samedi 15 juin 2013

La sainte crapule


J’ai souri en apprenant qu’à l’occasion d’une audience donnée ce jour à des parlementaires français, le pape aurait exhorté ces derniers à abroger les lois sur l’avortement, l’euthanasie, le mariage gay, afin d’apporter à la France «l'indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine». J’ai souri comme toujours quand j’entends une crapule en appeler à la dignité de l’homme.  

Volontairement ou non sous-informée, l’opinion n’a vu dans la démission de Benoît XVI et l’élection du pape François qu’un changement de chef de l’Église sans comprendre qu’il s’agissait d’un coup d’Etat au sein de la curie romaine orchestré par sa branche mafieuse.
Pourvoyeuse de fonds de la démocratie chrétienne et de ses avatars néo-libéraux, la mafia italienne instrumentalise l’Église depuis la fin de la guerre pour blanchir son argent. Nombre de scandales financiers et de meurtres ont révélé qu’elle en est le noyau dur depuis quarante ans. Instrumentalisée à son tour par les Etats-Unis et, par là même, chargée durant les années quatre-vingt-dix d’accélérer la décomposition de l’empire soviétique, elle fit nommer pape le Polonais Karol Józef Wojtyła qui apparut comme le berger de l’antitotalitarisme, et par ses prêches œcuméniques, comme le pasteur de la mondialisation — fraternelle, bien sûr. Jamais la mafia ne fut aussi active et, en même temps, oubliée, que sous le règne de Jean-Paul II, règne qui fut aussi celui de Berlusconi — ancien membre de l’organisation criminelle Propaganda due — dite Loge P2 liée à la faillite de la banque Ambrosiano du Vatican.
Avec la mort de Jean-Paul II et l’élection de Benoît XVI rien n’alla plus aussi bien. Pour la curie, le pape allemand semblait présenter de bonnes garanties de représentation. Intellectuel, philosophe de haut niveau, on attendait de lui, même s’il était moins charismatique que son prédécesseur, qu’il offrît une belle vitrine spirituelle de l’Église derrière quoi elle pouvait perpétuer ses crimes. Or, sous ses airs de vieux théologien uniquement versé dans les questions doctrinales, Benoît XVI a tenté de s’opposer à la curie en donnant à la presse italienne, via son majordome, les preuves de collusion entre des membres éminents du Saint-Siège et les milieux des trafics interlopes. Ce fut l’affaire dite de «vatileaks». Prompte à contre-attaquer, la curie fit éclater des scandales sexuels touchant les évêques alliés au pape, scandales qui poussèrent ce dernier, isolé, à la démission.
Le nouveau pape, dès lors, est l’homme de la situation pour redorer la façade du Vatican. Collaborateur actif de la junte militaire argentine durant ses années de pouvoir sanglant, et ayant eu l’habileté jésuitique de faire oublier cette période en devenant l’évêque des pauvres, c’était lui que la curie mafieuse devait nommer. En allant laver les pieds des taulards, il gagne la popularité des pauvres d’esprit. En dénonçant un odieux «lobby gay» au sein de l’Église, il élimine les réformateurs. En lançant des imprécations contre la richesse et les puissants, il renoue avec le message révolutionnaire des évangiles. Du bon boulot. Les combinazioni vont pouvoir reprendre leur cours normal.