Son nom était Gloria mais elle prétendait s’appeler
Ève — «comme la première pécheresse», précisait-elle.
mercredi 24 août 2016
lundi 22 août 2016
Incipit sans suite — 5
L’histoire que je vais raconter est
celle d’un homme qui partit dans la vie plutôt confiant et qui, à mesure que les jours passaient, revoyait son optimisme à la baisse.
lundi 8 août 2016
Incipit sans suite — 4
Tout le monde voyait qu’il se
faisait passer pour un poète de la dèche existentielle parce qu’il ne possédait
ni le physique des acteurs qu’il trouvait séduisants ni le talent des écrivains
qu’il admirait.
jeudi 4 août 2016
Incipit sans suite — 3
Je l’avais à peine abordée sur la plage surchauffée que je devinai dans sa gaieté l’expression d’un caractère indomptable.
samedi 23 juillet 2016
Incipit sans suite — 1
Il ne pouvait plus se masquer la réalité: elle
n’avait pour lui ni désir ni élan, se montrait plus gaie à la perspective
de boire du vin qu'à celle d'avoir du plaisir — au point qu’il se demandait s’il en fut
autrement au commencement de leur histoire et, même, si, finalement, on pouvait
appeler cela une histoire…
Libellés :
coup de cafard,
de l'amour,
déréliction,
roman avorté,
supériorité de l'ennui
jeudi 7 juillet 2016
Semainier d'un Hors-Service — XLIV
La Schiffterina et Caracalla
Le mercredi 29 juin, à 13 h, le taxi nous dépose,
Françoise et moi, à l’hôtel de Seine. Dans le petit hall, près du comptoir du
réceptionniste — qui n’est autre que l’ami Tristan —, il y a, assis dans un
fauteuil, un vieux monsieur très élégant qui lit le Figaro. «Je vous
présente Monsieur Daniel Cordier», nous dit Tristan. Aussitôt, nous
saluons l’homme avec déférence. Il se montre très aimable, très souriant, très
disert — tellement, même, que nous restons discuter avec lui un long moment.
Notre parlote devient si amicale, que je porte des chaises du salon du
petit-déjeuner pour que nous puissions prendre nos aises. Cordier évoque la
guerre, bien sûr, son rôle auprès de Jean Moulin. Il nous apprend qu’en allant
rejoindre De Gaulle à Londres, sa motivation principale, à lui le tout jeune
royaliste et catholique fervent de vingt-ans, était de «tuer du boche». Dans un éclat de rire, il nous avoue qu’il n’en a finalement tué
aucun et qu’il en garde un immense regret. Je lui dis que je le comprends. Passant du coq à l’âne, la
Schiffterina lui demande la raison de sa présence dans l’hôtel. Cordier, qui
habite Cannes, a rendez-vous avec le conservateur de Beaubourg. Il a décidé de
céder au musée une bonne part de sa collection personnelle d’œuvres d’art
moderne. Le temps passe. Au bout d’une heure, un peu impatients de nous rafraîchir,
nous nous levons de nos sièges et saluons le malicieux héros national, alias
Caracalla. Je note qu’il aurait bien aimé continuer à bavarder avec la
Schiffterina à qui il prenait souvent la main pour lui manifester la sympathie
qu’il eut immédiatement pour elle.
C’est, je crois, ce mercredi 6 juillet, que le
comité médical de l’Inspection Académique va valider ou invalider ma demande
d’être placé en hors-service longue durée. J’ignore la teneur du rapport
médical établi par les soins du toubib accrédité. Je lui ai fait part de mon
impossibilité d’assurer le moindre cours du fait que ce n’est pas moi qui ai
tiré un trait sur ce métier, mais que c’est le métier qui a tiré un trait sur
moi. Il a raturé ma raison et ma
parole. De même en ce qui concerne la philosophie. Elle m’a rejeté. Cela dit, il
n’y a jamais eu d’amour entre nous. Elle a toujours eu de bien meilleurs
professeurs. Des hussards. Des battants. Des concernés. Des types ou des bonnes
femmes capables de pérorer avec le plus grand sérieux sur l’art, la conscience, les passions, que sais-je. Il a toujours été hors de mes forces d’être un
authentique prof de philo. Pendant
plus de trente ans, j’ai simulé ce sérieux-là que je trouvais ridicule comme
toutes les formes de sérieux. Depuis toujours, depuis le lycée et l’université,
je manque pathologiquement de sérieux
philosophique. Je n’ai jamais professé que mes humeurs. Année après année, j’ai
étalé à de jeunes esprits appelés à occuper une place meilleure ou plus minable
que la mienne dans les rapports de production, ma science de la fatigue. J’aurai
passé toute une carrière à élaborer une esthétique du vidé. À présent, j’ai la
soixantaine, l’âge de l’exténuation et la philosophie me fait payer avec usure,
si j’ose dire, mes carences pédagogiques. Finie la comédie. J’agonise devant
des élèves qui s’en foutent et qui ont bien raison de s’en foutre. Comme je
n’ai pas envie de mourir sur scène, j’aspire à la retraite. Il me faut un
établissement équipé. Mon appartement avec terrasses, l’une avec vue sur la mer
et l’autre sur le parc, avec la Schiffterina comme infirmière, me paraît tout
indiqué.
mardi 8 mars 2016
8 mars, le jour le plus long...
Calmos de Bertrand Blier 1976
Libellés :
homme sentimental,
Pauvres diables que nous sommes
mardi 16 février 2016
Semainier d'un Hors-Service — XXV (extraits)
Dimanche dernier, les critiques de l’émission Le Masque et la Plume ont défendu mon
livre à l’exception de l’un d’entre eux qui a cherché à dire combien il ne
fallait pas l’aimer parce que, selon lui, j’étais de droite et nietzschéen.
L’amusant, est qu’il n’est pas le premier à considérer que je suis de droite, moi
qui conserve pour Marx, le philosophe et le pamphlétaire, une admiration
intacte. La guerre des classes continue plus que jamais et je reste nostalgique de la
violence poétique de Ravachol et de Bonnot. Quant à mon nietzschéisme, ceux qui
me lisent savent en quelle estime je tiens le maboul de Sils-Maria. En réalité, comme souvent avec les types qui
m’attaquent, le critique a montré que c’était moins mon bouquin que ma personne
même qui lui flanquait de l’urticaire, notamment qu’il n’a pas dû supporter le
fait qu’on me trouvait un physique d’acteur de la Nouvelle Vague — compliment
qu’avec la meilleure volonté ou la plus mauvaise vue du monde on ne peut lui
adresser.
Dans la même émission, j’ai entendu aussi Michel
Crépu qui ne comprenait pas pourquoi je me coiffais du qualificatif de
«nihiliste» alors que tout semblait démontrer le contraire dans mon
livre. Pourtant ce récit exprime mon nihilisme mieux que mes essais. Par ce
terme je n’entends pas une mystique de la mort et de la destruction,
ni ce que Nietzsche définissait comme une fatigue de la vie, ni ce que
Heidegger assimilait au triomphe de l’arraisonnement technique et marchand du
monde, mais, très simplement, comme la
vive sensation que tout ce qui existe n’a pas d’être. Je ne dis pas que
rien n’existe mais que rien (nihil) n’a d’être, c’est-à-dire de permanence ou
de solidité ontologique parce que tout ce qui existe est voué au hasard, au
temps et à la mort. Naturellement, de pareille vérité tout le monde
est convaincu mais personne n’en veut rien savoir, passant ainsi à côté de ce
qui est beau, précieux, rare et prompt à disparaître sans ordre de passage. Compris en cette acception, le nihilisme est une philosophie sentimentale sans illusion et
sans espoir, oscillant entre le rire de Démocrite et les larmes d’Héraclite.
Un soleil froid et sec est revenu. Enfin. Les
tempêtes ont beau être balnéaires, comme mon nihilisme, je trouve que, quand
même, l’hiver, elles manquent de discrétion.
vendredi 1 janvier 2016
vendredi 27 novembre 2015
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