mardi 18 avril 2017

Supériorité de l'ennui — 23


J’ai succombé à la tentation romanesque mais je suis atteint du syndrome du caméléon. Quand je lis un roman qui me tient, je me dis: c’est comme ça qu’il te faut écrire. Alors, dès que je me mets au travail, je tente de retrouver la patte de mon écrivain du moment. L’ennui est que, comme je varie mes lectures, pareille perméabilité me désoriente. Dans quelle veine écrirai-je mon propre roman? Les chapitres vont jurer entre eux. Selon l’expression de Montaigne, le livre ressemblera à une marqueterie mal jointe, faite par un artisan amateur au style hésitant. Commencer à soixante ans une carrière de romancier et se mettre en situation de se chercher !… Même répétitifs, mes essais suffisaient à exprimer mes divagations. Quelle idée de se renouveler dans le radotage? 

J’ai hâte que la période électorale se termine. Quand je vois les gueules des candidats, mes pulsions meurtrières d’anarchiste se réveillent. Plutôt que de jouer à l’homme de lettres, je ferais mieux de passer à l’action. Comme je n’en ai ni le courage ni l’énergie, je me contenterai d’un terrorisme en chambre.

Un roman qui piétine et des velléités d’attentats… J’ai trouvé un titre à ma vie de ces jours-ci: Au point mort.