mardi 11 octobre 2011

Spleen et Idéal (féminin)

J’ai constaté que dans le monde du cinéma, une actrice, piquante en sa prime jeunesse, embellissait avec l’âge — ainsi Romy Schneider, petite princesse d’opérette à dix-sept ans dans Sissi de Ernst Marischka, amante désabusée à trente ans dans La Piscine de Jacques Deray —; qu’il pouvait y avoir un décalage entre son image à l’écran et son réel visage dans la vie — ainsi Marilyn Monroe, ravissante et joyeuse idiote dans les chefs d’œuvre de Billy Wilder, femme secrète et en détresse, hors champ, sous l’objectif des photographes de plateaux — ; ou que sa personnalité même, justement, était nécessaire pour incarner des rôles puissants, ainsi Gena Rowlands de Faces à Lovestream de John Cassavetes. Et sans doute est-ce le septième art, grâce à quoi je fis très tôt mon éducation esthétique et sentimentale — où est la différence ? — qui me persuada aussi de toute la force de cette remarque de Baudelaire notée dans un journal intime : « Je ne prétends pas que la Joie ne puisse s’associer avec la beauté, mais je dis qu’elle en est un des ornements les plus vulgaires, tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l’illustre compagne […] ».