lundi 26 septembre 2016

Incipit sans suite — 12


Quand je rentrai chez moi, je compris que plus rien n’y serait comme avant, que tout avant n’y serait plus.

vendredi 16 septembre 2016

Incipit sans suite — 11


En flânant sur le promenoir de la Grande plage, je regardais la mer et je remarquai une surfeuse en bikini, mince comme une biche, faisant des cabrioles sur des vagues irrégulières.   

lundi 12 septembre 2016

Supériorité de l'ennui — 4


Il y a pire que lire un mauvais livre, c’est d’en lire un médiocre. Le mauvais livre, on l’abandonne dès les premières pages. On le range dans un coin et on le donnera plus tard à une bibliothèque où il pourra trouver un amateur. Le livre médiocre, avant de subir le même sort, parvient à vous attendrir quelque temps. Alors qu’on s'apprête à le refermer une fois pour toute, il offre un passage intéressant qui laisse penser à une amélioration. On en reprend la lecture avec l’espoir de s’accrocher enfin au récit. Mais rien de tel ne se produit. On s’en veut d’avoir perdu des heures précieuses. C’est ce que j’ai ressenti avec les Visages pâles (Stock) de Solange Bied-Charreton que les gazettes présentaient comme une sorte de Michel Houellebecq au féminin. L’histoire de cette famille catholique française prise dans l’adversité de la mondialisation et des remous culturels —  «sociétaux» — qui en découlent aurait pu donner un bon roman, objectif et incisif. Il y avait de l’idée, comme on dit. Mais ne tresse pas ensemble la sociologie et le style qui veut. Souvent, enfin, trop souvent à mon goût, Solange Bied-Charreton édulcore le tableau qu’elle veut peindre. Il manque un rien de cruauté qu’elle ne s’autorise jamais.
En revanche, Les Lois de l’apogée (Robert Laffont), le roman de Jean Le Gall, garde un ton désenchanté et élégant de bout en bout. Il y est question du milieu de l’édition, des affaires, de la politique. Mais c’est avant tout une parabole sur la fausseté des sentiments, la fausseté des convictions, la fausseté de la littérature, et ce, sans que l'on sente la moindre indignation ni le moindre cynisme. D’ailleurs, le personnage central, Jérôme Vatrigan, en est lui-même incapable, lui dont le meilleur moment de l’existence consiste à prendre place dans son fauteuil cabriolet avec un verre de «scotch de basse extraction» mélangé à un jus de citron vert, et, ainsi, légèrement enivré de ce cocktail, à «s’ébrouer dans les eaux douces de la divagation». Jean Le Gall évite la satire. C’est le roman d’un moraliste, c'est-à-dire d’un spectateur avisé du manège des apparences. Un autre personnage, celui du détective Max Kemper, m'a fait penser, élégance vestimentaire en moins, au Plilip Marlowe de Chandler pour qui une enquête devait être menée jusqu'à son terme non pour le triomphe de la justice mais pour trouver la vérité. Là encore, pas de moraline, juste un goût du travail bien fait. Le travail bien fait, il n'y a que cela de vrai et de bon. Les Lois de l’apogée illustrent la maxime. 
Je venais à peine de terminer le roman de Jean Le Gall, que je recevais les Jours de gloire (Al Manar) de Fabien Sanchez, un recueil de nouvelles enfilées comme des perles gris sombre sur la ficelle effilochée du temps. En dehors de l’écriture romanesque, Fabien Sanchez s’essaye à celle de scénarios. Il a raison. Toutes ses histoires racontent comment de jeunes hommes captifs de leur enfance peu glorieuse voient leurs rêves se fendre puis se briser et chacune se lit comme si on visionnait un drame, parfois tragique, sous la forme d’un «court». Un style efficace et poétique. Fabien Sanchez c’est du très bon.

samedi 10 septembre 2016

Supériorité de l'ennui — 3

    

[…] La première fois que je fus témoin d’un geste élégant c’est lorsque, gamin, je regardais un épisode de Zorro à la télévision. La scène se passe dans une cave où le héros — interprété par Guy Williams —, se trouve enfermé avec une dame brune, jeune et distinguée. Tous deux sont traqués par une bande de sales types décidés à les trucider. Au désespoir, la belle supplie le cavalier masqué de l’abandonner à leurs poursuivants et, quant à lui, de s’enfuir. Zorro lui rétorque: «Désolé de vous désobéir, Señorita, mais je ne supporte pas de voir mourir une jolie femme».[…]
In Baltasar Gracián, martyr de l'élégance
La Nouvelle Revue Française (clic)
Septembre 2016

lundi 5 septembre 2016

Incipit sans suite — 10


On pouvait philosopher tant qu’on voulait, aucun argument ne lui ôterait de l’idée que la joie était une affaire de circonstance, uniquement de circonstance.

jeudi 1 septembre 2016

Supériorité de l'ennui — I


Hier soir, L’Amour en fuite de Truffaut. Le dernier épisode de la série des Doinel. Magnifique séquence quand, dans le rapide qui file vers Lyon, Colette (Marie-France Pisier) lit le livre d’Antoine (Jean-Pierre Léaud): Les Salades de l’amour. Comme il s’agit d’un récit autobiographique dans lequel Antoine relate le coup de foudre qu’il eut pour Colette, on voit alors cette femme moderne repartir en pensée vers son passé bien plus vite que le train où elle se trouve ne l’achemine vers son avenir. Bel hommage de Truffaut à la littérature — cet art qui joue avec le temps et se joue de lui. Plus tard, dans le film, autre séquence où il est question de roman. Antoine frappe à la porte de Sabine (Dorothée) pour lui demander pardon de n’être pas venu à leur rendez-vous de la veille. Fâchée, elle ne lui ouvre que la fenêtre de son salon qui fait face à celle du palier où se tient Antoine. Quand celui-ci dit à Sabine qu’il regrette sa goujaterie et qu’il est prêt à changer la fin de son roman en chantier, à faire en sorte que son héros ne se suicide plus, sa maîtresse boudeuse lui rétorque: «C’est une bonne chose. Il ne faut pas pousser les autres au désespoir quand on s’arrange soi-même de la réalité. Et puis il ne faut pas faire semblant de détester la vie quand on tient à elle». J’ai retenu cette réplique comme si elle m’était adressée, moi qui passe mon temps vautré dans le pessimisme.