mercredi 19 août 2015

Conte d'été


La raison pour laquelle vous ne verrez jamais Arnaud Le Guern en vacances dans une station de ski, tient à son goût pour les espadrilles. Qui dit espadrilles dit poésie d’un été, au bord d’un lac ou d’une plage du bout de la terre, avec une fiancée que l’obsédé amoureux défait le soir de ses dessous chics après l’avoir contemplée en bikini sous le soleil matinal. Qui dit fiancée dit ressemblance avec une actrice des années soixante-dix. Qui dit actrice de ces années-là, dit nostalgie d’un monde que Le Guern n’a pas connu mais exploré à travers le cinéma de Chabrol, de Sautet, de Gégauff. Qui dit monde d’avant dit monde d’après, celui de son enfance et de son adolescence encore présentes dans des lieux et des paysages qu’il retrouve, justement, à la saison des espadrilles. Si Arnaud Le Guern musarde dans le passé et le présent avec des semelles de corde, ce n’est pas par coquetterie, mais pour narguer l’avenir qui abîmera les êtres chers — échapper, dit-il, «au lourd défilé des jours froids». Un stoïcisme chic. Adieu aux espadrilles ou le roman d’un de ces étés plein de silences et de voluptés condamnés à s’éloigner dans une représentation. Le memento stylé qui rappelle aux amants de prendre garde à la douceur de leurs baisers.     


lundi 27 juillet 2015

Diarista vasco



Iñaki Uriarte

«J’ai connu la prison. J’ai fait une grève de la faim. J’ai enduré un divorce. J’ai assisté un mourant. Une fois, j’ai fabriqué une bombe. J’ai fait du trafic de drogues. Une maîtresse m’a plaqué, j’en ai plaqué une autre. Un jour ma maison a brûlé. J'ai été cambriolé. J’ai subi une inondation et une sécheresse. J’ai été percuté par une voiture. J’ai eu un ami mort assassiné et enterré dans son propre jardin par ses tueurs. J’ai aussi connu un type qui en a abattu un autre — un autre encore qui s'est pendu. C’est seulement une question d’âge. Tout cela m’est arrivé tout au long d'une vie en général tranquille, pacifique, sans grandes secousses.»
Iñaki Uriarte — Diarios (1999-2003)   
(Merci à Etienne Milena —clic — de m'avoir fait découvrir cet écrivain)

samedi 11 juillet 2015

Zorbec le Gras



Dans Le Prince, au chapitre XVIII intitulé Comment les princes doivent tenir leur parole, Machiavel écrit: «On pourrait alléguer des exemples innombrables dans le temps présent, montrer combien de traités, combien d'engagements sont partis en fumée par la déloyauté des princes et que celui qui a su le mieux user de la vertu du renard en a tiré les plus grands avantages. Toutefois, il est bon de déguiser adroitement ce caractère, d'être parfait simulateur et dissimulateur. Car les hommes ont tant de crédulité, ils se plient si servilement aux nécessités du moment que le trompeur trouvera toujours quelqu'un qui se laisse tromper.» Alexis Tsipras a dû lire le Florentin, à moins qu'en admirateur de feu Charles Pasqua il se soit souvenu de cet aphorisme qu'icelui aimait à répéter: «Les promesses n’engagent que ceux qui y croient».
 

lundi 25 mai 2015

De la mission évangélique de Daesh — 3


«En ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer, une de leur côté, une autre du côté de l'Église. De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont mérité non seulement d'être séparés de l'Église par l'excommunication, mais aussi d'être retranchés du monde par la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l'âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu'ils sont convaincus d'hérésie, peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort. »

Saint Thomas
Somme Théologique IIa IIae
Question 11, article 3