lundi 23 mai 2016

Semainier d'un Hors-Service — XXXVI (extraits)


Week-end épuisant.
Vendredi soir, avant-première mondiale du film de Frédéric Beigbeder, L’Idéal, au cinéma le Sélect de Saint-Jean de Luz. Octave Parango, mort dans 99 francs ressuscite en model scout sous les traits de Gaspard Proust. Sa mission: trouver pour la firme multinationale de cosmétiques L’Idéal une très jeune fille qui incarne la beauté absolue. Sa quête à la fois métaphysique et mercantile l’entraîne, lui et sa co-équipière directrice visuelle Valentine Winfeld — splendide Audrey Fleurot — en Russie où les oligarques, ne sachant que faire de leur fortune et comment la montrer, emploient des nains de jardins vivants pour orner les parcs de leurs châteaux. L’histoire se termine mal pour L’Idéal, mais pas si mal pour le héros dont l’existence, à la faveur d’un événement inattendu, passera du stade esthétique au stade éthique — sans renoncer à l’hédonisme. Les coincés, je veux dire les tristes cultureux qui n’aiment pas Beigbeder, n’iront pas voir ce film éminemment kierkegaardien. Ce sera dommage car ils perdront une occasion de se décoincer en regardant une satire féroce et drôle du totalitarisme de la mode. Beigbeder n’a pas l’impolitesse de faire du cinéma engagé. Il nous fait rire de la vulgarité d’un milieu prétendument raffiné en réussissant à mêler deux types de comique: le trait d’esprit et le burlesque, sans oublier un troisième, l'auto-dérision, qui fait tout le charme du film. Maintenant, il est vrai que l’apparition assez fréquente de jolies dénudées ne nuit pas à son intérêt — on se rappellera la scène très vadimienne d’ouverture où des créatures vêtues de mousselines transparentes tentent de border Octave enfant alors qu’une gigantesque party bat son plein dans le reste de la maison.
Samedi, à midi, je suis allé chercher mon éditrice, Maxime, à l’aéroport. Nous nous sommes rendus à Guéthary où avait lieu un petit salon littéraire. J’y ai fait l’auteur mais pas trop, bien moins, en tout cas, que Laurent Binet ou Jean-François Kahn postés derrière leurs piles de livres. Le grand moment du jour fut la soirée. La littérature et les auteurs s’étaient heureusement volatilisés. Maxime, la Schiffterina et moi avons dîné au Madrid et, de verres en verres, rejoints par des vitelloni des deux sexes, nous n’en sommes partis qu’après l’heure légale de fermeture et sous la pluie.
Dimanche, après une courte nuit, il m’a été très difficile de faire, à nouveau, l’auteur. Toutefois, je n’ai pu résister à la vanité d’entendre lire en public, par Delphine, un des chapitres de mon roman. J’ai trouvé ma littérature si émouvante que j’ai aussitôt adhéré à mon fan club présidé par la malicieuse Nathalie.  
Ce matin, lundi, j’ai mis un point final à mon interminable article pour la NRF. Écrire pour cette revue est quand même un tantinet intimidant. Mais Michel Crépu semble ravi de mon texte dans lequel je parle de Zorro et du jansénisme… Et s’il devenait membre de mon fan club?