samedi 30 août 2014

Couper les oreilles à toutes les mères


André Müller : Pouvez-vous préciser pourquoi les familles avec enfants vous paraissent si détestables ? Vous avez dit qu’il fallait couper les oreilles à toutes les mères.
Thomas Bernhard J’ai dit ça parce que c’est une erreur lorsque les gens croient donner naissance à des enfants. C’est un subterfuge vraiment grossier. Car ils donnent naissance à des adultes, pas à des enfants. Ils mettent au monde un aubergiste ou un tueur en série transpirant, bedonnant, répugnant, pas des enfants. Les gens disent qu’ils attendent l’arrivée d’un petit marmot, mais en réalité ils attendent un vieillard de quatre-vingts ans qui fuit de partout, qui n’y voit plus rien et qui pue, qui traîne la jambe, paralysé par la goutte, voilà ce qu’ils mettent au monde. Mais ils ne le voient pas, à seule fin que la nature puisse continuer à avoir le dernier mot et que cette saloperie puisse se prolonger sans fin.


Sur les traces de la vérité


lundi 25 août 2014

Sisyphe au restaurant


«Camus parlait de l'angoisse, de la peur et de la misérable condition de l'Homme, mais il en parlait d'une manière si confortable et fleurie... son langage... qu'on avait l'impression que rien ne l'affectait, ni lui, ni son écriture. En d'autres termes, tout pourrait aussi bien aller pour le mieux. Camus écrivait comme un type qui vient juste de finir un bon steak avec des frites et de la salade, complété par une bonne bouteille de vin. L'humanité souffrait peut-être, mais lui pas. Un sage, sans doute, mais [je préférais] ceux qui criaient quand ils se brûlaient.»
Charles Bukowski


lundi 11 août 2014

De la méditation à l'ombre


Photographie Claude Nori

«De toutes les calomnies la pire est celle qui vise notre paresse, qui en conteste l'authenticité.» 
Cioran


vendredi 25 juillet 2014

De la guerre


À nos yeux, un palestinien et un israélien de qualité sont des hommes qui, respectivement, ne cautionnent ni les provocations belliqueuses du Hamas, ni les exactions de Tsahal. Ces hommes, nous le supposons, doivent se trouver du côté de l’Autorité palestinienne et de la gauche israélienne. Sauf que leurs partis sont impuissants à calmer l’hybris ou l’ivresse du carnage qui anime les faucons du Likoud et les djihadistes du Hamas — Hamas qui fut au départ, nous le rappelons, un groupuscule soutenu par Israël pour affaiblir le Fatah. Nous ne croyons pas à une paix diplomatique. La paix n’est qu’un armistice qui s’obtient soit quand une armée écrase l’armée ennemie, soit quand le rapport des forces de destruction réciproque s’équilibre : quand les deux camps, après la montée aux extrêmes — comme dit Clausewitz —, se rendent compte qu’il serait plus dommageable que profitable pour chacun d’eux d’aller plus loin dans le conflit. Pour l’heure le rapport de forces entre Tsahal et le Hamas est de l’ordre de mille contre un. Nous notons toutefois que cette dernière organisation a fait des progrès sur le plan militaire et tactique. En causant des dégâts et des pertes humaines dans les rangs de l’armée israélienne, elle oblige celle-ci à une sorte de guerre totale qui touche davantage les civils que des combattants, ce qui, bien entendu, suscite la réprobation de l’opinion internationale. C’est un piège que les stratèges de Tsahal n’ont pu éviter et le Hamas peut considérer qu’il a remporté là une victoire. Certes, ce parti n’attend pas que des intellectuels le soutiennent en Occident, comme des idiots utiles, selon l’expression de Lénine, soutiennent Israël. Son but est que l’on perçoive sa capacité de nuisance comme pouvant être égale à celle du Hezbollah ou d’autres milices djihadistes au Levant. De même que le président Bush Jr. a favorisé les succès militaires des mahométans en Irak, le Hamas compte sur Netanyahou pour qu’il lui ouvre les avenues non d’un Etat laïc tel que le souhaitait Yasser Arafat, mais d’un émirat islamique en Palestine. 


samedi 19 juillet 2014

Ad usum mei — 38


Entre des travaux mercenaires pour le compte de Philosophie Magazine et du Nouvel Obs qui m’ont tous deux recruté afin d’écrire des articles sur Montaigne — devenu depuis quelques étés un penseur pour juilletistes et aoûtiens —, entre ces travaux, donc, et mon séjour sur la Costa Brava, j’ai négligé mon blogue — ce qui n’a aucune importance. Je préfère lire. En ce moment, un livre me ravit. Il s’agit de Je ne renie rien(Stock), une série d’entretiens que Françoise Sagan donna à divers chroniqueurs littéraires au long des années 1956-1992. J’ai sans doute tout lu d’elle. Ses romans, ses pièces de théâtre, ses essais. Là, dans ce recueil, chaque page est un régal d’humour et de philosophie simple — la seule qui vaille pour avoir été inspirée par des lectures, des rencontres décisives, des accidents de voiture, des semaines d’hôpital et des chagrins d’amour. Je contresignerais tous les propos de Sagan ou ses formules. Celle-ci, par exemple: «Ceux qui peuvent regarder la vie sans peur me font peur», ou celle-là, si savoureuse sur les lèvres d’une jusqu’au-boutiste de la mélancolie : «J’aime beaucoup la vie, nous avons des flirts très poussés». Et dire que quantité de pédants lui ont préféré Margueritte Duras…  Pour oublier cette bonne femme de lettres, dégustons un autre aphorisme de Françoise: «Je me conçois plus insouciante que futile et, d’ailleurs, je préfère passer pour quelqu’un de futile que pour une intellectuelle résolue.»