vendredi 4 septembre 2015

Le gentilhomme de Bilbao


Iñaki Uriarte

Je n’ai rien écrit depuis plusieurs jours. C’est moins grave que de n’avoir rien à lire. Par chance, ce n’est pas le cas. Je lis des journaux. Non pas la presse, mais les journaux d’Iñaki Uriarte. J’en attaque ce jour le troisième tome. Depuis le mois de juillet, je me plais dans la compagnie de ce gentilhomme. Comme je le lui ai écrit, il regarde son entourage, le monde, la vie, avec une ironie flegmatique que je lui envie. Pas la moindre trace de mauvais poil sous sa plume, ou, alors, traité aussitôt en notes humoristiques. La terrible expérience du fâcheux marrant? «Quand on tient à me raconter une bonne blague, je panique à l’idée de ne pas la comprendre!» Le refrain du râleur populiste? « ”Et ça! C’est payé avec mes impôts!”, répète souvent Machin. Les gens n’imaginent pas la quantité de choses payées grâce aux impôts de Machin. Il faudrait élever une statue en l’honneur de cet homme, ou donner son nom à un square.» Le ressassement des idées noires en phase maximale d’ennui? «Ce matin, je pensai que seul un incendie, ou une guerre, ou une crise cardiaque, aurait pu m’extirper du vide désespérant où je me trouvais. Il y a des journées bouchées. Il y a des jours, des heures, où je mérite la sentence: ”À casser des pierres, voilà à quoi je te condamnerai”. J’ai opté pour la solution la plus commode: un tranquillisant. Jamais je ne me lasserai d’admirer la puissance des cachets. Le tétrapharmakôn d’Épicure n’est que de l’eau bénite en comparaison de ce que peut réellement pour moi Antonio, mon pharmacien.»

À propos de certains livres, Uriarte note: «Parfois je prolonge fort tard la lecture d’un ouvrage pour le finir et ne pas avoir à le reprendre un jour de plus.» Je redoute quant à moi d’arriver à la dernière page des essais de ce Montaigne basco-newyorkais.