dimanche 10 décembre 2017

La soumission affective


La foule a besoin d’un maître, disait Gustave Le Bon. Ce besoin procède lui-même d’un besoin plus profondément inscrit dans l’humain, plus grégaire, celui d’idolâtrer — comme le démontre sans conteste possible le chagrin de masse qui vient de s’exprimer en France à l’occasion de la disparition d’une vedette de variété. C’est lors d’un phénomène social de ce genre qu’on mesure à quel point le peuple éprouve une aversion instinctive pour l’intelligence et la personnalité. Quand, chez un esprit, les affects l’emportent sur l’intellect, non seulement le voilà stupide, mais, surtout, par là, le voilà quelconque. Les humains se distinguent les uns des autres par leur entendement, leur culture (au sens «cultivé» du terme), le raffinement de leur goût esthétique, mais ils se ressemblent par les passions. Pour dire la chose autrement, un individu est aristocrate par son jugement instruit et sa sensibilité éduquée et il est plébéien par sa psychologie. Or, par nature, l’homme du peuple rejette la singularité. Il désire adorer, applaudir, exulter — ou bien haïr, huer, se lamenter — avec les autres, comme les autres. Bien entendu, la mort de Johnny Halliday ayant libéré pareil désir de similitude collective, ressort par excellence de la soumission, le président Macron ne pouvait pas laisser passer l’aubaine d'organiser des funérailles nationales. Pour dominer, le maître doit montrer qu’il se prosterne devant une idole que la foule pleure.