jeudi 20 juin 2019

Le Voluptueux inquiétant


À mesure que je traduisais Le Voluptueux inquiet (clic), je me disais que j’aurais pu l’écrire. J’avais le sentiment que Ménécée s’était livré à un plagiat par anticipation des écrits sceptiques à l’égard de la sagesse que je n’ai eu de cesse de publier pendant vingt-ans. Dans sa réponse à Épicure, il n’y a pas une seule idée que je ne puisse partager. Les hommes qui affirment croire dans les dieux sont plus à craindre que les dieux eux-mêmes. Nous ne sommes rien pour la mort et c’est pourquoi elle nous angoisse. Nous n’avons qu’un empire limité sur nos désirs. La nature est un non-être. Notre prudence reste impuissante à maîtriser le hasard. Conclusion: la tombe est le seul lieu de l’ataraxieDans sa lettre à Ménécée, Épicure concevait son éthique comme une médecine de l’âme constituée, on le sait, d’un quadruple remède. Au mot pharmakon — φάρμακον — les Grecs donnaient sans doute le sens de «remède», mais il signifiait aussi «poison». Ce n’est donc pas un mince mérite de Ménécée que de considérer la philosophie non comme une thérapeutique lénifiante mais comme une potion toxique. Un ouvrage philosophique digne de ce nom a vocation à empoisonner la pensée de son lecteur. On y verra une cruauté mentale. Assurément. Mais je rappellerai ce que disait Clément Rosset dans son Principe de cruauté: «Il n’y a probablement de pensée solide, quel qu’en soit le genre […], que dans le registre de l’impitoyable et du désespoir[…]».

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires anonymes et fielleux seront censurés.