jeudi 9 août 2012

Michel Polac


Bien avant de le rencontrer, j’avais envoyé à Michel Polac ma Lettre sur l’élégance. Au lieu de me répondre, il écrivit dans L’événement du Jeudi que mes «cinquante pages insolemment futiles» formaient à ses yeux une sorte de bréviaire de «dandysme situationniste». Une dizaine d’années plus tard, ce fut dans Charlie-Hebdo qu’il salua mon Blabla. En cette époque où un large public consommait déjà quantité d’ouvrages de sagesse de ceci ou de cela ou de recettes pour se procurer « que du bonheur » — il trouvait bon de lire, disait-il sans mégoter, un auteur qui appartenait à la «race des Cioran». Inutile de préciser que lorsque, plus tard encore, Roland Jaccard, notre éditeur, me le présenta, je pus enfin lui exprimer de vive voix les réserves que m’inspirait son sens de l’éloge exagéré à mon égard, mais, en revanche, toute ma reconnaissance pour avoir révélé à l’attention des amateurs de philosophie cruelle et drôle l’existence de Clément Rosset lors de son émission Droit de réponse. Si je devais dépeindre le personnage de Michel Polac, j’évoquerais une sorte d’Alceste, le flegme et le sourire en plus, détestant comme il se doit les faux-culs et les petits marquis de la télévision et de la radio, mais désireux d’imposer dans les media, quitte «à rompre en visière à tout le genre humain», la marque de son goût avisé en matière de livres. Avec lui disparaît un style de franchise. Les faux-culs et les petits marquis de la promotion éditoriale sont tranquilles. Devant les auteurs à la mode et en présence d’un public ignare, ils peuvent s’adonner à leurs contorsions reptatoires.