dimanche 12 mars 2017

Supériorité de l'ennui — 20


Au XVIIIe siècle, pour être invité dans le monde, il fallait avoir la réputation d’une personne de «bonne compagnie», passer pour un esprit cultivé mais ennemi de la pédanterie, savoir plaisanter de tout mais avec tact, ne jamais se plaindre sauf à se prendre en dérision. La mauvaise humeur était proscrite, ainsi que l’esprit querelleur ou le ton vindicatif. Les hommes ne devaient pas perdre de vue qu’ils évoluaient sous le regard des femmes créditées, quelle que soit la liberté de leurs mœurs, de sensibilité et de pudeur, et ces dernières avaient obligation d’éviter toute coquetterie marquée. On pouvait être vache, entreprenant, cabotin, mais avec mesure, cette manière qui donnait un lustre aux autres manières. Tout cela pour dire que le XVIIIe siècle a été décapité à la Révolution — et, aussi, que l’atrabilaire que je suis n’eût jamais été reçu dans le monde. Pour reprendre un mot de Chamfort, je n’aurais pas accepté un instant de me laisser enseigner des choses que je sais par des gens qui les ignorent.

dimanche 5 mars 2017

Supériorité de l'ennui — 19


Fillon fait peine à voir. Pendant cinq ans Sarkozy a essuyé sur lui ses talonnettes. À présent, la justice le cloue au pilori. Mais peut-être y a-t-il chez cet homme une vocation à être humilié — auquel cas je plains aussi tous ses ardents défenseurs, de si bons français, qu’il entraîne dans sa déroute.

Ces temps-ci, je me réveille à cause d’un rêve récurrent de désorientation. Je me trouve dans une ville que je ne parviens pas à reconnaître mais qui ne m’est pas non plus complètement étrangère. Je suis censé la traverser sans encombre quand, soudain, je me rends compte qu’en réalité je marche dans des rues que je vois pour la première fois, que je ne suis même pas en France, que je suis égaré en un pays non identifiable. Et puis jaillit une certitude: on m’a condamné à l’exil. Mais de quoi suis-je coupable? Je ne vois que le péché d’écrire qui puisse causer ce rêve prémonitoire de purgatoire.

Suite à mon billet précédent concernant les statistiques de mon blog, un ami (clic) m’écrit: «Rassurez-vous, cher Frédéric, les statistiques de blogger sont fausses, car il faut m'a-t-on dit, aux vraies visites, ajouter celles des robots de plus en plus nombreux, chargés de nous répertorier…» Être lu par des robots… Voilà une nouvelle qui devrait me déculpabiliser d’écrire et supprimer mes cauchemars…