lundi 14 septembre 2020

Balade littéraire, historique et philosophique dans le XVIII ème siècle


L’intérêt de lire les Mémoires de Madame de Genlis, comme je le fais en ce moment, réside dans le plaisir d’oublier durant quelques heures le présent pénible en se plongeant dans l’époque de la fin de l’Ancien régime, de la Révolution, de l’Émigration et de la Restauration. La comtesse excelle dans le genre du portrait et livre des pages instructives sur Rousseau, D’Alembert, Voltaire, raisonneurs qu’elle méprise, sur le cardinal de Bernis, l’ami de Casanova, sur la marquise du Deffand qu’elle trouve piquante malgré son grand âge et sa cécité, mais elle évoque aussi d’autres types sans talent qu'elle pistonna par gentillesse avant 1789 pour qu'ils entrent dans le monde des lettres, et qui, devenus des députés pendant la Terreur, finirent sur l’échafaud patriotique et populaire qu’ils avaient dressé. Madame de Genlis fut la maîtresse de Philippe Égalité — qui vota la mort du roi et qui vit sa propre mort votée peu après — dont elle éduqua les enfants, parmi lesquels le futur Louis-Philippe. Je ne résumerai pas l’ouvrage paru dans l’élégante collection Le temps retrouvé du Mercure de France. Je dirai seulement que ces mémoires non seulement proposent le tableau d’une classe sociale, de ses mœurs, de ses modes, mais qu'elles montrent aussi que la Révolution fut l’entreprise d’une bourgeoisie puissante, même si elle était divisée, aidée militairement par des officiers issus de la noblesse gagnés à sa cause et à ses intérêts — et, donc, que les sans-culottes n’en furent que les malheureux exécutants. Abolir la monarchie, établir une république, restaurer la monarchie, rétablir la république, instaurer des empires, autant de péripéties qui montrent que la prise du pouvoir, sa conservation et sa consolidation, supposent d’énormes investissements financiers, et, donc, que jamais les employés, les endettés, les pensionnés, les assurés sociaux, les chômeurs, ne pourront s'offrir une révolution. Mais, bref. Pour en revenir au XVIIIe siècle, j’informe les abonnés de cette page que samedi prochain, le 19 septembre, je donnerai à la médiathèque de Biarritz, à 15h, une conférence sur Emmanuel Kant. Je n’affirmerai pas qu’y assister répond à un impératif catégorique, mais presque.  

2 commentaires:

  1. Seul un esprit libre peut regarder avec ce mixte d'élégance et de lucidité la vie de l'ancien Régime. Ne pouvant me rendre dans votre ville pour assister à votre conférence sur Kant, je jubile à l'avance d'imaginer le sort que vous ferez à ce cher moraliste protestant. Grand plaisir à relire La tragédie du réel, premier chapitre de La logique du pire de Clément Rosset. Selon mon humble avis, vous êtes plus pessimiste que tragiques, mais au final on s'en fout.

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  2. Kant : " D'un bois si tors que celui dont sont faits les hommes, jamais l'on ne tirera rien de bien droit". Emmanuel pris en flagrant délit de nihilisme ! Pierre L.

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