samedi 28 janvier 2017

Supériorité de l'ennui — 15


Carole Bianic 

Je trouve de l’agrément à regarder la télévision, en particulier les séries policières françaises. Comme elles sont tournées en province, je découvre les paysages où se déroulent les intrigues. C’est moins instructif qu’un reportage de l’émission Des racines et des ailes mais j’en apprends quand même sur la géographie de la France. À vrai dire, ce sont les fliquettes qui m’intéressent. Non les battantes, mais les silencieuses porteuses d’un drame intime. Le chagrin ajoute à leur joliesse. Je suis amoureux. J’aimerais être leur collègue rien que pour entrer dans leur bureau et leur dire: «Un café, capitaine?».

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en entendant l’autre jour Alain Finkielkraut exprimer à la radio son désarroi après l’élection de Donald Trump. Le lecteur de Philip Roth, l’admirateur de Woody Allen, venait de comprendre à quoi ressemblaient physiquement ses obsessions identitaires. À un Citizen Kane bas de gamme. Désormais, l’intellectuel raffiné sera confronté à son image malheureuse.

Il y quelques semaines, j’ai commencé un roman. Au bout de quelques pages, l’imagination en rade, l’écriture rouillée, je fus pris de bâillements et je laissai une phrase en suspens. Chaque jour je retourne à cette esquisse avec l’espoir de poursuivre le travail, mais rien ne vient. En réalité, il a suffi que je me lance dans cette entreprise pour que l’histoire que j’avais à cœur de raconter perde sur le champ tout son intérêt. Le sentiment d’échec dissipé, je me félicite de pareille expérience et, même, la souhaite à bon nombre de romanciers. S’ils en passaient par là, ils sauveraient la littérature de leur prétention.