jeudi 14 mars 2013

Du Pape


Francis Bacon
Study after Velazquez’s Portrait of Pope Innocent x 1953

"Ce qu'il y a de véritablement étonnant, c'est de voir les Papes devenir souverains sans s'en apercevoir, et même, à parler exactement, malgré eux. Une loi invisible élevait le siège de Rome, et l'on peut dire que le Chef de l'Église universelle naquit souverain. […] Je ne sais quelle atmosphère de grandeur[…] l'environnait sans aucune cause humaine assignable. Le Pontife romain avait besoin de richesses, et les richesses affluaient; il avait besoin d'éclat, et une splendeur extraordinaire partait du trône de saint Pierre, au point que, déjà dans le troisième siècle, l'un des plus grands seigneurs de Rome, préfet de la ville, disait en se jouant, au rapport de saint Jérôme: ”Promettez-moi de me faire évêque de Rome et tout de suite je me ferai chrétien.” Celui qui parlerait ici d'avidité religieuse, d'avarice, d'influence sacerdotale, prouverait qu'il est au niveau de son siècle mais tout à fait au-dessous du sujet. Comment peut-on concevoir une souveraineté sans richesses? Ces deux idées sont une contradiction manifeste.Les richesses de l'Église romaine étant donc le signe de sa dignité et l'instrument nécessaire de son action légitime, elles furent l'œuvre de la Providence qui les marqua dès l'origine du sceau de la légitimité. On les voit et l'on ne sait d'où elles viennent. […] C'est le respect, c'est l'amour, c'est la piété, c'est la foi, qui les ont accumulées."

Joseph de Maistre

Du Pape
Livre II, ch. VI