jeudi 5 mai 2011

Frime et vacuité


Une dépêche vient de tomber. Huit grands hôtels de luxe français ont reçu la distinction de palaces. Parmi eux, le Palais de Biarritz. Comment le jury a-t-il pu autant retarder dans ce choix ? Pourquoi ne m’a-t-on pas consulté ?
Dominique Fernandez, le président du jury, prétend qu’un palace doit amener les clients « dans un autre domaine que celui de la vie courante », qu’il doit avoir une histoire qui « contient déjà une part de rêve, une sorte d'enchantement par les fantasmes qu'il suscite » et être « une sorte de roman », un lieu où on pénètre « comme on s'avance dans le royaume des mille et une nuits ». Certes, certes. Mais c’est un peu du baratin, tout cela. Le Palais est à un quart d’heure à pied de chez moi, mais il arrive que, de temps à autre, j’y passe une nuit. Pas toujours tendre la nuit, au Palais. On dit que Hemingway et Fitzgerald, après avoir trinqué jusqu'à plus soif, s’y sont battus. Au bar ou aux pissotières. Scotty a bien cogné, mais il n’a pas fait le poids. Ernest l’a remonté dans sa chambre. Bref. Un palace c’est avant tout un endroit tout à fait indiqué pour un type comme moi, qui ne s’en remet pas de la fatigue d’être né. Rien de mieux qu’une suite pour jouir de moments douillettement coincés entre le temps et l'éternité. J'y soigne les morsures que m'infligent les chronophages. Bien sûr, séjourner dans la soie me met sur la paille et les railleurs disent que je suis snob à me mêler ainsi à une faune de parvenus. Ils n’ont pas tort. Mon snobisme est de me dire que de tous les parvenus je suis le seul parvenu à rien.