopique épanouissement personnel. Éprouvant l’absurdité de leur vie, les voilà vainement en quête de sens. Perdus dans un univers indifférent à leur présence, ils supplient les savants de leur prouver le contraire. Mais ils n’ont que leur smartphone pour leur tenir compagnie. Dieu n’est pas connecté. Ils n’entendent que l’écho de leur désarroi dans le vide de l’éther. «Est-ce là ma seule philosophie ? », ai-je dit. «Heureusement, oui !», ai-je répondu. Il était presque midi et demi. J’ai vu que cette causerie avait ouvert l’appétit des auditeurs. Nous nous sommes quittés bons amis.      


 

mercredi 13 décembre 2023

lundi 24 juillet 2023

Aider à vivre


En traînant l'autre soir au-dessus de la plage de la Côte des Basques, je repensais à ce que disait, lors d'une réunion du jury du prix littéraire de La Maison Rouge de Biarritz, l'un des jurés. «Les écrivains nous aident à vivre.» Je n'avais pas relevé. En m'asseyant sur le parapet face à l'océan, j'ai songé à Lucrèce, Drieu, Pavese, Montherlant, Mishima, Caraco, Gary, Debord, mon ami Jaccard... Ces écrivains se sont suicidés — heureux d'avoir aidé leurs lecteurs à vivre...


 

dimanche 23 juillet 2023

Génie en repos


En traînant hier matin du côté de la plage de la Madrague, je n'ai eu aucune révélation mystique, intellectuelle, poétique. Pas même un début de pensée pouvant donner lieu à une réflexion philosophique. Cogitomètre plat. Mon génie est en vacances. Comme ça me repose!


 

vendredi 14 juillet 2023

En traînant très tôt


En traînant très tôt ce matin à la Chambre d'amour, je me suis souvenu que c'était le 14 juillet, jour de fête pour les amateurs de défilés, de feux d'artifice, de spectacles son et lumière. Un jour sacré pour les badauds. Un jour maudit pour traîner. Après un bain merveilleux, j'ai regagné mes pénates pour célébrer à ma manière les valeurs républicaines. Je n'en dirai pas davantage.

 


 

mardi 11 juillet 2023

En traînant à Hossegor


En traînant à Hossegor, samedi matin, non loin du Sporting dont la bâtisse paraît défraîchie et la piscine abîmée, je songeais à ce que devait être la poésie de cette ville balnéaire avant la démocratisation des congés. Il eût fallu interroger les grands pins, témoins de cette époque. Puis, en marchant, je remarquais que le ru du canal qui alimente le lac allait dans la direction opposée à la mienne. L'Océan retirait ses eaux du bassin. Il les renverrait dans quelques heures. C'est son habitude quotidienne que d'aller et venir ainsi. Sa façon de traîner dans les terres, me suis-je dit...



 

lundi 10 juillet 2023

Du côté du Miramar


En traînant à Biarritz, l'autre matin, j'eus la confirmation que la météorologie de l'âme et celle des plages pouvaient très bien ne pas coïncider.

 


 

vendredi 7 juillet 2023

En traînant dans mon quartier

En traînant ce matin dans mon quartier, je me suis arrêté au Kostaldea, le chiringuito qui surplombe la Petite Chambre d'amour. Le café y est bon. Des moineaux s'invitent à ma table pour becqueter des miettes de viennoiseries puis s'envolent. Parfois, l'un d'eux reste. Il me regarde. Guette un geste généreux de ma part. Je lui donne un petit morceau de «speculoos» servi en sachet dans la sous-tasse. Il s'en va le manger ailleurs. Ses amis rappliquent. Réclament avec force cui-cui la même friandise. J'aime bien ces oiselets bruyants et audacieux, même s'ils sont intéressés. Mais quel vivant n'est pas mu par l'intérêt? Du bigorneau à la sainte, la Création est maudite.