mercredi 1 février 2017

Supériorité de l'ennui — 16


Je dirai encore du bien de la télévision. Grâce à elle j’ai pu revoir le film d’Alain Cavalier, La Chamade, tiré du roman de Françoise Sagan. Belle adaptation. Catherine Deneuve, une apparition à chaque plan. Piccoli impeccable dans son flegme. Roger Van Hool, parfait en faux romantique. J’aime ces films de mon adolescence. Ils rappellent un monde où les hommes étaient élégants et les femmes sophistiquées. Aujourd’hui, l’élégance a disparu et toute la sophistication est placée dans la vulgarité. J’ai retrouvé l’excellent passage des Palmiers sauvages, de William Faulkner, que Lucille lit face à la caméra dans la séquence du bistrot:«C'est l'oisiveté qui engendre toutes nos vertus, nos qualités les plus supportables - contemplation, égalité d'humeur, paresse, laisser les gens tranquilles, bonne digestion mentale et physique; la sagesse de concentrer son attention sur les plaisirs de la chair — manger, évacuer, forniquer, lézarder au soleil. Il n'y a rien de mieux, rien qui puisse se comparer à cela, rien d'autre en ce monde que vivre le peu de temps qui nous est accordé, respirer, être vivant et le savoir. Oh, oui ! L’oisiveté m'a appris cela […]»

Denis Grozdanovitch parlait l’autre jour à la radio de son dernier livre, Le génie de la bêtise. Cela ne manquait pas de sel quand on sait que ce prosateur qui se pique de finesse publia jadis dans une revue le texte le plus con qui ait jamais été écrit sur Cioran.

Est-ce l’effet du Stilnox, mais j’ai encore rêvé de ma mère. Elle aurait aujourd’hui cent-deux ans… Dans mon rêve, donc, elle m’appelle au téléphone pour me faire je ne sais quel reproche, comme elle en avait l’habitude de son vivant. D’abord, j’esquive sa colère, puis, perdant patience, je me mets à lui répondre sèchement. Tout en lui parlant, je me souviens qu’elle est morte depuis longtemps et je m’empresse de le lui faire remarquer. Je me réveille. D’abord, j’ai un peu honte. Puis, assez vite, je suis rasséréné. Ma mère n’existe plus que dans l’autre monde, ce qui limite son pouvoir de m’emmerder dans celui-ci.