samedi 11 février 2017

Le Biarritz de ma jeunesse perdue...


Parmi ces silhouettes, des amis, 
la Schiffterina, son mari (3'11), 
moi, peut-être, allongé sur le sable...

«Jusqu’à l’âge de 19 ans, j’ai habité au 31 de l’avenue de la-perspective-de-la-côte-des-Basques en aplomb de l’immense baie qui commence à Biarritz et se termine à Hendaye.
Au commencement de l’été je prenais plaisir à contempler les surfeurs braver une houle tantôt grosse, tantôt moyenne, venant dérouler et se briser entre la Villa Belza et les vieux bâtiments des bains.
Au tout début des années soixante-dix, le surf n’était pas encore une industrie ni un commerce envahissant, mais il commençait à s’implanter dans les loisirs de la jeunesse locale. Les élèves du lycée où je faisais mes humanités se convertissaient peu à peu à ce sport pratiqué jusque là sur les plages du coin par des Californiens. Bien faits, la peau tannée, la chevelure longue et blonde arborant une désinvolture si contrastée avec le courage et l’adresse qu’ils montraient dans les vagues, ces anglo-saxons qui débarquaient à la belle saison exerçaient une fascination sur les jeunes mâles autochtones et une absolue séduction sur les filles. Ils faisaient l’effet de princes exotiques, à tel point que tout Biarrot, même joli garçon, se voyait contraint de renoncer à entreprendre une conquête féminine à moins qu’il ne se mît vite au surf et revêtit toute la panoplie adéquate : bermuda à large rayures ou à fleurs, T-shirt, tongs et cheveux décolorés. Je me rappelle certains amis — aujourd’hui chauves — abuser de frictions capillaires à base d’eau oxygénée. 
J’avais refusé de me plier à la mode hippie, je n’allais pas céder à l’engouement pour le surf. Cela ne m’empêchait pas de fréquenter le Steakhouse, quartier général des surfeurs et de la jeunesse biarrote — une brasserie située dans le quartier Beaurivage qui, le soir, après les derniers plats servis, se transformait en bar et en lieu de trafic de haschich et de LSD.  Il arriva que les rugbymen du Biarritz Olympique vinssent y «casser» les «chevelus» et les «camés» — s’exposant à une féroce défense de ces derniers costauds et habitués aux bagarres — et que la police y fît des descentes avec chiens. L’ambiance de cette sorte de saloon était festive et sa musique pop des plus récente  — le patron de l’établissement veillant à importer dès leur sortie des disques d’Angleterre et des États-Unis.
C’était au Steakhouse, le samedi soir, que l’on voyait une forte concentration de filles. Les mineures « faisaient le mur » de chez elles et se mélangeaient à leurs aînées. Le summum du frisson était de monter à bord des combis VolksWagen des « Ricains » garés sur la falaise dominant la plage de la Milady, de fumer des joints ou de s’embarquer avec eux jusqu’au matin dans des trips d’acide. Parfois, elles couchaient. La drogue et le sexe. C’était leur façon de rejouer le film More, de secouer le joug douillet de leur enfance. Elles se voulaient psychédéliques.»

On ne meurt pas de chagrin
FLAMMARION 2016